[Covid-19] Stéphane Latouche (Banque de France) : « Sans confiance, le retour à la normale sera difficile »
Directeur régional de la Banque de France Occitanie, Stéphane Latouche évoque pour La Lettre M l’évolution de la conjoncture nationale et régionale et dresse un premier bilan des dispositifs de soutien aux entreprises. Entretien.
La Banque de France vient de réaliser sa dernière enquête de conjoncture relative au mois d’avril 2020. Quelles sont les principales tendances de cette étude ?
Nous constatons tout d’abord un nouveau fort recul de l’activité après un mois de confinement complet en avril. Au total, alors qu’il y a un mois nous avions estimé à environ – 32 % la perte de PIB sur une semaine-type de confinement en mars, notre nouvelle estimation pour une semaine-type se situe autour de – 27 % en avril. Les chefs d’entreprise interrogés dans le cadre de cette enquête déclarent par ailleurs s’attendre à une reprise plus marquée de l’activité en mai. Dans l’industrie, la baisse de la production est à nouveau forte dans la plupart des sous-secteurs, mais de moindre ampleur qu’en mars si l’on tient compte du fait que l’ensemble du mois a été sous confinement. Le nombre de jours de fermeture exceptionnelle est ainsi de 5 jours en moyenne, comme en mars. Ce nombre est toutefois à comparer à une durée totale de confinement de 21 jours en avril contre 10,5 jours en mars, soit en moyenne un taux d’ouverture des sites de production voisin de 75 %, contre environ 50 % fin mars. Toujours dans l’industrie, le taux d’utilisation de l’appareil de production est passé de 77 % en février, à 56 % en mars et à 46 % en avril, soit le niveau le plus bas jamais enregistré.
Quelle est la situation en Occitanie ?
Ces tendances nationales se vérifient dans la région avec une baisse importante de l’activité dans l’industrie ou dans les services à la personne. Les services aux entreprises s’en tirent mieux. Dans l’industrie, le taux d’utilisation de l’appareil de production est de l’ordre de 55 %. Mais nous notons une très forte chute de l’activité dans le secteur agroalimentaire - ce qui n’était pas forcément prévu - et dans l’aéronautique, qui traverse une période exceptionnellement douloureuse. Le BTP a par ailleurs subi une nouvelle dégradation d’activité en avril. Plus largement, si les chefs d’entreprise tablent sur une reprise significative en mai, celle-ci ne permettra pas de rattraper les pertes. Et les trésoreries devraient continuer à se dégrader.
Quel bilan tirez-vous des mesures gouvernementales de soutien à l’économie en Occitanie ?
Fin avril, 37 000 entreprises ont bénéficié de prêts garantis par l’État (PGE) pour un montant total de 4,7 Md€. En moyenne, 225 M€ sont accordés tous les jours à 1 750 entreprises. Dans le même temps, 20 dossiers sont refusés. 33 % des entreprises bénéficiaires de PGE évoluent dans le secteur du commerce, 16 % dans l’industrie et 13 % dans le BTP. Ce sont essentiellement des TPE. Mais les banques régionales nous signalent que les PME et les ETI sont de plus en plus nombreuses à déposer des dossiers.
Comment envisagez-vous la reprise économique ?
Après ce choc économique majeur causé par la crise sanitaire, je n’envisage pas une reprise de l’activité avant 2021. Et sans confiance, le retour à la normale sera difficile. Nous sortons à peine d’une situation d’urgence marquée par la mise en œuvre d’un vaste “pont“ de trésorerie destiné à sauver les entreprises et leurs salariés. Cette première phase s’est notamment traduite par le déploiement des PGE, soit près de 84 Md€ débloqués par les banques au niveau national. Nous entrons aujourd’hui dans un processus de redémarrage de l’économie. Ce dernier s’appuie d’abord sur la reprise de la consommation des ménages. Nous estimons à 20 Md€ les sommes épargnées par les Français durant la période de confinement. Il faut donc rassurer les ménages pour que ce supplément d’épargne soit orienté vers les entreprises en vue de renforcer leur trésorerie. La transformation des PGE en apport en fonds propres pourrait également permettre de soutenir ce retour vers la croissance dans les prochains mois.










