Après le discours de Valls, le patronat régional séduit, mais en attente

Séduits. Les patrons régionaux présent à l’Université d’été du Medef sont emballés après le discours offensif du premier Ministre Manuel Valls, prononcé mercredi sur le campus HEC (Jouy-en-Josas). Seul bémol : ils attendent des actes. Morceaux choisis, recueillis sur place par La Lettre M.
Marie-Thérèse Mercier, Medef Montpellier-Sète-Centre Hérault
« A nous d’être capables de faire la même chose »
« Le discours de Manuel Valls suscite beaucoup d’enthousiasme et de confiance. On a le sentiment qu’on va enfin tous travailler dans le même sens. La standing ovation qu’il a reçue a été importante et spontanée. Son discours a été orienté sur la compétitivité, le rôle des entreprises, la volonté de les mettre en avant. J’ai senti une prise de conscience du gouvernement, une volonté de mettre en place des réformes structurelles. Pour la première fois, j’ai senti de façon très forte la volonté d’arrêter les dogmes, les discours conventionnels, les principes. A nous d’être capables de faire la même chose, en tant que syndicat et membres de la société civile.
Les enjeux régionaux de la rentrée ? La mise en place de la métropole de Montpellier, à laquelle nous sommes favorables, car nous pensons qu’elle sera utile à l’économie ; la candidature de Montpellier au label French Tech ; la fusion des régions.
Concernant le décès de Christian Bourquin, je salue le courage de l’homme qui s’est battu jusqu’au bout pour défendre ses convictions. Celui ou celle qui va prendre sa suite aura une tâche compliquée, à un an des élections régionales, et en pleine réforme territoriale. Sera-t-il un porte-drapeau pour l’élection suivante, ou incarnera-t-il simplement une transition ? »
Hervé Boissonade (audit et conseils, Villemoustaussou, Aude) : « un grand virage social-libéral »
« Ce discours est une surprise émotionnelle. Il sonne comme un signal à la finance internationale. Manuel Valls a dit des vérités qui m’ont plu. Il a admis que la France vit depuis 40 ans au-dessus de ses moyens. Que, depuis 2009, nous dépassons notre déficit structurel. Que nous sommes en stagflation depuis 2012. Dans la sémantique marxiste (sic), on n’a pas l’habitude d’avoir ce genre de discours ! On est sur un grand virage social-libéral, qui n’a plus rien à voir avec le socialisme à la française. Le secteur privé est réhabilité, on dit quelles sont les forces vives de la nation, génératrices de richesse, de plus-value, et qui sont en fin de compte le moteur de l’économie. La seule réserve, c’est la traduction dans les faits, au-delà des effets d’annonce. »
Eric Giraudier, président de l’UPE du Gard
« Enfin un discours de vérité »
« Je viens ici depuis 12 ans. Jusqu’à présent, les politiques et les entreprises faisaient beaucoup de circonvolutions, estimant probablement que la situation n’était pas si grave. Là, on sent qu’on tient enfin un discours de vérité, et je trouve ça intéressant. Avec le constat réaliste dressé par Manuel Valls, on sort du déni de réalité dans lequel on était enfermés, et avec lequel on n’a rien résolu. En 12 ans, j’en ai entendu, des discours de ministres ! Le discours de Valls est de loin le meilleur que j’ai entendu. Manuel Valls a raison de dire que les 40 Md€ ne sont pas un cadeau fait aux entreprises. En effet, nous ne sommes pas dans l’austérité. Dire qu’on fait une politique d’austérité alors que 57 % du PIB est absorbé par les dépenses publiques... Il faut arrêter. Et on ne peut pas critiquer l’Allemagne, tout en leur demandant de relancer la machine de la croissance européenne. Enfin, Manuel Valls a raison de dire que la France vit au-dessus de ses moyens depuis 40 ans. Aujourd’hui, on est au pied du mur. »
Fabien Portes, Medef Béziers
« Il faut aller vite et aller au bout »
« Manuel Valls nous propose un rapport gagnant-gagnant. Il y a des réformes à faire, aux politiques de les mener à bien, et aux partenaires sociaux de tout mettre en oeuvre pour que ça crée de l’emploi. Notre intérêt, c’est l’union des forces, pas l’opposition. Son discours est dans la continuité de ce qui avait été initié avec le pacte de responsabilité. Pour l’instant, ce pacte reste flou. Il faut aller vite. Une projection a été donnée. Il faut aller au bout de ça, pour que la France s’en sorte.
L’arrivée d’Emmanuel Macron au poste de ministre de l’Economie est une bonne nouvelle. C’est avec lui qu’on avait initié le pacte, c’est une très bonne chose de savoir que c’est lui qui va le mettre en oeuvre. Il connaît l’entreprise et les problématiques de marché. »
Jean-Michel Vincent, délégué régional Medef L.-R.
« Courageux de la part de Valls »
« Ce discours de Manuel Valls, je vais l’envoyer à nos adhérents. Son ton clairement social-démocrate est courageux de la part de Manuel Valls, car il doit se présenter devant son propre camp à la Rochelle ce week-end, puis devant l’Assemblée Nationale (un vote de confiance étant prévu). De plus, les tensions à gauche sont déjà énormes, après le remaniement ministériel. Ce type de discours, assumé face à un parterre de patrons, le met dans une situation délicate dans son propre camp. Il n’était pas obligé d’aller si loin.
Le retour aux 39h, suggéré par le nouveau Ministre de l’Economie ? Il y a un problème de compétitivité des entreprises. Dans ce contexte, payer les salariés sur 39h au lieu de 35h, sans augmentation de salaire, serait plus intelligent que de baisser les salaires. »
Photo (HV), de gauche à droite : Francis Pozo (secrétaire général Medef Béziers Littoral-Ouest Hérault), Marie-Thérèse Mercier (présidente Medef Montpellier Hérault), Moran Dekeyser (secrétaire général Medef Montpellier Hérault), Jacky Vesper (membre du bureau régional du Medef, président de l’Urssaf L.-R.).










