Nuisances sonores : le scénario retenu par le préfet fraîchement accueilli par l’aéroport Toulouse Blagnac
Le 27 septembre, la préfecture d'Occitanie présente les résultats de l’Étude d’impact selon l’approche équilibrée (EIAE) relative à l’environnement sonore de l’aéroport Toulouse Blagnac (ATB). « La croissance conjuguée et rapide de l’activité et de l’urbanisation génère des nuisances et des tensions auxquelles il est nécessaire d’apporter des réponses concertées », estime Pierre-André Durand, préfet, qui propose un scénario incluant l’interdiction des vols au départ et le plafonnement des vols à l’arrivée basculant en cœur de nuit (avec un quota de dérogations ponctuelles en cas d’aléas). De son côté, ATB indique qu’il « ne peut pas être favorable à un scénario qui le priverait des moyens nécessaires à son activité ».
Une étude très attendue
Particulièrement attendue par les différentes parties prenantes, qui avaient signé en mars dernier un pacte « gagnant-gagnant » visant à lutter de concert contre les impacts négatifs des activités aéroportuaires, l’EIAE avait pour objet de « contribuer à l’amélioration de l’environnement sonore ainsi qu’à la limitation du nombre de personnes souffrant des effets nocifs des nuisances sonores liées au trafic aérien », en évaluant « le rapport coût-efficacité de possibles mesures de restriction du trafic aérien nocturne, tout en assurant le maintien de l’activité économique et industrielle de ce secteur essentiel pour le territoire », indique la préfecture d'Occitanie. Pierre-André Durand en a présenté les conclusions le 27 septembre en présence d’élus, d’acteurs socio-économiques, de professionnels de l’aéronautique et d’associations de riverains.
Quatre scénarios envisagés
Quatre scénarios – visant à atteindre les objectifs de réduction du bruit entre minuit et 6 heures du matin – ont été envisagés. Le premier, qualifié de « moins restrictif », est jugé « obsolète », tandis que les scénarios 3 et 4 conduisent à « dépasser très largement les objectifs acoustiques », mais « au prix de conséquences socio-économiques insoutenables pour le territoire ». Quant au scénario 2, qui prévoit l’interdiction de programmation des départs à partir de 23 heures, puis une interdiction de décollage à partir de minuit et une interdiction de programmation des arrivées après 23h30, il permettrait de « concilier les différents intérêts en présence », sans toutefois garantir « la maîtrise du trafic en cœur de nuit », c’est-à-dire entre minuit et 6 heures du matin, estime la préfecture, dont le choix s’est finalement porté sur « une variante du scénario 2 », dite « scénario 2 sécurisé », qui propose l’interdiction des vols au départ et le plafonnement des vols à l’arrivée en cœur de nuit.
Dans ce cadre, les compagnies aériennes se verraient attribuer un quota annuel de 400 vols autorisés à atterrir en cœur de nuit en cas de retard. « Un tel dispositif vise à garantir la maîtrise du nombre d’arrivées sur cette période et permettrait aux opérateurs de bénéficier d’une certaine flexibilité pour opérer de manière ponctuelle en cœur de nuit en fonction des aléas du transport aérien et de limiter, en conséquence, les impacts socio-économiques qui découleraient d’une interdiction stricte », estime la préfecture. Cette dernière anticipe une issue de la procédure – incluant le recueil des avis de la Commission consultative de l’environnement, du public, de l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires et de la Commission européenne – pour fin 2025.
L’attractivité de l’aéroport en jeu
De son côté, ATB dit « prendre acte » du scénario envisagé, tout en assurant souhaiter « prendre connaissance des impacts environnementaux et socio-économiques tels qu’ils ont été évalués afin d’en mesurer les conséquences pour la communauté aéroportuaire ». La plateforme toulousaine rappelle que « la reprise d’activité post-Covid est particulièrement ralentie » et que « la concurrence entre compagnies et entre aéroports n’a jamais été aussi forte ». De la sorte, selon ATB, « les contraintes qui seraient imposées par ce scénario pèseraient sur l’attractivité de la plateforme. Elles pourraient réduire sa capacité à accompagner la compétitivité économique, la dynamique touristique et la connectivité du territoire, dont il est un des principaux acteurs de longue date. » Et d’enfoncer le clou : « ATB ne peut pas être favorable à un scénario qui le priverait des moyens nécessaires à son activité. Préserver l’emploi des 5 500 salariés des quelque 400 entreprises de la plateforme reste une absolue nécessité. »
Philippe Crébassa, président du directoire d’ATB, l’assure : « Nous aurons besoin de temps pour analyser les impacts tels qu’évalués dans cette étude. Toutefois, nous pouvons déjà dire à ce stade que ce scénario entraînerait inévitablement des conséquences sur les capacités de l’aéroport et donc sur son attractivité pour les compagnies aériennes. Nous allons nous attacher à les mesurer avec nos partenaires. » Et la plateforme aéroportuaire toulousaine d’indiquer qu’entre le début de l’année 2024 et la fin août, « le nombre total de vols en cœur de nuit et le nombre de vols basculants ont respectivement diminué de 25 % et de 30 % (atterrissages et décollages) par rapport à 2023 ».











