Bosch prévoit de supprimer 750 postes à Rodez
Les dirigeants de l’équipementier automobile allemand Bosch prévoient de porter l’effectif du site industriel de Rodez de 1 250 à 500 salariés d’ici à 2025. Une annonce faite aux salariés du groupe par Heiko Carrie, président de Bosch France Benelux, lors d’une réunion portant sur l’avenir de l’usine organisée le 5 mars. « C'est un message difficile mais indispensable pour pérenniser le site confronté à la chute du marché automobile diesel, leur a notamment expliqué le PDG pour justifier cette décision. Néanmoins, cette stratégie offrira une stabilité de l'usine pour les années à venir, le niveau de 500 emplois étant tout à fait compétitif. L’adaptation des effectifs sera effectuée en recourant au maximum aux dispositifs de pré-retraite et de plans de départ volontaire et une garantie sur l’emploi sera donnée jusqu’en 2027. »
500 emplois supprimés depuis cinq ans
« Ces suppressions de postes seront effectives même en cas de diversification de l’activité du site, nous a précisé la direction », confie Vanessa Nègre, secrétaire adjointe CGT de l’usine aveyronnaise, à La Lettre M. Du côté des salariés, c’est la stupeur. « Nous n’envisagions pas un plan d’une telle ampleur », poursuit la représentante syndicale. Ces cinq dernières années, le site de Rodez – spécialisé dans la fabrication d’injecteurs dédiés aux moteurs diesel - a déjà perdu près de 500 emplois. En déplacement dans le Tarn le 25 février, le ministre de l'Économie, des finances et de la Relance, Bruno Le Maire, se voulait rassurant quant à l'avenir de l’usine. « Nous préserverons ce site industriel, qui est très important, assurait-il avant d’évoquer des pistes de diversification. Tout est sur la table, y compris les technologies hydrogène. »
Défis structurels et Covid-19
Du côté du groupe Bosch, on explique que cette décision répond aux défis structurels considérables auxquels est confronté le secteur automobile, situation encore aggravée par la crise mondiale de la Covid-19. « Outre la pression forte et constante sur les coûts dans le secteur, des surcapacités de production pouvant atteindre jusqu’à 20 % pèsent sur le chiffre d’affaires et le résultat. En 2017, la production mondiale de véhicules s’élevait à 98 millions d’unités, contre seulement environ 78 millions en 2020. Et un retour au niveau de 2017 n’est pas actuellement en vue », souligne l’industriel. Autre défi majeur auquel est confronté l’équipementier, « l’accélération de l’évolution des motorisations, du moteur thermique vers l’électrique, entraînant le recul continu des immatriculations de véhicules diesel. » En France, les immatriculations de véhicules neufs particuliers équipés d’un moteur diesel ont diminué de plus de la moitié, passant de 73 % en 2012 à environ seulement 34 % aujourd’hui.
Un « coup dur » pour Carole Delga
« La décision du groupe allemand, présent depuis près de 60 ans à Rodez, est un véritable coup dur, commente la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga. Syndicats, élus locaux, acteurs économiques, nous redoutions ce scénario car depuis quatre ans maintenant les actions engagées par Bosch pour relancer et maintenir l'activité n'ont pas été à la hauteur. » L'élue appelle à « continuer à faire bloc collectivement afin d'exiger le respect des engagements pris aujourd'hui devant les salariés », à savoir « le maintien du site, la poursuite de la production industrielle et l'absence de tout plan social. » Carole Delga demande également que la direction s'engage sur des mesures des départs volontaires « avantageuses » et des mesures de formation « volontaristes ». Mesures auxquelles la collectivité régionale entend participer financièrement.
« Trahison » pour Christian Teyssèdre
Pour Christian Teyssèdre, maire de Rodez et président de Rodez Agglomération, la décision du groupe Bosch est « une triple trahison » : « Celle de Bosch qui n'a pas respecté ses engagements, celles des constructeurs automobile francais qui n'ont jamais fait preuve de patriotisme économique et celle de l'Europe qui abandonné ses territoires (...) L'annonce de ce plan social est inacceptable. »
Une « situation redoutée mais pas surprenante » selon Jean-Louis Chauzy
Le président du Ceser (conseil économique et social) d'Occitanie ne se dit pas surpris par cette annonce avant d'appeler à la conclusion d'un accord global préservant les intérêts des salariés : « Cette situation redoutée mais pas totalement surprenante va nécessiter un dialogue social de haut niveau entre les organisations syndicales et la direction du groupe pour examiner le contenu du plan social, le calendrier, la pyramide des âges, et ce dans la durée et sur la base du principe : un salarié égale une solution. Il existe une grande diversité d’activité dans les PME - TPE, les entreprises artisanales et donc des emplois à pourvoir. Le groupe Bosch a les moyens financiers pour signer un accord global avec les syndicats mais aussi l’ État et la Région pour favoriser les passerelles. »










