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| 14/09/2021

Carole Delga (Région Occitanie) : « Le soutien aux entreprises anime mon action »

Aide aux entreprises, investissements publics, relocalisation, équilibre des territoires, gestion de la pénurie de main-d’œuvre, mais aussi ambitions politiques nationales… : alors que sonne l’heure de la rentrée économique, Carole Delga, qui entame son deuxième mandat à la tête de la Région Occitanie, a accordé un entretien exclusif à La Lettre M.

En ce début de nouveau mandat, quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs économiques d’Occitanie ?
C’est un message de volontarisme et de détermination. Volontarisme sur la question de la reprise économique et détermination à accompagner l’ensemble de l’économie régionale, quelle que soit la taille des entreprises et leur localisation dans notre territoire.

Quelle est votre priorité numéro 1 en matière économique ?
C’est ce soutien aux entreprises qui anime mon action. C’est la raison pour laquelle, dès que j’ai été réélue, j’ai fait voter le Fonds anti-faillite régional. Doté de 100 M€, avec un effet de levier évalué à 500 M€, ce dispositif doit bénéficier à environ 2 000 entreprises du territoire. L’objectif est de rallonger la durée de remboursement des Prêts garantis par l’État (PGE) - dans des secteurs particulièrement impactés par la crise, comme l’événementiel, par exemple – ou de les transformer en capital. Ce nouvel outil vient compléter les dispositifs existants, comme le Fonds souverain régional, l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris), la plateforme régionale d’épargne citoyenne, lancée avec la CCI Occitanie, ou encore les fonds Irdi Soridec Gestion.

Quels moyens allez-vous allouer au soutien à l’économie régionale ?
Globalement, notre budget dédié à l’aide aux entreprises a atteint les 400 millions d’euros en 2020 et il en sera de même cette année. Avant la crise, c’était en moyenne 250 millions d’euros par an. La progression est donc énorme. Notre engagement vient répondre à la volonté affichée par le gouvernement de réduire progressivement les aides qu’il accorde aux entreprises dans le cadre de la pandémie. La Région est, à mon sens, la bonne échelle pour répondre aux problématiques des acteurs économiques, et ce de façon uniforme.

Comment comptez-vous accompagner la digitalisation des entreprises ?
Sur ce sujet, nous devons être très plastiques, en nous adaptant aux besoins des entreprises. Pour accompagner le processus de digitalisation, nous avons à notre disposition plusieurs dispositifs de financement, dans le cadre du Réseau des développeurs économiques Occitanie (composé de 300 structures régionales : collectivités locales, chambres consulaires, Agence de développement économique Ad’Occ, réseaux spécialisés…, NDLR). Nous avons par ailleurs imaginé des lieux, comme La Cité, à Toulouse, ou La Cité de l’économie et des métiers de demain, à Montpellier, qui facilitent l’accès à la connaissance de ces enjeux numériques. Sans oublier, bien entendu, le réseau régional « Tiers Lieu Occitanie ».

Même si certains signaux passent actuellement au vert, le secteur aéronautique est toujours dans la tourmente. Quels leviers envisagez-vous d’activer pour accompagner sa reprise ?
Notre action va continuer à s’inscrire dans le cadre de notre plan de relance régional de 100 M€ dédié à la filière (dévoilé à l’été 2020, NDLR). Cela a déjà permis de réduire le nombre d’emplois supprimés chez Figeac Aéro (46), par exemple. Nous avons par ailleurs soutenu des entreprises comme Ségneré ou Snam. Notre stratégie consiste à proposer un accompagnement à la carte, adapté aux différentes tailles d’entreprises. Par ailleurs, en soutenant les investissements en R&D, nous nous engageons sur la voie de l’avion « vert ». C’est à la fois une réponse à l’urgence climatique et un argument commercial direct.

