Arnaud Mounier (La Cité de l'espace, L'Envol des Pionniers) : « Nous allons investir 19,5 M€ à horizon 2030 »
Directeur de la Semeccel (174 salariés), Arnaud Mounier revient pour La Lettre M sur la dynamique des deux sites toulousains qu’elle exploite, La Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers, après une année 2025 marquée par des niveaux de fréquentation records : 400 000 visiteurs pour le premier et 50 000 pour le second. Le dirigeant annonce un plan d’investissement de 19,5 M€ à horizon 2030, largement consacré à la Cité de l’espace. « Nous allons notamment lancer un vaste cycle de rénovation des 4 000 m2 d’exposition permanente, qui n’ont pas été refaits depuis une quinzaine d’années », précise-t-il. Objectif : « Maintenir l’actualité et la pertinence des contenus » alors que le parc s’apprête à fêter ses trente ans en 2027.
2025 a été une année de très forte fréquentation pour la Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers. Quel bilan économique en tirez-vous ?
Pour la Cité de l’espace, nous atteignons des niveaux de fréquentation parmi les plus élevés de ces dernières années (400 000 visiteurs, NDLR), alors même que l’actualité spatiale était relativement modérée en 2025. C’est donc un résultat dont nous sommes particulièrement fiers. L’activité se maintient également très bien grâce aux partenariats et au développement du MICE – événements d’entreprise, séminaires – et notre insertion dans l’écosystème économique toulousain a été très satisfaisante cette année. À L’Envol des Pionniers, le record de fréquentation a été largement battu (50 000 visiteurs, NDLR), avec une hausse de 15 % par rapport à 2024, qui était déjà une année exceptionnelle. L’activité B to B affiche un niveau très élevé et le chiffre d’affaires généré par l’activité business est désormais quasiment équivalent à celui de la billetterie grand public.
Quel est le chiffre d’affaires de la Semeccel et comment se répartit-il entre les différentes activités ?
Nous devrions atteindre 13 M€ de chiffre d’affaires en 2025. La répartition globale reste stable malgré des modèles différents selon les sites : à la Cité de l’espace, la billetterie représente environ 50 % des revenus, devant la restauration, la boutique et le B to B, tandis qu’à L’Envol des Pionniers, billetterie et B to B génèrent des volumes comparables.
Vous avez engagé « une remise à plat des orientations stratégiques » à L’Envol des Pionniers…
Deux décisions majeures ont guidé cette refonte. La première a consisté à faire évoluer le récit du site – qui n’est pas uniquement un musée de l’Aéropostale – autour d’un triptyque : ancrage territorial, identité toulousaine et expérience de visite. La seconde décision a été de recentrer notre communication sur la grande agglomération toulousaine. Cela ne nous empêche pas d’avoir un rayonnement touristique intéressant auprès des visiteurs de passage à Toulouse, mais l’ancrage local est un levier clé de développement.

©L'Envol des Pionniers - Pierre Carton
Prévoyez-vous des investissements majeurs dans les prochaines années ?
Au total, les investissements prévus d’ici à 2030 représentent près de 19,5 M€, que nous portons nous-mêmes, dont environ 17,5 M€ pour la seule Cité de l’espace, où plusieurs chantiers sont engagés. Début février, nous allons rouvrir l’espace « Carré de l’Actu » autour de la mission εpsilon de l’astronaute française Sophie Adenot. Nous allons également lancer un vaste cycle de rénovation des 4 000 m2 d’exposition permanente, qui n’ont pas été refaits depuis une quinzaine d’années. Enfin, un autre investissement structurant est en préparation : après l’inauguration du terrain martien en 2022, nous créerons d’ici à fin 2028 un équipement de dimension comparable sur une autre thématique, destiné à accueillir des animations et des événements. À L’Envol des Pionniers, les investissements représentent environ 2 M€ et portent notamment sur l’Escale des Pionniers, un espace de restauration de 300 m2 qui servira également de lieu d’accueil pour les événements B to B (1,3 M€ d’investissement, NDLR). Nous poursuivons par ailleurs le renouvellement annuel de nos expositions temporaires, avec de nouveaux projets programmés pour 2027-2028 et 2029-2030.
Comment se distinguent la Cité de l’espace et L’Envol des Pionniers en termes de fréquentation et quel est leur impact sur l’attractivité économique de Toulouse Métropole ?
Les deux sites jouent des rôles complémentaires. La Cité de l’espace est un site de destination : seuls 18 % de ses visiteurs viennent de l’agglomération toulousaine, contre 55 % en provenance du reste de la France et 15 % de l’étranger. À l’inverse, L’Envol des Pionniers s’adresse d’abord à un public de proximité, avec 70 % de visiteurs locaux et 30 % venant de l’extérieur de la région ou de l’étranger. Cette attractivité se traduit par un impact économique significatif. Une étude montre que 80 000 visiteurs se déplacent chaque année à Toulouse spécifiquement pour la Cité de l’espace, générant environ 16 M€ de retombées économiques pour la métropole. J’ai la conviction que la Cité de l’espace s’est imposée comme l’un des marqueurs forts du territoire, aux côtés de la basilique Saint-Sernin et du Capitole.
Vous allez organiser en avril prochain une journée « España espacial », avec des experts spatiaux espagnols, des animations dédiées et un accueil en langue espagnole. Cet événement marque-t-il le début d’une stratégie de conquête des marchés touristiques internationaux ?
Cette initiative s’inscrit dans une double logique. D’une part, la Cité de l’espace se positionne comme une caisse de résonance du spatial européen, et pas uniquement toulousain : nous sommes un site de référence sur le spatial et l’astronomie à l’échelle européenne. D’autre part, les visiteurs espagnols constituent notre premier public étranger alors même que l’Espagne connaît une montée en puissance de son activité spatiale. Organiser une journée entièrement en espagnol, le vendredi saint, est une première. Cela nous permet de renforcer notre attractivité auprès de la communauté hispanophone.

©Cité de l'espace - JTVB
Face au succès de votre exposition itinérante « Petits pas sur la Lune » en 2025, vous annoncez vouloir développer ce type d’expositions. Sont-elles un outil de rayonnement ou un levier économique ?
Les deux. Elles constituent un outil de diversification économique dans un modèle où nos sources de revenus sont déjà très variées. Mais leur rôle premier reste le rayonnement hors les murs de la Cité de l’espace. Nos expositions itinérantes sont commercialisées partout dans le monde et contribuent à faire connaître le site bien au-delà des frontières toulousaines. Nous avons la même ambition à terme pour L’Envol des Pionniers.
Les enjeux climatiques et géopolitiques renforcent-ils la demande pour des contenus plus engagés et pédagogiques ?
Très clairement. Les publics sont aujourd’hui beaucoup plus attentifs à ces enjeux et le spatial joue un rôle prépondérant dans leur compréhension. Nous mettons davantage ces éléments en avant, notamment dans l’espace « Vaisseau Terre », qui sera rénové cette année. La Cité de l’espace est aussi une caisse de résonance des enjeux de souveraineté européenne.
Quels seront les principaux défis à relever dans les prochaines années ?
Pour L’Envol des Pionniers, le défi est de continuer à construire sa notoriété par cercles concentriques : d’abord à l’échelle de l’agglomération, puis au niveau régional et enfin national, dans une temporalité d’une dizaine d’années. Pour la Cité de l’espace, l’enjeu majeur est de maintenir l’actualité et la pertinence des contenus afin d’éviter tout décrochage, tout en assurant l’entretien du site, qui fêtera ses 30 ans en 2027.











