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Région Occitanie
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Eau - Environnement
| 29/08/2024

Antoine Bréchignac (Suez) : « Nous investissons 30 M€ par an en Occitanie »

© Suez

Directeur régional de Suez Eau depuis 2019, Antoine Bréchignac évoque pour La Lettre M les défis qu’entend relever le groupe en Occitanie dans un contexte de raréfaction de la ressource et de changement climatique. Entretien.

Comment se positionne Suez Eau en Occitanie ?

Depuis 160 ans et la création de Suez, notre vocation est de préserver la disponibilité de l'eau à travers un mix de solutions. Notre action s’appuie sur trois piliers : recycler l’eau de façon adaptée aux usages, réduire le gaspillage et faire évoluer les modes de consommation. Plus concrètement, nous travaillons dans une approche concédée avec les collectivités et les usagers et sur la base d’un modèle économique durable. Dans un contexte de changement climatique nécessitant une réduction des consommations, nous faisons face à la fois au « trop d’eau » en cas de fortes précipitations et au « pas assez d’eau » lors des épisodes de sécheresse.

Comment cela se traduit-il ?

Dans le domaine du recyclage de l’eau, plusieurs projets partenariaux sont en cours dans la région. Exemple avec Salt’Eaux, programme lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt France 2030 « Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires ». Lancé en 2023, ce projet a pour objectif de fédérer les acteurs du territoire avec Sète Agglopôle Méditerranée dans l’Hérault autour d’une démarche collaborative de réutilisation des eaux traitées et de gestion de la salinité des terres agricoles. Il s’agit de drainer les sols grâce aux eaux usées en repoussant les eaux salées qui s’infiltrent dans le milieu. Pour accompagner ce programme, Suez développe plusieurs actions concrètes. Les équipes mettent en place sur les réseaux d’assainissement des capteurs destinés à identifier les infiltrations d’eau saline. Le programme de travaux visant à assurer l’étanchéité des réseaux est ainsi ciblé sur les zones clés pour préserver l’eau douce. Et nous adaptons également le fonctionnement des stations d’épuration. Des résultats concrets sont attendus d’ici à quatre ans. Autre exemple à Agde, où nous intervenons depuis le début des années 2000. L’irrigation du golf de la commune héraultaise est basée sur les eaux usées traitées, ce qui permet de soutenir l'activité touristique tout en évitant le prélèvement de 200 000 m3/an dans la ressource. D’autres projets sont en cours dans la région pour utiliser les eaux usées en fonction des enjeux locaux. En termes de recyclage, nous développons aussi la recharge de nappes phréatiques en y stockant l’eau des cours d’eau.

La réduction des pertes et du gaspillage est une autre priorité. Comment procédez-vous ?

La généralisation des capteurs intelligents capables de détecter les fuites nous permet déjà d’améliorer les performances de nos réseaux avec un rendement moyen de 87 % dans les communes héraultaises dont la gestion de l'eau nous a été confiée. Pour y parvenir, nous exploitons près de 180 000 données par jour en utilisant des algorithmes d’intelligence artificielle. De fait, nous investissons beaucoup dans ce domaine, notamment avec la généralisation des compteurs connectés, qui équipent 75 % du parc du périmètre que nous gérons dans le département de l’Hérault, contre 50 % en moyenne au niveau national. Nous adressons en moyenne 160 000 SMS par an aux usagers pour les informer de l’état de leur consommation. L’objectif est de les inciter à mieux consommer à travers un véritable accompagnement sociologique du consommateur adapté à ses pratiques. Aux côtés des collectivités, nous relevons le défi d'accompagner les réductions de consommation, comme à Brive en Corrèze, où cet engagement est une baisse de 8 %.

Constatez-vous déjà une réduction des consommations ?

En 2023, la baisse moyenne dans la région a été de l’ordre de 7 % et ce taux a atteint près de 30 % chez les industriels, les professionnels et les collectivités, contre seulement 2 à 3 % pour les particuliers. Sur les quatre premiers mois de l’année, le recul de la consommation est déjà en repli de 2,5 % par rapport à la même période en 2023, preuve que cette tendance se généralise et s’accélère. Ce recul a des répercussions directes sur le modèle économique des acteurs du secteur de l’eau, qui repose sur les volumes d’eau consommés. Cette baisse engendre une diminution des recettes alors même que les collectivités font face à un mur d’investissement dans le domaine de la gestion et de l’approvisionnement en eau. La sobriété étant indispensable, nous devons nous adapter à ce nouveau contexte en ne raisonnant plus sur le prix de l’eau au mètre carré. De fait, un nouvel équilibre financier est à trouver. Il permettra de répondre au défi de la disponibilité mais aussi de la qualité de l’eau et de mettre en œuvre là encore un mix de solutions pour éliminer les micropolluants.

Pour terminer, quel est le dispositif de Suez en Occitanie ?

Le groupe y emploie au total 1 700 personnes, dont 800 dédiées à l’activité « eau ». Nous sommes présents le long du canal du Midi avec un siège basé à Béziers (34) et quatre agences territoriales couvrant l’Hérault, les Pyrénées-Orientales, Toulouse ainsi que le Gard et l’Aveyron. Notre chiffre d’affaires de 170 M€ reste stable malgré la baisse des volumes et nous réalisons en moyenne 30 M€ d’investissement tous les ans. Le budget R&D de Suez va progresser de 50 % sur la période 2023-2027, avec nos 250 chercheurs basés dans neuf centres répartis dans le monde entier, dont celui de Narbonne dans l’Aude, spécialisé dans les biodéchets.

David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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