Inondations : les collectivités écopent
Au pied du sapin de Noël, les collectivités du Sud découvrent une facture salée, après trois mois d’intempéries quasi-ininterrompues. Pour le seul département de l’Hérault, sur les mois de septembre et octobre, la préfecture enregistre 59 M€ de demandes de subventions, en dehors des dégâts des biens assurables pris en charge par le dispositif de catastrophe naturelle. L’eau en furie a parfois laissé un paysage de pays en guerre, comme à Lamalou-les-Bains. « Cet automne a été cataclysmique », résume André Vezinhet, président du conseil général de l’Hérault depuis 1998. Bien qu’au régime sec - baisse des dotations d’Etat et hausse des dépenses sociales oblige -, sa collectivité doit injecter 17 M€ : fossés à curer d’urgence, « sinon ils se remplissent à la moindre pluie », nettoyage d’embâcles « pour éviter qu’ils ne se fracassent contre les ponts », purges de talus et de falaises pour limiter les risques de chutes de blocs, reconstitution de parapets de sécurité. La priorité reste le rétablissement de routes coupées, comme à Laroque, Aniane ou Saint-Etienne-d’Estrechou. Pour activer les travaux, des marchés à bons de commande, sans mise en concurrence, ont été passés.
7 M€ pour le stade de la Mosson
Philippe Saurel, maire DVG de Montpellier et président de Montpellier Agglomération, se souviendra de la journée du 29 septembre, où 300 mm d’eau/m2 se sont abattus sur la ville en quelques heures. Il a vu « le sol d’une maison pour tous se fendre sous la pression de l’eau ». Montant des dégâts pour la 8ème ville française : 10 M€ – nettoyage de dépôts et de berges, consolidation des digues du Lez, réparation de bâtiments communaux, remise en état des espaces publics… Rebelote une semaine plus tard, avec, cette fois, la submersion du stade de la Mosson, qui accueille les matches de football de Montpellier (Ligue 1). « Une tribune a été éventrée. Un tractopelle était retourné, les quatre fers en l’air, au milieu du stade. C’est dire la puissance de l’eau », se rappelle l’élu. Montpellier Agglomération, propriétaire du stade, a depuis déboursé 7 M€ dans la remise en état de la pelouse, des vestiaires et de la salle de presse.
Mais la crue de la Mosson n’a pas endommagé que l’équipement sportif qui porte son nom. Quelques kilomètres en amont, à Grabels, elle a causé 1,3 M€ de dégâts sur des biens communaux. Une trentaine de familles sont toujours relogées à ce jour. Environ 400 000 € ont été investis dans la réfection d’un pont. « Soit un quart de notre budget d’investissement annuel. Pour le budget 2015, on supprimera les choses qui peuvent attendre », précise René Revol, maire.
Changement climatique
Après le procès Xynthia, l’heure est à l’anticipation. Pierre de Bousquet, préfet de la région Languedoc-Roussillon, déclare que bon nombre de PPRI seront « revus » - pour ne pas dire durcis. « Le réchauffement de la mer Méditerranée va se poursuivre, souligne André Vezinhet. Il est à craindre que la rencontre entre cet air chaud et humide avec des masses d’air froid génèrera d’autres phénomènes d’ampleur. » À Grabels, René Revol décide de refaire son PLU, qui ne date pourtant que de 2013. Foncier constructible, urbanisme commercial, type de routes… tout est passé au peigne fin. « Je veux adapter le PLU à la crue exceptionnelle que nous avons subie le 6 octobre. Cet automne, nous avons senti physiquement les effets du changement climatique. 280 mm/m2 en deux heures, c’est de la folie. Personne n’avait jamais vu ça. J’ai la conviction que ce type d’événement peut revenir. »
Dans le prochain contrat de Plan (2015-2020), la Région L.-R. et l’Etat vont d’ailleurs investir 140 M€ dans plusieurs programmes d’action de prévention des inondations (digues et dispositifs d’écoulement). Parmi les projets votés récemment : protection de Sérignan et Valras dans l'Hérault (11,6 M€ de travaux), sécurisation des digues de Saleilles dans les Pyrénées-Orientales (4,2 M€), confortement des digues de l’Agly (2,8 M€). De tels aménagements ont fait leur preuve. Le 29 septembre, les digues du Lez, construites entre 2007 et 2014, ont par exemple permis à la commune de Lattes de ne pas être submergée sous plusieurs mètres d’eau.
En photo : Lamalou-les-Bains, le 18 septembre dernier après la crue du Bitoulet. Crédit : Ville de Lamalou-les-Bains.









