Au Grand Narbonne, Didier Mouly veut sonder les besoins des acteurs économiques locaux
Élu maire et président de l'agglomération du Grand Narbonne en juillet dernier, Didier Mouly a accordé un entretien à La Lettre M où il dévoile ses ambitions pour le développement économique du territoire, sa volonté d'être concret et proche des acteurs tout en orchestrant les chantiers de structuration des filières et d'accueil d'entreprises endogènes et exogènes sur le territoire, au profit de l'emploi.
Quelles sont vos ambitions pour l’économie du territoire ?
Le développement économique est la première compétence de l’agglomération qui doit servir l’attractivité du territoire, pérenniser et créer des emplois. Cette compétence est large et transversale allant de la création de zones d’activités, à l’immobilier d’entreprise, aux équipements structurants (port et aéroport) sans oublier l’approche sectorielle (commerce, artisanat, industrie, agriculture, viticulture et tourisme) que nous allons renforcer dans les domaines de l’éolien flottant, la valorisation des déchets, la glisse et le vent, l’innovation agroalimentaire autour de la viticulture et la santé bien-être.
Comment cela va-t-il se traduire concrètement?
Je souhaite que les élus et les services mettent en place des actions concertées. Aussi allons-nous associer les acteurs économiques locaux, comme les chambres consulaires et les chefs d’entreprise, à nos réflexions et actions à mettre en place. Ils vont être interrogés sur leurs besoins en recrutement, immobiliers et fonciers. Ils seront aussi sondés sur les parcs d’activités qu’il faudra certainement thématiser autour de filières telles que le médical, la glisse ou l’éolien. Je souhaite que la requalification des parcs soit étudiée pour arriver à une offre plus lisible et qualitative comme c'est le cas à Sofia Antipolis. On ne peut plus se contenter de zones comme celle de Vinassan ! Il faut aussi mener une réflexion sur les pépinières et couveuses d’entreprises. L’ensemble des éléments recueillis contribuera à la création d’un observatoire de l’attractivité territoriale. Toutefois, l'attractivité économique n'est pas que l'affaire de l'Agglo, c'est aussi celle du Département et de la Région dont nous avons besoin à nos côtés pour nous aider à améliorer l’accessibilité à nos zones d’activités comme à Montredon, faciliter le transport logistique ou encore favoriser les déplacements doux avec le Pôle d’échange multimodal.
La collectivité compte désormais six vice-présidents aux délégations variées qui couvrent l’ensemble des filières économiques locales. Pour quelles raisons ?
Je ne souhaitais pas que les élus aient de trop importantes délégations afin qu’ils puissent travailler sur des sujets qui touchent à l’économie et à l’emploi. En tant qu’élu communautaire, j’ai souvent perçu l’Agglo comme une chambre d’enregistrement. En plus de la conférence des maires, un bureau communautaire comprenant quinze vice-présidents et trois conseillers délégués servira aussi à poursuivre leur travail et intégrer la transversalité sectorielle et territoriale. Quant à la relocalisation des emplois, c'est à la fois un objectif national, régional et territorial renforcé par la crise de la Covid-19.
Votre collectivité souhaite faciliter l’installation des entreprises françaises ou étrangères. Comment allez-vous vous y prendre ?
Nous devons créer des sites « clés en main » qui proposent un accès à un écosystème de sous-traitants, de fournisseurs et de services divers. Cette offre peut être portée par le public ou le privé afin d’apporter une réponse concrète aux dirigeants. Il nous faut être en capacité d’accueillir des projets matures d’implantation, souvent mobiles géographiquement, en particulier quand ils sont exogènes. Le Grand Narbonne est l'un des 136 territoires retenus dans le programme Territoire d’industrie. Cela nous a donné l’opportunité d’identifier des projets dans les filières agroalimentaire et viticole, éco-technologie, numérique, recyclage et valorisation des déchets… Nous avons des atouts : le territoire est situé entre Montpellier et Toulouse sur le corridor espagnol, et nous bénéficions de voies d’accès autoroutières, ferroviaires, maritimes à proximité d’une zone portuaire en devenir comme Port-La-Nouvelle. À cela, il faut ajouter que nous disposons de capacité de main d’œuvre, de formation et une qualité de vie associée à une richesse patrimoniale et culturelle.
Où pouvez-vous accueillir ces entreprises ?
