
« Le public a été écouté. Savoir s’il a été entendu incombe aux décideurs », a résumé Claude-Sylvain Lopez, l’un des responsables de la commission particulière du débat public Aqua Domitia, lors du compte-rendu de l’activité de la CPDP, ce matin, au club de la presse de Montpellier. Le projet Aqua Domitia, qui vise à amener l’eau du Rhône de Montpellier jusqu’à l’Aude, représentera un investissement de 140 M€ pour la canalisation principale, autant pour les canalisations secondaires. « Le débat (qui s’est déroulé de septembre à décembre 2011, NDLR) a surtout vu se mobiliser les acteurs institutionnels ou organisés », regrette le président de la CPDP, Philippe Marzolf (à droite sur la photo). 1 120 personnes ont participé aux 13 débats publics, et 223 en ligne sur internet. Lors du débat, les collectivités territoriales, les établissements intercommunaux, les acteurs socio-économiques, les syndicats de gestion de l’eau et les agriculteurs se sont prononcés majoritairement pour le projet, qui constitue pour eux « un des moyens de répondre aux enjeux de la région ». Les « indécis » (particuliers, associations et ateliers d’experts), ont notamment exprimé des « craintes d’inégalités de traitement entre les territoires et les différents utilisateurs ». Enfin, d’autres, particuliers, associations, certains acteurs du Biterrois, la Confédération paysanne et les écologistes d’EELV, se sont rangés parmi les « opposants », craignant une « évaluation insuffisante des besoins et des ressources », une « mauvaise qualité de l’eau du Rhône », le « coût excessif du projet », ou critiquant « la logique marchande de la gestion de l’eau ».
Cinq grands maillons
Selon Philippe Marzolf, « le maître d’ouvrage du projet, c’est-à-dire BRL, a jusqu’au 8 mai pour publier sa décision, qui doit préciser le principe et les conditions de poursuite du projet, le cas échéant les principales modifications apportées au projet soumis au débat public, et les mesures qu’il juge nécessaire de mettre en place pour répondre aux enseignements qu’il tire du débat ». Le directeur général de BRL, Jean-François Blanchet, affirme que le débat « a été l’occasion de prendre en compte des oppositions et va influencer le processus de réalisation lui-même ». Le conseil d’administration de BRL prendra sa décision en avril. Christian Bouillet, vice-président du conseil régional, premier actionnaire de BRL, indique que la collectivité « prendra rapidement une décision. Il n’est pas question d’attendre 50 ans de plus pour terminer l’œuvre de Philippe Lamour ». Concernant la réalisation du projet, Jean-François Blanchet explique que les différents maillons du canal principal « vont être réalisés en fonction capacité des maîtres d’ouvrage à réaliser les réseaux secondaires. Territoire par territoire, avec les départements, les syndicats intercommunaux, les agglos, nous allons déterminer les programmes ou sous-programmes, maillon par maillon, avec le calendrier et le montage financier ». Aqua Domitia comprend cinq grands maillons : Nord et Ouest de Montpellier, Val d’Hérault, Littoral audois, Minervois et Biterrois.
Crédits Feader
Il a indiqué que certains maillons pourraient être réalisés avant d’autres, sans logique de continuité de l’ouvrage : « Est-ce qu’on fait attendre des territoires qui ont besoin d’eau rapidement, comme le Narbonnais et le Biterrois, en subordonnant leur satisfaction à la réalisation de grosses infrastructures qui vont mettre beaucoup de temps ? On peut faire des prélèvements ailleurs, avant de les raccorder à Aqua Domitia ». L’apport de crédits européens peut également s’avérer déterminant dans le financement des différents maillons du projet. « Les projets peuvent être faits sans aides de l’Europe, estime Jean-François Blanchet. Mais pour un montant donné, on aura moins d’hectares équipés. Le Feader est un booster qui permet de faciliter la réalisation dans une économie globale contrainte. Le Projet de financement européen est stratégique et important au niveau régional ».