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| 13/02/2018

Alain Di Crescenzo : « Si on tue la proximité, on tue les CCI »

Quelle est la position d’Alain Di Crescenzo, président de la CCI régionale, sur les grands dossiers économiques ? Ce décideur toulousain incontournable a accueilli La Lettre M, le 1er février.

Concernant les projets de LGV, quelle est votre réaction au rapport du conseil d’orientation des infrastructures (rendu public le jour de l’entretien) ?
Le rapport retient la nécessité d’une ligne nouvelle entre Bordeaux et Toulouse. Nous avons été entendus. Mais ce n’est qu’un rapport ! Il y aura une loi. Il faut pousser pour le scénario 3, qui offre un démarrage des travaux de la LGV Bordeaux-Toulouse en 2023.

Les investissements sont lourds, et l’État et les collectivités manquent d’argent...
Une infrastructure, c’est pour des dizaines d’années. Il faut raisonner en nombre d’années d’exploitation, en dynamique générée, en retour sur investissement. Des infrastructures performantes permettent de superformer, et ce delta justifie des investissements. C’est pour cela que nous discutons avec Toulouse Métropole pour que la future 3e ligne de métro desserve l’aéroport (desserte non retenue dans le tracé, NDLR). En matière d’infrastructures, n’oublions pas le très haut débit, outil de compétitivité des territoires.

À partir d’avril, l’État aura la possibilité de céder à Casil Europe les 10,01 % du capital d’ATB (Aéroport Toulouse-Blagnac) qu’il lui reste. Est-ce envisageable, selon vous ?
Pendant un an, Casil Europe a l’exclusivité si l’État décide de vendre. Je ne suis pas à la place de l’État mais, très sincèrement, je ne le vois pas se désengager d’ATB à court terme. Soit il vend ses parts restantes aux actionnaires actuels, soit il faut refaire un nouveau tour de table car jamais personne ne viendra pour 10,01 %.

Quid de la gouvernance d’ATB, qu’il va falloir remanier suite aux départs annoncés de Jean-Michel Vernhes (président du directoire) et d’Anne-Marie Idrac (présidente du conseil de surveillance) au cours de ce semestre ?
Le timing n’est pas idéal, c’est vrai. Car le président du conseil de surveillance représente les actionnaires donc si l’actionnariat change, il y a toujours une possibilité que cette personne ne soit pas maintenue. Quant au président du directoire, il est dans l’opérationnel donc il faut choisir le meilleur pour ce poste. L’aéroport de Toulouse est une pépite, dans laquelle il faut continuer d’investir. Et il faut reconnaître que même si beaucoup d’investissements – tels que le nouvel hôtel NH - étaient lancés avant l’arrivée de Casil, des choses ont bougé grâce à eux. L’aménagement du hall D, par exemple, a été repensé pour lui donner une dimension plus commerciale.

Montpellier Business School (MBS) et Toulouse Business School (TBS) portent chacune un projet de campus. Où ces dossiers en sont-ils ?
Le projet montpelliérain est beaucoup plus avancé. Le foncier est identifié et sur le financement, des accords de principe ont été trouvés avec la Région et la Métropole. Donc maintenant, il faut aller vite. Le monde de l’éducation s’accélère et nos écoles sont en compétition, au niveau international. Pour une école, avoir un campus avec un nombre de m2 bien identifié par étudiant, des infrastructures sportives, numériques, etc., c’est fondamental, notamment pour obtenir des accréditations internationales.
À Toulouse, il faut qu’on arrive à la même chose. Côté foncier, on a des pistes mais on n’a toujours pas trouvé nos 40.000 m2... Il faudrait pourtant que ce dossier aboutisse dans les 5 ans, pour garder la dynamique de cette école, qui génère 310 M€ de retombées par an avec un budget de 50 M€ et très peu d’argent public.

Vous êtes premier vice-président de CCI France. Quel est votre rôle précis à ce poste ?
Je pilote notamment le projet de digitalisation des CCI et des entreprises. Avec, notamment, le projet CCI store, une plateforme commune d’intermédiation entre les éditeurs d’e-services et les 3 millions d’entreprises ressortissantes. C’est une révolution, en ligne depuis le 26 janvier. Nous sommes trois élus consulaires d’Occitanie au bureau de CCI France : François-Xavier Brunet (CCI 65), Thierry Julier (CCI 48) et moi-même.

Quel est le climat des affaires ?
Très favorable pour 2018, notamment en région. Le moral des entrepreneurs est très bon, les défaillances en chute libre. Seul bémol, le chômage, qui recule peu.

Un mot sur la transmission d’entreprise...
Le frein est souvent le vendeur. Il nous faut donner le réflexe de la transmission aux dirigeants d’entreprise. Ces affaires-là s’anticipent, il ne faut pas attendre d’arriver à la retraite pour s’en préoccuper. Il n’y a pas de honte à dire que l’on veut transmettre et vendre. À nous de créer des sortes d’isoloirs. L’enjeu est colossal. Environ 25 % des entreprises sont dirigées par des patrons de plus de 55 ans. Le levier ? En parler, toujours en parler, en communiquant sur les réussites : beaucoup de transmissions se passent très bien ! Dans le cycle de vie de l’entreprise, on s’arrête souvent au développement, la transmission est trop peu abordée. Les experts-comptables ont aussi un rôle à jouer, pour que le vendeur soit raisonnable dans l’évaluation de la valeur de son affaire.

