Après l’acquisition de Cape, Altrad accentue son internationalisation
. Le groupe montpelliérain de service à l’industrie atteint un chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros, pour 39.000 salariés.
. Le board exécutif s’internationalise. Le rythme d’acquisitions devrait marquer une pause en 2018.
Digérer la plus grosse acquisition de son histoire. Altrad, spécialisé dans les services à l’industrie, entend « faire une pause de 12 à 18 mois » en matière d’acquisitions de concurrents, après le succès de l’OPA sur le Britannique Cape, finalisée fin septembre, indique Mohed Altrad, président et actionnaire à hauteur de 78 %. Cette opération propulse le groupe, basé à Montpellier, dans une nouvelle dimension : entre 2016 et 2017, les effectifs bondissent de 23.000 à 39.000 salariés, le chiffre d’affaires proforma (incluant le périmètre de Cape) de 2,1 à 3,4 Md€, la trésorerie nette de 192 M€ à 248 M€, et l’Ebitda de 292 M€ à 426 M€, selon les résultats annuels (exercice clos le 31 août) du groupe, communiqués ce lundi 18/12 (et présentés le 22/12 à La Grande-Motte lors du séminaire annuel du groupe). L’activité est orientée à hauteur de 82 % vers les services, la branche historique de fabrication, vente et location d’équipements ne pesant plus que 18 %. « L’activité services assure une récurrence de revenus, via des contrats pluriannuels de maintenance, et dépend moins de la conjoncture que le secteur de la construction », observe Mohed Altrad.
Une stratégie qui permet de voir venir, avec un carnet de commandes de 2,8 Md€. Concrètement, le groupe est spécialiste des solutions d’accès (échafaudages, nacelles…), de l’isolation, de la protection anti-corrosion et des systèmes mécaniques (préfabrication de tuyaux, cuves, valves…)… Avec, en ligne de mire, l’accompagnement de projets et la maintenance de terminaux gaziers, sites nucléaires, chimiques ou pétrochimiques, plateformes pétrolières off shore, aciéries… Contrats significatifs décrochés récemment : la rénovation de la gare d’Austerlitz à Paris, la maintenance des sites Ineos à Grangemouth (Royaume-Uni) et la construction d’une unité de fabrication d’acétylène pour BASF en Allemagne.
L’internationalisation du groupe s’accentue. L’Europe continentale pèse désormais 1,2 Md€, le Royaume-Uni 925 M€ et l’Australie 636 M€, les autres zones géographiques d’implantations étant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Conséquence : le board exécutif s’élargit, avec la nomination d’un avocat anglais, Ran Oren, pour les parties juridiques, fiscales et sécurité sur les chantiers (safety), et de l’Irlandais Paudie Somers pour les activités du groupe en Royaume-Uni et en Norvège. Une Tunisienne, actuellement en poste dans un groupe d’éoliennes au Danemark, rejoindra le groupe Altrad fin janvier à Montpellier.
Le franco-syrien Mohed Altrad envisage, pour ses futures acquisitions, « l’Allemagne ou la Scandinavie », ou encore des métiers complémentaires, notamment dans l’ingénierie de maintenance des installations ENR (barrages hydroélectriques, éoliennes), « afin de proposer des prestations intégrées aux donneurs d’ordres ».
Une introduction en bourse n’est pas envisagée. « Les banques prêtent à des taux intéressants, inférieurs à 2 %, précise Louis Huetz, directeur général. Par ailleurs, beaucoup de fonds d’investissements sont désireux d’entrer au capital », comme Tikehau Capital, qui a pris 2 % du capital d’Altrad cette année, les autres actionnaires minoritaires étant Bpifrance, BNP Paribas Développement, CM-CIC Investissement et Arkéa Capital Investissement. Des fonds étrangers toquent à la porte, du fait de la réussite commerciale d’Altrad, mais aussi d’un climat favorable. « La France est passée sur le devant de la scène internationale vis-à-vis des investisseurs étrangers, avec la conjonction de plusieurs éléments : élection de Macron, Brexit en Angleterre et élection de Trump aux États-Unis. Ce que dit Macron est compréhensible et clair, et c'est un ancien banquier », explique Louis Huetz. L’endettement du groupe, d’environ 800 M€, représente deux années d’Ebitda, « soit un niveau maîtrisé », selon Mohed Altrad. Ce ratio devrait baisser cette année, au prix d’une mise sous surveillance du besoin en fonds de roulement (clients, fournisseurs, stocks) et d’une mutualisation des ressources entre les 130 entités du groupe. Altrad investit chaque année environ 70 M€ (machines, échafaudages, compresseurs, fours…) et les fonds propres s’élèvent à 640 M€.










