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Languedoc-Roussillon
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Commerce - Artisanat / Institutions
| 6/11/2020

Click and collect, marketplace… : la digitalisation n’est plus une option

Amazon sera-t-il le grand gagnant de la crise sanitaire ? Pointé du doigt pour concurrence déloyale, le géant américain de l’e-commerce cristallise les frustrations de nombreux commerçants. En particulier les petites structures pour lesquelles la digitalisation de leur offre n’est pas forcément une évidence. « Dès que les beaux jours sont revenus, les commerçants ont oublié leur projet de click and collect ou de création de site marchand car il y avait une reprise de l’activité, ils retrouvaient le confort de leur quotidien », considère Guilhem Gleizes, PDG-fondateur de l'agence de web marketing Cibleweb (vingt salariés au siège à Béziers, Montpellier et Toulouse, CA 2019 : 1 M€), interrogé par La Lettre M.

Les acteurs publics se mobilisent
Face à ce constat unanime, de nombreux acteurs, publics et privés, multiplient les initiatives visant à accompagner les entreprises dans le développement de la vente en ligne. Ce soutien va du conseil pour la création de site internet, à la prise en charge de la livraison des articles commandés en ligne, en passant par la mise à disposition d’un service de click and collect. L’État a par exemple lancé un fonds de 100 M€ destiné à la digitalisation des petits commerces. Ce dispositif n’adresse par le fond du problème estime Nicolas Bermond, directeur général adjoint de l’agence de conseil en communication Wonderful (35 salariés, CA : 4,5 M€, Montpellier) : « Certes, la digitalisation a un coût, mais tant qu’elle n’est pas perçue comme une opportunité par les entreprises, il sera compliqué de la développer. » Un appel à projets national a également été lancé par le gouvernement, ouvert jusqu’au 13 novembre, pour identifier des entreprises de services numériques en capacité d'accompagner les commerces de proximité dans leur digitalisation.
De son côté, la Région Occitanie met en place une plateforme digitale, « j’achète #DansMaZone » et invite les artisans et commerçants de la région à s’y inscrire pour bénéficier de cette vitrine numérique. La CCI du Gard réactive achat-gard.com. De même que l’Agglomération du Grand Narbonne avec le Pass E-commerce. La CCI de l'Hérault se rallie à la plateforme portée par la Ville de Montpellier, jesoutiensmescommercants.montpellier.fr, en ligne à compter du 9 novembre quand la CCI des Pyrénées-Orientales rouvre sa plateforme de géolocalisation, Geo'local66. Au niveau national, l’État dote un fonds de 100 M€ dédié à la digitalisation des petits commerces.

Les privés mutualisent
Les acteurs privés aussi se mobilisent. Ainsi Le Crédit Agricole du Languedoc va mettre ses ressources et compétences à disposition de ses clients commerçants « que ce soit pour les aider dans la création d’un site internet, la vente à distance ou le click&collect, explique Christian Rouchon, DG de la caisse régionale. Nous allons aussi utiliser notre portefeuille clients particuliers auprès desquels nous allons promouvoir ces clients professionnels. L’idée est de permettre à ces derniers de se trouver sur une avenue (digitale, NDLR) fréquentée chaque mois par trois millions de personnes (en référence en nombre de clics mensuels sur le site de la caisse régionale du Crédit Agricole, NDLR). »
Régulièrement pointés du doigt par les petits commerçants, les poids lourds de la grande distribution, tels que Auchan et Carrefour, mettent à disposition des commerçants fermés durant le confinement leur service de click and collect. « Un commerçant montpelliérain par exemple peut appeler la directrice du magasin Auchan de Pérols pour la solliciter et ils verront ensemble ce qu'il est possible de faire », explique-t-on en interne au sein du groupe Auchan. Leboncoin lance une offre de boutique virtuelle gratuite pour aider les commerçants à accroître leur visibilité. Quant aux principaux intéressés, ils ne restent pas pour autant les bras croisés. Plusieurs commerçants et communicants montpelliérains ont par exemple créé monQuartier.shop, « la place du marché en version numérique », qui propose un service clé en main de vente en ligne. Plusieurs services de traiteurs et autres métiers de bouche, implantés en ex Languedoc-Roussillon, ont lancé la plateforme de vente en ligne Box Eat impulsée par Ghyslain Morvan, gérant de Traiteur Grand.

Marketplaces
Plus étonnant encore, Cdiscount met en place un dispositif dédié aux petits commerçants avec notamment la gratuité de l’abonnement et des commissions sur les commandes à retirer jusqu’à la fin de l’année. Plutôt que de se lancer dans la digitalisation de son offre, n’est-il d'ailleurs pas plus simple de s'appuyer sur la force de frappe et la notoriété des mastodontes de l’e-commerce ? La réponse est nuancée pour Julien Agulhon, co-dirigeant de La Botte Gardiane (30 salariés, quatre boutiques à Paris, Lyon et Aigues-Vives, CA consolidé : 1,8 M€, siège à Aigues-Vives). « Il faut sélectionner la ou les “marketplace(s)“ en fonction de l’image et des valeurs qu’elles véhiculent et qui doivent correspondre aux nôtres. Vendre sur Amazon fonctionnerait sûrement mais serait destructeur à long terme. » Le fabricant de chaussures est en revanche présent sur la plateforme L’Exception, plus en phase avec l'ADN de son entreprise. De son côté, Nicolas Bermond (agence Wonderful) prévient : « Il faut veiller à ne pas devenir trop dépendant de ces “marketplaces“. »

La nécessité du lien social
Click&collect, vente en ligne avec livraison, marketplaces…Nécessaires, ces outils digitaux n’effaceront pas complètement l’impact des fermetures imposées par le confinement. « Les solutions déployées par nos entités respectives - incitation à la consommation via le click and collect, livraison ou drive- ne peuvent compenser la perte occasionnée par la fermeture au public », écrivent syndicats patronaux héraultais (Medef et CPME), CCI34 et Chambre d’agriculture 34, dans une lettre conjointe adressée aux députés de l’Hérault. Un avis que partage Alain Derey, PDG des librairies Sauramps (siège à Montpellier) : « Le click&collect ne remplacera jamais la perte d’activité liée à la fermeture de nos librairies » Gérante de la boutique Lingerie Daudé à Montpellier, Odette Daudé prévient : « Les gens ont besoin de venir. Les commerçants assurent un lien social indispensable. Le Français n’est pas entièrement virtuel…La société s’uberise. »

Stéphanie Roy / roy@lalettrem.net
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