Êtes-vous favorable à une fusion entre CCI et chambre de métiers et de l’artisanat ?
Nous devons mettre en commun certains moyens pour gagner en efficacité : CFA, formalités des entreprises... Le mouvement est amorcé en Haute-Garonne, où les deux chambres travaillent déjà ensemble.

Les CCI sont-elles maltraitées ?
On n’a jamais appliqué une telle correction financière pour des établissements publics qui soutiennent l’économie. Cela fait six ans que l’on opère des restructurations internes, que l’on supprime des emplois. C’est raide ! Optimiser, d’accord, mais ce qui est dur, c’est cette non-progressivité des mesures prises, assez méprisante pour les personnes.

Les CCI territoriales sont-elles devenues des annexes pilotées depuis Blagnac (siège de la CCI régionale) ?
Pas du tout. Elles gèrent la proximité, et les missions territoriales sont très importantes : accueil des entreprises, formalités, accompagnement et gestion d’infrastructures (ports, aéroports, parc expos...). Elles font aussi la promotion du catalogue régional (formation, apprentissage, international, innovation, développement durable). Si on tue la proximité, on tue les CCI.

L’entreprise IGE+XAO, dont vous êtes le PDG, vient de s’adosser au groupe Schneider Electric. Quel avenir pour elle... et pour vous ?
L’offre publique d’achat (OPA) est rouverte du 1 au 14/2 (pour permettre aux actionnaires n’ayant pas encore apporté leurs actions à l’offre de le faire dans des conditions inchangées, NDLR) mais d’ores et déjà, IGE+XAO fait partie du groupe Schneider Electric, conformément à la volonté de notre conseil d’administration. Je reste pour ma part PDG d’IGE+XAO et senior vice president de Schneider Electric en charge de la branche Computer Aided Design. Dans 5 ans, je ne serai plus PDG mais je suis serein quant à l’avenir d’IGE+XAO au sein de ce groupe.
À titre personnel, je ne vais pas changer de train de vie ! Ce que je sais faire, c’est l’entreprise. Donc je viens de créer une société de portefeuille, immatriculée à Toulouse, pour réaliser des investissements que je souhaite les plus locaux possibles. À 55 ans, c’est bien sûr une façon pour moi de transmettre quelque chose à mes enfants, mais aussi d’aider les entreprises. En leur apportant des fonds mais surtout du conseil, en étant présent au board. Les nouvelles technologies, l’énergétique et pourquoi pas les infrastructures touristiques sont des domaines qui m’intéressent et j’ai d’ailleurs déjà étudié quelques dossiers. Ce qui sera décisif, ce ne sera pas le TRI (taux de rentabilité interne) mais l’aventure à partager. L’avantage, c’est que je peux prendre mon temps puisque je n’ai aucune obligation d’investir.

 

Bio express

Alain Di Crescenzo, né le 20/1/1962 à Marseille (13), père de trois enfants, est président de la CCI Occitanie depuis le 16/12/2016 et 1er vice-président de CCI France depuis le 6/1/2017. Il est aussi, depuis 1998, PDG du groupe IGE+XAO (édition de logiciels, 385 salariés, CA : 29,4 M€, siège : Colomiers – 31), qu’il a intégré en 1988 comme responsable d’activité dans le domaine de la conception assistée par ordinateur. Ingénieur diplômé de l’École nationale supérieure des arts et métiers (Ensam), il a par ailleurs présidé la CCI de Toulouse de décembre 2010 à janvier 2017.

 

Ce qu’ils disent de lui

« Ce que je retiens de trois ans de collaboration avec lui, comme président de TBS, c’est l’image d’un homme chaleureux mais très déterminé. Un excellent communicant qui n’a pas peur de s’exposer quand cela est nécessaire, qui fait confiance et sait déléguer et, enfin, un énorme travailleur, toujours très au fait de ses dossiers. »
François Bonvalet, DG de Toulouse Business School (TBS)

 

« Sa force de travail, sa compréhension rapide et sa vision globale des dossiers le caractérisent. Il est charismatique, engagé, volontaire et profondément attaché au territoire, aux valeurs d’écoute et de respect des autres. Il sait s’allier des compétences et susciter l’enthousiasme pour les actions qu’il initie ou soutient. »
Anouk Déqué, 1re vice-présidente de la CCI de Toulouse

 

« C’est quelqu’un de loyal et d’engagé, qui sait mettre les gens en relation, faire bouger les lignes et qui comprend le monde des affaires. »
Arnaud Thersiquel, président d’At Home (hébergement de start-up, Toulouse)

 

« Je connais Alain depuis 20 ans, c’est un ami. Dans la sphère économique, je le qualifierais d’entrepreneur, développeur de business et leader charismatique. »
Dominique Faure, vice-présidente de Toulouse Métropole en charge du développement économique

 

« Il est en capacité par ses connaissances technologiques et numériques d’accompagner les entreprises dans la révolution du digital. »
André Joffre, président du pôle Derbi

 

Politique
Alain Di Crescenzo envisage-t-il de se présenter aux municipales 2020 à Toulouse, comme le suggère France 3 Occitanie (cf. page 10) ? « Je n'ai pas de commentaire à faire à ce sujet mais si un jour, je décide de m'avancer, je le dirai moi-même », indique-t-il à La Lettre M.

Aline Gandy et Hubert Vialatte
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