Le territoire dispose de trente zones d’activités abritant 1 538 entreprises où la collectivité a investi 5 M€ par an ces trois dernières années et injecte 9 M€ par an en fonctionnement. Sur la Zac Pôle santé (40 ha, 20 M€), les travaux de construction de la clinique privée est planifiée pour le printemps 2021. Il resterait un potentiel de 60 000 m2 de surface de plancher sur cette Zac. Dans le prolongement du pôle santé, la Zac de Névian (70 ha dont 47 ha commercialisables, 25 à 30 M€) est actuellement en phase d’études. La collectivité fait une veille foncière pour anticiper l’acquisition de foncier économique. Des études prospectives pour la création de nouvelles zones d’activités sont lancées à Lapalme où la SEML Alénis est missionnée pour étudier la faisabilité technique d’une zone d’environ 40 ha au lieu-dit « Les cabanes » constituant ainsi l’arrière-base du port de Port-la-Nouvelle. En parallèle, le Grand Narbonne propose aux porteurs de projet un vrai parcours résidentiel avec sept couveuses, pépinières et hôtels d’entreprises.
Les secteurs du tourisme, du sport et des loisirs constituent-ils des opportunités?
Nous structurons la filière de la glisse. Le Grand Narbonne est partenaire du BtoB Kite Summit à La Franqui (l'événement réunit les porteurs de projets passionnés de kitesurf du 23 au 27 septembre, NDLR) afin d’écouter et de répondre aux attentes des porteurs de projets présents à cet événement organisé pour la première fois en France. Dans le cadre du plan glisse 2017-2020, la manufacture de la glisse, destinée à la fabrication de planches de windsurf, kitesurf, foils, voiles et de produits dérivés, sera accueillie dans un hangar provisoire prêté par la Ville de Leucate. Le futur bâtiment d’un coût de 1,4 M€ HT est attendu pour 2023. Par ailleurs, nous soutenons le secteur touristique en nous appuyant sur les actions menées par Grand Narbonne Tourisme (1,5 M€). Je souhaiterais que la culture soit davantage associée au tourisme afin de proposer une offre culturelle de qualité, une académie et un festival entre les deux métropoles de Toulouse et Montpellier. Nous poursuivons les actions de réhabilitation des cœurs de ville et du logement social (1,25 M€ par an) qui permettent de soutenir la filière BTP locale. Nous allons prochainement lancer un plan vélo co-financé par l’Ademe afin notamment d’améliorer l’accessibilité des zones d’emploi en partenariat avec de gros employeurs par exemple.
La Covid-19 a engendré un plan de relance à la fois local, régional et désormais national ? Qu’en attendez-vous ?
Quel que soit le plan, territorial ou national, il faut qu’il préserve nos entreprises et les emplois ! Le plan de relance du Grand Narbonne (12 mesures, 3,5 M€, NDLR) a été abordé en ciblant les commerces, l’artisanat de proximité, les restaurants et les circuits courts touchés par le confinement. Nous avons abondé de 390 k€ le fonds régional L’Occal. Nous avons aussi anticipé des actions plus structurantes avec la 2e tranche des travaux du Somail pour aider le BTP par exemple. Il s’agit aussi d’accompagner le passage au e-commerce de 100 entreprises du territoire, de mettre en place l’opération Keetiz pour favoriser les commerces, d'aider les entreprises à relancer leur activité après le confinement avec le « coup de pouce reprise » (500 k€, 800 entreprises aidées, NDLR) ou encore de réaliser une campagne de promotion touristique (500 k€). Un plan de relance à moyen terme est d'ores-et-déjà doté de 1 M€. Une étude du plan pluriannuel d’investissement est en cours pour envisager des investissements plus importants que ceux initialement prévus.
Quid d'un nouvel l’hôtel d’Agglo ?
Il faut trouver une solution. Les conditions d’accueil des habitants et les conditions de travail des agents ne sont pas convenables. Si certains élus prônent la construction d’un hôtel d’Agglo neuf, d’autres voudraient conserver le siège actuel et s’appuyer sur un bâtiment situé à Coursan pour y accueillir les services techniques. Pourquoi pas. Mais je pense que l’ensemble des services doivent être regroupés sur un site unique afin d’être plus efficients et lisibles par la population. À suivre.
Contrairement à d’autres Agglo, vous souhaitez conserver deux équipes, une à la Ville et une à l’Agglo, pourquoi ?
Il est important d’avoir un directeur de cabinet à l’Agglomération afin qu'il assure la continuité du lien avec les 37 communes de l’intercommunalité. Je cherche un candidat qui n’a pas d’ambition politique mais qui est engagé dans une dynamique de préservation environnementale du territoire. Concernant le directeur général des services, la réflexion est encore en cours, même si le recrutement est ouvert.