Un collectif toulousain a dernièrement publié un rapport intitulé « Moins d’avions, plus d’emplois ». Que cela vous inspire-t-il ?
Je ne l’ai pas encore lu (interview réalisée le 3 septembre, NDLR). Mais parlons vrai : moi, je veux des avions, car je veux que les peuples se rencontrent. La période que nous traversons nous le rappelle : la paix demande un travail constant. L’avion est vecteur de paix. Se pose ensuite la question de l’empreinte environnementale. Sur ce point, l’aviation n’est pas le plus impactant. Et en matière d'emplois, il ne faut pas mentir à la population : l’aéronautique représente 100 000 emplois dans le territoire. Développer les filières locales, comme la laine, le chanvre ou le bois, j’y suis bien entendu très favorable. Mais cela ne va pas créer des milliers d’emplois. En tout cas, pas autant que l’industrie aéronautique.

En quoi la relocalisation industrielle peut-elle permettre au territoire de tirer son épingle du jeu ?
Je souhaite que la France, mais aussi notre région, retrouvent leur souveraineté. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu nous engager de façon volontariste dans la voie de la relocalisation industrielle. L’objectif principal étant de maintenir - et même de créer - des emplois dans notre territoire. Pour cela, nous avons fait le choix d’agir en qualité d’actionnaire au sein d’un certain nombre d’entreprises. Nous sommes par exemple présents chez Occitanie Protect (31) et Genvia (34), et sommes en train de travailler sur d’autres sujets de souveraineté avec la Snam (12), Aura Aéro (31) ou encore l’abattoir d’Argences-en-Aubrac (12), que nous allons rouvrir aux côtés de Beauvallet. Par ailleurs, la Région s’engage avec CAF France dans le cadre de la ligne ferroviaire Tarbes – Bagnères-de-Bigorre. Enfin, nous apportons notre soutien financier à des sociétés innovantes comme Evotec et Flash Therapeutics, à Toulouse, ainsi qu’à des projets liés au vieillissement, à la fois à Toulouse et à Montpellier.

Au-delà de ses piliers historiques – l’aéronautique, les agro-industries et le tourisme -, la région ne doit-elle pas aussi miser sur d’autres secteurs d’activités ? N’est-ce pas l’un des enseignements de la crise ?
La région peut en effet compter sur un certain nombre de secteurs porteurs d’innovation, comme les énergies renouvelables, avec notamment l’hydrogène vert et l’éolien flottant. Je pense également aux biothérapies, avec des acteurs comme Evotec. Mais aussi aux mobilités propres, avec l’avion « vert », bien entendu, ainsi que les trains, bus et cars à hydrogène. N’oublions pas que les premiers cars à hydrogène seront produits par Safra (à Albi, NDLR), sur une commande de la Région ! Je souhaite par ailleurs que nous soyons très offensifs en matière de construction. Nous avons le potentiel, dans l’ingénierie et la recherche, afin de développer des innovations fortes dans ce secteur.

Quel premier bilan tirez-vous de l’action de l’Aris ? Comment s’organise sa gouvernance ?
Le bilan est bon. Au bout de six mois d’existence, nous avons déjà noué des partenariats avec trente-cinq entreprises et sommes présents au capital de cinq d’entre elles. Côté gouvernance, le président du conseil de surveillance est Stéphane Marcel (fondateur de Smag, NDLR). Aurélien Joubert (directeur général de l’Arac Occitanie, NDLR) assure pour le moment l’intérim de la direction générale. Un recrutement va être lancé.

Face à l’urgence climatique, vous disiez, durant la campagne électorale, vouloir construire « une croissance en conscience ». Comment cela se concrétisera-t-il dans les mois et années à venir ?
Les sujets que j’ai déjà évoqués, comme l’avion « vert » et l’écoconstruction, vont évidemment dans ce sens. L’objectif est de parvenir à concilier écologie et emploi. En ce qui concerne les bâtiments durables, il me semble ainsi important que la collectivité donne l’exemple, au travers de grands travaux, en construisant avec l’impact environnemental le plus faible possible. Dans un tout autre secteur, il y a également beaucoup à faire en matière d’alimentation bio et de produits placés sous signes officiels de qualité. Il y a également un travail à mener sur les espaces de biodiversité. Sans oublier l’agriculture, bien entendu : nous avons d’ailleurs créé une foncière agricole permettant de faciliter l’installation de nouveaux professionnels.

