Création d'entreprise : les pros donnent leurs clefs de la réussite

Lors de la Journée nationale de l'ingénieur, le 3 avril à Montpellier, plusieurs entrepreneurs et spécialistes de l’accompagnement de la création d’entreprise ont zoomé sur les clefs de la réussite (organisateur : IESL L.-R.).
Arnaud Muller-Foga (Microphyt) insiste sur le renforcement des fonds propres. « Certes, les investisseurs institutionnels investissent, mais au prix de la prise de contrôle de la société. Lorsqu’ils sont à parts égales avec les dirigeants, ils ont un droit de veto. Il y a alors un risque pour les fondateurs qu’on les pousse vers la sortie. » Olivier Carmona (Awox) renchérit : « Quand on négocie avec les investisseurs, il faut savoir pouvoir garder la main sur l'entreprise, négocier de pair en pair. Les investisseurs ne partagent pas toujours votre marché, votre business modèle, vos visées. Ils ne sont pas forcément sur le terrain, ne connaissent pas vos clients, leurs besoins. Bref, il faut lever des fonds sans perdre la main. C'est un point clé ! » « Le financement est la première difficulté, enchaîne Lucien Blondel (Medtech, robotique chirurgicale. Après la création de notre premier robot, on a cédé la licence à un concurrent, ce qui nous a permis de garder le contrôle de la société. La première levée de fonds n’a eu lieu que huit ans après la création de l'entreprise. »
L’accès au marché est un point crucial. « Il faut anticiper les procédures d’homologation, au moment où on lance les prémices du projet, souligne Lucien Blondel. En effet, les processus d'homologation sont très longs dans le secteur médical. »
Le statut juridique, un signal
Pour Karim Messeghem (Labex Entreprendre), « le statut juridique (SAS, SA, Sarl...) est à lui seul un signal que vous envoyez à votre environnement sur votre volonté de croître, de vous ouvrir. La croissance nécessite d’avoir une approche ouverte sur son capital. » Par ailleurs, « l'équipe doit évoluer. Celle qui a permis l'émergence d’une société ne sera pas forcément celle qui va permettre le développement. Il faut une capacité à créer des équipes à géométrie variable. » Enfin, l’expert préconise un croisement des idées, des profils et des âges. « Il faut faire se croiser des retraités, des étudiants, des chercheurs, des entreprises, des personnes expérimentées... » D’après lui, ce sont les entreprisess « les plus ouvertes sur le conseil (BIC de Montpellier Agglomération, L.-R. Incubation, Transferts L.-R.,...) qui arrivent à renforcer leurs connaissances et leurs stocks de compétences. »
Convaincre les investisseurs et savoir où on va
Catherine Pommier, directrice du BIC de Montpellier Agglomération, insiste sur la définition précise du business modèle. « C’est ce qui permet à une société de croître : qu'est-ce que je vends précisément, comment, et à qui ? Le dirigeant doit coller au commercial. On ne peut pas s'exonérer de profil commercial, l’innovation ou la compétence scientifique seule ne suffisent pas. »
Le nerf de la guerre restant bien sûr l’argent. « Il faut des sous pour développer un business. Si on passe son temps à chercher des sous, on n'avance pas.
Pour aller chercher des sous, on n'y va pas en short. Il faut d’abord réfléchir à la valeur technologique qu'on donne à sa société. L'investisseur va prendre un bout de votre société, pour réaliser une plus-value après. Il faut être capable, pour le convaincre, de démontrer qu'il fera une plus-value. Cela passe par une vraie préparation, par un discours bien rôdé. Aujourd’hui, l’argent public ne vient que si vous avez les fonds propres suffisants. Attention, la levée de fonds est un petit monde. Les investisseurs sont peu nombreux. Ils se connaissent tous. Si vous préparez mal votre approche, ils vont se passer le mot. »
Si elle se félicite d’un écosystème régional « remarquable en termes d’accompagnement de projets innovants », Anne Lichtenberger (Transferts L.-R.) regrette « un déficit de formation des ingénieurs par rapport au potentiel de la région, notamment en informatique », ainsi qu’un poids trop important de la recherche publique. « Le profil vertueux, c’est un tiers de recherche publique, et deux tiers de recherche privée. Or, en L.-R., c'est la proportion inverse. Il n’y a pas assez de recherche industrielle. »










