Nicolas Chambon (Socri) : « À Montpellier, il va y avoir des morts »
Le président de Socri, gestionnaire du Polygone Montpellier et du futur Polygone Rive Gauche de Béziers (inauguration le 15 septembre 2010), se confie à La Lettre M.
Polygone Rive Gauche ouvrira ses portes un an après le pôle commercial d’Odysseum à Montpellier…
À Béziers, nous n’avons pas un an de retard mais huit ans d’avance ! On a démarré l’étude sur ce dossier huit ans après le démarrage des études sur Odysseum. Le type de projet sur Béziers est plus dans l’air du temps. Odysseum est un projet inspiré des Etats-Unis, où commerces et loisirs sont mélangés. Je connais bien les Etats-Unis, on travaille là-bas. Ce que Montpellier fait avec Odysseum aujourd’hui, c’est ce que les Américains faisaient dans les années 80. Depuis, les Américains ont beaucoup évolué. Ils ne font plus du tout ce type de concept. Ils veulent faire des quartiers. Au-dessus des centres commerciaux sont bâtis des logements, des bureaux, des équipements publics. À Béziers, on sera plus proches de ce concept, en jouant sur la mixité, la proximité immédiate du centre-ville et de la gare. Nous privilégions la densité urbaine et la verticalité. C’est tout à fait dans l’esprit du développement durable.
Ce n’est pas le cas d’Odysseum ?
La clientèle va forcément aller voir Odysseum, elle y va déjà pour la partie ludique. Le problème d’Odysseum, c’est que ça ne sera jamais un quartier, ni un quartier du centre-ville. Je ne partage absolument pas les discours politiques. Un centre-ville, il faut y aller à pied, c’est un principe de base. Or, à Odysseum, on ne peut même pas aller à pied de la clinique du Millénaire à Odysseum, il faut traverser des voies. Les gens ne le font pas. La capacité de stationnement va être doublée : c’est bien la preuve qu’on est en plein cœur d’un système dédié à la voiture. Et ça ne changera pas.
Icade prévoit déjà d’étendre le pôle commercial d’Odysseum. L’attaquerez-vous en justice ?
Oui. Selon le protocole de 2006, Icade a interdiction de demander une extension pendant au moins six ans après l’ouverture du centre commercial, ce qui nous mène en 2015. Mais Icade demandera une extension immédiatement après. On se prépare à ça. Je me concentre sur l’équilibre de la concurrence. On est mandatés par nos commerçants et nos copropriétaires pour qu’ils puissent exploiter dans des conditions normales de concurrence. Quand on a estimé que la concurrence était faussée, parce qu’il y avait un soutien manifeste à un concurrent plus qu’à un autre, on s’est mis en position d’attaquer le projet par tous moyens. ?
Craignez-vous une sur-offre commerciale dans l’agglomération de Montpellier ?
180 000 m2 de projets commerciaux de plus de 300 m2 sont prévus en périphérie de Montpellier sur les dix prochaines années, soit autant que lors des dix dernières années. Je me base sur les données de la DGCCRF. Le potentiel de développement par rapport à la démographie n’était que de 30 000 ou 40 000 m2 sur les 10 dernières années ! À un moment donné, il va y avoir des morts. On est dans un schéma de développement à l’espagnole. Il y a eu une bulle financière, avec une rafale de projets, qui font place aujourd’hui à une véritable hécatombe, Darty ferme la moitié de ses magasins en Espagne, c’est impressionnant. C’est ce vers quoi on tend en France, où seuls les plus gros vont résister. On fait tout et n’importe quoi, il n’y a aucune planification. Cela dit, ce n’est pas propre à Montpellier, le phénomène touche la France entière.
Vous êtes en opposition frontale avec Georges Frêche. Pourquoi ?
Le soutien de l’Agglo de Montpellier, et donc de son président Georges Frêche, à Odysseum n’est pas normal d’un point de vue économique par rapport aux autres opérateurs. Je ne parle pas que de nous. Les galeries commerciales d’Auchan Pérols et Carrefour Lattes vont également souffrir… Il y a un soutien humain, économique et financier absolument invraisemblable sur Odysseum. Ce projet n’est pas qu’économique, il est éminemment politique. C’est le projet d’un homme, qui a mis beaucoup d’énergie, et en l’occurrence beaucoup d’argent du contribuable aussi, pour soutenir une opération financière privée, portée par Icade. L’équilibre de la concurrence n’est pas respecté. On ne voit pas d’un très bon œil le système, pour ne pas en dire plus, qui est mis en place et qui est le même système qu’on retrouve avec l’arrivée du village de marques. ??Propos recueillis par Hubert Vialatte
À lire dans notre édition papier du 21 juillet « Odysseum : Socri contre-attaque »










