[Covid-19] Alain Condaminas (Banque Populaire Occitane) : « 820 M€ injectés dans l’économie régionale par notre établissement depuis le début de la crise »
En marge de l’assemblée générale de la Banque Populaire Occitane (présidente du conseil d’administration : Catherine Mallet) organisée à Balma (31) le 29 avril, Alain Condaminas, directeur général, évoque la mobilisation de son établissement bancaire face à une crise qu'il qualifie de « sans précédent ». Interview.
Quel bilan tirez-vous tout d’abord de l’exercice 2019 ?
2019 a été une année commerciale que je qualifierais de “solide“. Nous avons atteint un record absolu en termes de production de crédits, soit 3 Md€ distribués dans le cadre de 50 500 projets, dont 1,2 Md€ de crédits aux entreprises. Cette production permet une progression de l’ordre de 5 % de nos encours à 12,57 Md€. Toujours en 2019, le produit net bancaire (PNB) est en hausse de 1,3 % et s’élève à 346,4 M€ pour un résultat net de 66,8 M€ (+ 3,1 %).
Prêts garantis par l’État, report d’échéances de crédit... Comment se traduisent les mesures mises en œuvre par la Banque Populaire Occitane pour soutenir les entreprises régionales ?
Dès le 19 mars, 27 000 échéances de crédit aux entreprises représentant 211 M€ ont été automatiquement reportées. Concernant les prêts garantis par l’État (PGE), 3 800 dossiers représentant 426 M€ de crédits ont été validés à ce jour. Et 1 400 dossiers sont en phase d’instruction à hauteur de 182 M€. Notre taux de refus s’élève à 3,8 %. Au total, 820 M€ ont été injectés dans l’économie régionale depuis le début de la crise.
Cette crise a-t-elle déjà un impact sur vos activités ?
Les deux premiers mois de 2020 annonçaient une année extraordinaire au niveau commercial. Depuis le 16 mars, notre activité a reculé de près des deux tiers. Les paiements par carte sont par exemple en baisse de 60 % au sein de notre réseau.
Compte tenu de ce contexte économique, quels sont à vos yeux les principaux enjeux pour 2020 ?
Nous sommes en récession. Préparer la sortie du confinement et contribuer à relancer la machine économique est donc notre priorité. Les banques font partie de la solution même s’il est encore trop tôt pour tirer toutes les conséquences de la crise sanitaire. Sauver les entreprises, c’est sauver les emplois sur notre territoire. Cela constitue l’essence même de notre métier de banquier de proximité. Au-delà, cette crise est un révélateur de la solidité et de la fragilité des hommes, des organisations et des entreprises. Je souhaite à ce titre remercier chaleureusement tous les collaborateurs de la banque pour leur implication et leur mobilisation.
Le secteur bancaire est-il solide ?
Les banques sont plus armées que lors de la crise de 2008, notamment les banques françaises qui font partie des plus solides au niveau mondial. L’allègement d’un certain nombre de règles, notamment par la Banque Centrale Européenne (BCE) devrait permettre d’éviter une crise majeure. Mais nos établissements vont souffrir s’il y a des défaillances d’entreprises. Nous allons certainement subir beaucoup de pertes à l’horizon 2021–2022, au moment où les entreprises devront rembourser les PGE.
Quel pourrait être l’impact de la crise sanitaire sur l’économie régionale selon vous ?
À mon avis, les PGE financent des pertes. Comme je l’indiquais, dans leur grande majorité ces prêts ne pourront pas être remboursés. Et nos refus sont justifiés par la situation financière délicate de certaines entreprises. En l’espèce, nous allons au-delà de ce que l’on accepte en temps normal en termes de validation de prêts. Concernant l’économie régionale, il est évident qu’Airbus va être impacté ainsi que les entreprises aéronautiques de premier rang (sous-traitants, NDLR). J’ai des craintes pour la survie de celles des 2e et 3e rangs. Il va y avoir de la casse et des restructurations sont à prévoir dans ce secteur. La promotion immobilière va souffrir mais les professionnels de cette filière ne sont pas inquiets outre mesure. Les retards pris actuellement seront différés dans le temps. Enfin, le tourisme, autre poids-lourds de l’économie régionale, sera impacté, notamment si les plages sont fermées. Les touristes se rapatrieront en montagne ou dans l’arrière-pays. Mais le tourisme religieux est d’ores et déjà compromis à Lourdes, deuxième ville de France après Paris en termes de capacités hôtelières. Le déconfinement sera-t-il synonyme de crise ou d’opportunité ? C’est la grande question…
La Banque Populaire Occitane (siège à Balma) couvre huit départements avec un réseau de plus de 200 agences : Aveyron, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Tarn, Tarn-et-Garonne, Lot et Lot-et-Garonne. L'établissement compte 576 000 clients et emploie 2 062 salariés.









