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Région Occitanie
| | 3/09/2026

Baromètre exclusif "En mode éco" : comment les entreprises exportatrices s’adaptent aux chocs géopolitiques

© En mode éco

Les médias économiques d’Occitanie La Lettre M et ToulÉco s’associent, en partenariat avec le cabinet Big Happy et l’agence  Ad’Occ, pour réaliser “En mode éco”. Véritable outil au service des dirigeants, ce baromètre des tendances identifie les requêtes et les signaux faibles sur des sujets précis et propose des données prospectives. Pour ce nouveau numéro, “En mode éco” s’intéresse au développement à l’international des entreprises régionales, dans un contexte géopolitique chahuté.

Avec 53,2 Md€ de marchandises exportées l’an dernier, l’Occitanie occupe la première place des régions françaises en termes de solde commercial. Certes, ce leadership est largement porté par le secteur aéronautique et spatial, qui représente 60 % des produits régionaux commercialisés à l’international, mais selon la CCI Occitanie, les TPE-PME constituent « le cœur » du tissu exportateur du territoire, puisque « 58 % des exportateurs comptent moins de dix salariés ». Quelle que soit leur taille et leur secteur d’activités, qu’elles soient primo-exportatrices ou rompues de longue date aux échanges internationaux, les entreprises régionales doivent aujourd’hui composer avec une géopolitique marquée par les crises et les chocs commerciaux répétés. Dans ce contexte, si certaines préoccupations semblent moins d’actualité qu’auparavant, d’autres sujets émergent dans les requêtes des dirigeants occitans, comme le révèle ce nouveau baromètre “En mode éco”.

Cybersécurité et géopolitique
« L’étude nous apprend que certaines requêtes des chefs d’entreprise stagnent, voire diminuent, liées notamment aux sujets réglementaires, aux certifications et aux normes, même si la question du cadre juridique reste importante », note Victor Gajan, directeur général de l’agence Big Happy. Sur ce front, pour l’agence régionale de développement économique Ad’Occ, « le grand sujet – en tout cas pour les ETI et les groupes – est celui de la conformité, en lien avec l’extraterritorialité du droit américain et, de plus en plus, chinois ». En revanche, d’autres requêtes explosent. « En un an, les recherches relatives à des sujets technologiques ont bondi de 39 % », constate Victor Gajan. 43 % d’entre elles portent sur la dématérialisation des procédures export et 33,5 % sur la sécurisation des données et la cybersécurité. Mais pour Jean-Marc Dessapt, directeur International Europe chez Ad’Occ, au-delà de la marque d’une révolution digitale bel et bien en cours, ces préoccupations croissantes illustrent surtout le momentum géopolitique. « C’est une très bonne nouvelle, car cela signifie que dans le contexte de guerre économique, les entreprises régionales se focalisent sur la sécurité des données, lesquelles sont depuis quelques années la cible de nombreuses atteintes », estime-t-il.

Prudence et anticipation
Tel est en effet l’enseignement principal de ce baromètre : à l’heure des chocs entre nations et des conflits armés, les acteurs économiques occitans jouent la carte de la prudence, mais aussi – et surtout – de l’anticipation. Dans le champ de la planification et de la stratégie de déploiement international, près de 80 % des requêtes portent ainsi sur les marchés internationaux à prioriser. « Là encore, c’est une très bonne nouvelle, estime-t-on chez Ad’Occ. Car cela veut dire qu’en ces temps marqués par l’incertitude et des tensions géoéconomiques fortes, la focale se recentre sur l’amont, c’est-à-dire sur le tout début de la réflexion stratégique. Les chefs d’entreprise semblent revenir à cette phase-là, évitant peut-être une forme de naïveté devenue risquée : la “mondialisation heureuse” généralisée. Dans le contexte que nous vivons, tout en restant offensif commercialement, une stratégie export mal calibrée au départ est absolument à éviter. » Et si le choix du marché cible est déterminant, la constitution d’une feuille de route solide l’est tout autant. « Les dirigeants, d’après cette étude, ne partent pas la fleur au fusil, acquiesce-t-on chez Ad’Occ. Il est encore plus crucial aujourd’hui de planifier en amont les ressources budgétaires et RH nécessaires au déploiement à l’international. Que ce soit un commercial dédié ou même, dans les petites structures, un VIE (volontaire international en entreprise, NDLR) ; il s’agit d’incarner une stratégie commerciale offensive et de gérer, parfois, l’exposition à des risques à bien identifier au départ. C’est d’ailleurs valable aussi bien pour les primo-exportateurs que pour les entreprises déjà positionnées à l’international qui se lancent sur un tout nouveau marché. »

Les transports en question
Autre sujet plébiscité par les chefs d’entreprises régionaux dans leurs requêtes : les droits de douanes et les transports. Dans ce champ, l’organisation des transports internationaux et du fret fait l’objet de 80 % des recherches, avec une préoccupation toute particulière pour le transport en poids-lourds. Et pour cause : le sujet récurrent du détroit d’Ormuz s’est invité depuis des mois dans toutes les conversations, alimentant curiosités, inquiétudes et, in fine, recherches de solutions alternatives. « Bien sûr, les dirigeants de PME connaissent très bien leur chaîne d’approvisionnement, mais comme tout le monde, ils ont pris progressivement conscience de la géoéconomie des détroits en termes de risques encourus, analyse Ad’Occ. Un peu – en caricaturant volontairement – comme lors du Covid, lorsque nous avons tous redécouvert que quand les conteneurs restaient bloqués à Shangaï, on n’avait plus de brosse à dents... » Dans ce contexte, le pic de recherches liées au transport en poids-lourds s’explique par la quête de solutions de substitution lors des phases de fermeture du fameux détroit d’Ormuz. « On peut y voir deux approches concomitantes, commente Ad’Occ. D’une part, certains cherchent des voies de substitution face au blocage, qu’il s’agisse de rejoindre par la route une voie maritime proche ou de poursuivre plus longuement en poids-lourds jusqu’à destination. Et d’autre part, lorsque le prix du carburant flambe, les dirigeants peuvent rechercher simplement toutes solutions d’optimisation afin de réduire la facture. » Dans tous les cas, l’agence régionale de développement économique salue le fait que les chefs d’entreprise du territoire se posent « de bonnes questions », menant de fait des actions d’intelligence économique : « Les prises de conscience, comme souvent, naissent des crises. Les dirigeants s’adaptent et ouvrent leurs veilles stratégiques plus largement en tirant les leçons du passé. Ce que cette étude semble montrer, c’est qu’ils lèvent le nez du guidon et consolident leur stratégie internationale avant d’agir. »

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