En matière d’aménagement et d’équilibre, quelle place doivent avoir, demain, les territoires ?
Nous devons prendre en compte la nouvelle aspiration sociétale née de la crise sanitaire. Nous constatons que de plus en plus de citoyens souhaitent habiter dans de petites villes ou à la campagne. Pour répondre à cette demande, il faut que les territoires ruraux créent de l’emploi. Nos actions vont dans ce sens. En parallèle, il est nécessaire que les services publics soient au rendez-vous. Là encore, nous agissons, avec les lycées, bien entendu, mais aussi les services à la population, que nous accompagnons au travers du dispositif Foccal, qui soutient le commerce et l’artisanat de proximité (par le biais du portage foncier et immobilier, NDLR).

L’Occitanie fait l’objet d’un paradoxe : un fort niveau de chômage et une pénurie de main-d’œuvre chronique dans certains secteurs d’activités. Comment lutter contre ce phénomène ?
La problématique de la main-d’œuvre n’est pas un sujet nouveau, mais il est vrai que le phénomène s’est encore davantage développé avec la crise. Nous devons lever les principaux verrous qui freinent encore l’accès à l’emploi. D’ici à la fin de l’année, nous allons ainsi déployer une aide à la garde d’enfant et à la mobilité à destination des demandeurs d’emplois, qui sera effective durant les six premiers mois de leur reprise d’activité. Nous allons également travailler sur la question des stages, pour les plus jeunes. Ces actions, nous n’allons pas les mener seuls mais, là encore, dans le cadre du Réseau des développeurs économiques Occitanie. Notre rôle n’est pas de tout faire, mais de faire en sorte que chaque euro d’argent public soit bien dépensé. Nous travaillons ainsi avec les services de l’État, les fédérations professionnelles, les organisations syndicales, etc, afin de répondre ensemble à ce problème d’emplois non pourvus.

Comment expliquer ce paradoxe régional ?
En réalité, ce problème se pose dans toutes les régions de France. Mais, c’est vrai, il a historiquement pris une ampleur plus importante dans notre territoire. Car nous avons un chômage de nature très différente d’autres régions comme Paca ou les Hauts-de-France. En Occitanie, le chômage est principalement lié à l’explosion démographique. Notre niveau de création d’emploi est très élevé, mais pas suffisant pour résorber l’appel d’air lié à notre attractivité, dans la mesure où les personnes qui s’installent ici sont souvent accompagnées de leurs conjoints. Il faudrait créer 20 000 emplois supplémentaires par an dans la région pour que le taux de chômage n’augmente pas… Je note néanmoins que nous sommes la région dont le taux de chômage a le plus baissé entre 2015 et début 2020.

En quoi la formation peut-elle constituer un levier de reprise pour le territoire ?
Le sujet est très important. C’est la raison pour laquelle nous demandons que la Région ait un rôle accru dans la coordination de la formation, aux côtés des services de l’État et de Pôle emploi. Le sujet doit être mieux coordonné et décentralisé à l’échelon régional. Nous devons faire en sorte que les formations initiales et continues soient réellement adaptées aux besoins des entreprises. Elles ne doivent pas être hors sol. Il nous faut par conséquent disposer d’une marge de manœuvre régionale, car les enjeux ne sont pas les mêmes en fonction des territoires.

Votre nom a été cité à plusieurs reprises - y compris par des médias nationaux - dans le cadre des prochaines présidentielles. Avez-vous des velléités en la matière ?
Tout d’abord, je suis concentrée sur l’Occitanie. Ma région, c’est ma passion. Ensuite, si je sais être la capitaine, je sais aussi me placer dans un collectif. J’ai été parmi les premières à dire qu’Anne Hilalgo avait toutes les qualités pour être Présidente de la République. Je ne vais pas me dédire de l’engagement pris auprès d’elle. Je suis une femme libre, de parole, qui a le sens de l’intérêt général.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@alettrem.net
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