Languedoc-Roussillon
Viticulture
Course contre la montre pour sauver les droits de plantation

Réunis autour d’Eric Andrieu, député européen, des responsables* régionaux de la filière viticole se sont rassemblés lundi 29 octobre dans les locaux du CIVL à Narbonne pour tenter d’influer sur la prochaine abolition des droits de plantation au niveau européen.
Votée en 2008 dans le cadre de la réforme globale de la politique agricole commune (PAC), cette décision fait partie du deuxième volet de mesures visant à réformer la filière viticole au niveau européen et doit entrer en vigueur en 2015.
« Le risque est immense : la fin des droits de plantation, c’est un risque de surproduction et de délocalisation de la production dans d’autres régions, note Michel Servage, président de la confédération française des vins à IGP et viticulteur dans l’Aude. Si on libéralise, on va voir s’implanter des vignes en bordure d’appellation, et ça les tuera. »
Il s’agit désormais d’une course contre la montre. Le groupe de haut niveau (GHN), des experts mandatés en avril par le commissaire européen à l’agriculture, le Roumain Dacian Ciolos, doit se réunir pour la dernière fois le 14 décembre, afin d’éventuellement revenir sur l'abolition des droits de plantation. Faute de quoi, cette décision deviendra applicable dès le vote au mois de janvier, au grand dam des responsables régionaux de la filière, à l’unisson dans tous les pays producteurs.
Absence de majorité au Parlement européen
« Aujourd’hui, nous n’avons pas la majorité qualifiée pour espérer repousser cette réforme par le vote au Parlement, explique Eric Andrieu, député européen qui a pris depuis le mois de juin la place de Stéphane Le Foll au sein de la commission Agriculture du Parlement européen. 15 Etats membres ont pris position, ce qui représente 215 voix, alors que 255 sont nécessaires. » Les responsables ont donc besoin que la Commission fasse une nouvelle proposition sur ce sujet.
D’où l’importance de la mobilisation. « Il faut que la presse grand public s’empare de la question, ajoute Philippe Coste, président de la fédération Sud des vins à AOC. Seule la pression du peuple peut faire plier la commission, qui reste persuadée que le problème du vin en Europe est sa compétitivité, et que la solution passe par une régulation par le marché. Pour nous c’est une absurdité. Le vin est une culture pérenne. L’investissement de départ est très élevé. Nous avons besoin de cet instrument essentiel de régulation que sont les droits de plantation pour éviter des crises majeures. »
A Narbonne, grillades sur pieds de vigne
Le 7 novembre, les présidents des régions européennes productrices organisent à Bruxelles une rencontre avec la presse grand public afin d’essayer de faire pencher l’opinion publique en leur faveur. Le 11 décembre, trois jours avant la dernière réunion du GHN, des manifestations symboliques auront lieu dans toutes les régions d’Europe concernées afin de poursuivre le lobbying. « En L.-R., Narbonne devrait en être le théâtre, indique Philippe Coste. On devrait rassembler des sarments, pour créer l’image de ces vignobles arrachés, que l’on rencontre trop souvent, et faire une grillade. Symboliquement, ce sera une image forte. »
« Les vignobles constituent un patrimoine essentiel de notre région et de notre pays, conclut Philippe Coste. La libéralisation, c’est le risque de voir des paysages qui foutent le camp, des terrains en friche autour des villages, la fin de nos terrasses et côteaux. La Commission doit nous écouter sur cette revendication majeure. Il en va de l’avenir de la filière viticole. » Réponse en fin d’année.
* Philippe Coste, président de la fédération Sud des vins à AOP, Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la Confédération Nationale des producteurs de vins à AOC (CNAOC), Michel Servage, Président de la Confédération Française des vins à IGP et viticulteur dans l’Aude, Jean-Paul Ramio, Président de la Confédération Nationale des AOC Vins Doux Naturels
De gauche à droite sur la photo : Pascal Bobillier-Monnot, Philippe Coste, Eric Andrieu, Michel Servage et Jean-Paul Ramio, dans les locaux du CIVL, lundi 29 octobre à Narbonne.










