Annonces de Jean Castex : vif émoi du monde de la culture en région
Le gouvernement a tranché : les cinémas, musées et salles de spectacles ne rouvriront pas le 15 décembre, a annoncé Jean Castex le 10 décembre. Le monde de la culture va devoir encore patienter plusieurs semaines. Une décision qui suscite émoi et incompréhension chez les acteurs du secteur.

« Nous sommes dans l’incompréhension totale », confie à La Lettre M Nicolas Dubourg, président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) et directeur du théâtre La Vignette (six salariés permanents, Université Paul Valéry, à Montpellier). Et d’expliquer : « Nous avons découvert les annonces une demi-heure avant la conférence de presse (du 10 décembre, NDLR), sans aucun échange préalable avec les services de l'État. La décision a été prise dans le strict cercle gouvernemental, sans aucune concertation avec la filière. »
Au-delà de cette absence d’échange, Nicolas Dubourg déplore l’incohérence de cette décision. « Nous avons pu travailler un peu en septembre et nous avons réussi à mettre en place le protocole sanitaire requis avec marquage au sol, personnel veillant au respect des gestes barrières par les spectateurs…Dans une salle de spectacle, les personnes sont assises à une place dédiée, regardent dans la même direction, portent un masque et ne parlent pas. Ce n’est pas forcément le cas dans les commerces. Hors ceux-ci ont rouvert, même ceux qui ne répondent pas aux besoins de première nécessité. Il n’est donc plus valable d’utiliser cet argument (le caractère non-essentiel, NDLR) pour la culture. » Et de souligner le poids du secteur : « 33,5 % du PIB ».
Soufflant le chaud et le froid depuis plusieurs semaines, le gouvernement a suscité une vague d’inquiétude au sein des acteurs du secteur, estime Nicolas Dubourg. Ces derniers attendant désormais des certitudes. « Rouvrir un théâtre par exemple implique de relancer sa communication, de revendre des billets, de se remettre en lien avec des compagnies, ce sont des frais énormes à engager. » Mieux vaut donc être certain que cette fois, ce sera la bonne…
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Sophie Sciabica, chargée de de communication du théâtre toulousain du Grand Rond (neuf salariés), indique quant à elle : « Nous sommes contraints d’annuler les spectacles que nous avions programmés à partir du 15 décembre. Ces derniers sont reportés à septembre 2021 alors que nous avions fait le plein de réservation pour cette fin d’année. Ce report de l’ouverture des théâtres va avoir un impact significatif sur la pérennité des compagnies théâtrales régionales compte tenu du manque à gagner lié à ces nouvelles annulations. »

« Tout le monde espérait une reprise, même petite, même poussive, commente Alexandre Coulet, dirigeant du gardois S Group (37 salariés, CA 2019 : 12 M€, bureaux à Paris et Chambéry, siège à Méjannes-les-Alès), spécialisée dans la conception de solutions techniques et d’ingénierie pour les concerts, à La Lettre M. Si le “stop&go“ est difficile pour les entreprises, le stop, tout court, est encore plus terrible. »
Le dirigeant regrette que l’État ne laisse pas une chance aux acteurs du secteur pour démontrer que la culture et l’événementiel ne sont pas davantage vecteurs du virus de la Covid-19 que les autres acteurs. « On ne nous laisse pas la possibilité, même avec de petites jauges de public, de démontrer que nous pouvons appliquer un protocole sanitaire strict. En septembre, une étude a été réalisée par des scientifiques, lors d’un concert en Allemagne, avec un public masqué. L’objectif étant d’évaluer le degré de circulation du virus et les comportements des spectateurs durant cette représentation. Nous attendons de connaître les résultats. » A contrario de cette étude, Alexandre Coulet estime que la décision du gouvernement de maintenir les salles de spectacle et cinémas fermés, est empirique. « Cela ne repose pas sur des données. » Sur mars-novembre 2020, S Group a vu son chiffre d’affaires plonger de 73 % par rapport à la même période en 2019.

Evrard Zaouche, directeur du CGR de Nîmes (vingt salariés environ) regrette de son côté une stigmatisation injustfiée du secteur de la culture. « La vente de ticket se fait en amont, en pré-achat, il y a du gel hydroalcoolique à l’entrée, les spectateurs n’ont de contact avec personne, ils gardent leur masque…Quant au risque d’attroupement à l’entrée et à la sortie des salles de cinémas, il suffit de mobiliser du personnel pour veiller à éviter que cela arrive. » Au-delà du maintien de la fermeture, le couvre-feu à 20h est lui aussi problématique, précise Evrard Zaouche. « Nous n’aurions de toute façon pas ouvert avec un couvre-feu à cette heure, cela n’aurait pas été rentable. » Et de conclure : « Nous avons tout manqué : les vacances de Pâques, la rentrée, la Toussaint et maintenant Noël et les fêtes de fin d’année ! Nous allons mettre des années à récupérer 2020 et ces six mois de fermeture. »

Borja Sitjà, directeur général du Théatre de l’Archipel, Scène nationale de Perpignan se dit en colère, voire même « en rage » contre cette décison du gouvernement. « Nous avions tout remis en route pour le 15 décembre - billetterie, communication... - et même alerté la compagnie qui devait jouer les 17, 18 et 19 décembre pour qu’elle soit prête », tempête Borja Sitja. « En plus des mesures sanitaires que nous avons mises en place, nous avons payé les compagnies qui n’ont pas pu jouer lors du premier confinement. Je viens de faire une lettre d’engagement pour reporter les dates de la cinquantaine de spectacles à la saison prochaine, indique-t-il. Quant à la date du 7 janvier, ce n’est qu’un point d’étape. Cette date ne garantit pas une reprise des spectacles. » Le théâtre emploie 43 collaborateurs dont une partie est aujourd’hui au chômage partiel.
Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière à Sète (24 permanents + 10 agents d'accueil en salle) - scène nationale de l'archipel de Thau, ne décolère pas : « Nous sommes furieux, meurtris du traitement qui est réservé à notre secteur, c’est indigne d’une démocratie. Nous avons tous travaillé dur, artistes, techniciens intermittents, équipes des théâtre pour être prêts et relancer nos maisons, c’est à nouveau trois semaines de travail que nous jetons à la poubelle... Novembre et décembre sont des périodes de création importantes qui nous permettent, en tant que programmateurs, de pouvoir travailler à l’élaboration de la saison suivante, il est vital pour les artistes de montrer leur travail, on voit des créations prêtes à être jouées, qui n’ont pu encore l'être et il faut déjà démonter les décors… C’est hallucinant, on perd le sens de nos métiers (...) Nous mettrons des années à nous relever de cette crise. » Les membres du Syndeac (dont fait partie Sandrine Mini), ainsi que l’ensemble des syndicats CGT, FO représentant les professionnels du monde du spectacle et du cinéma vont engager une procédure commune pour déposer un référé-liberté au Conseil d’état.










