Frédéric Carré (FFB) : « Nos entreprises ont avant tout besoin de stabilité »
Frédéric Carré, dirigeant du groupe haut-garonnais Carré, spécialiste de la métallerie et de la serrurerie, revient en exclusivité pour La Lettre M sur son élection le 20 mars à la présidence de la Fédération française du bâtiment (FFB). Il prendra ses fonctions le 19 juin, succédant à Olivier Salleron. Sa priorité ? Relancer l’activité dans les territoires, en mettant l’accent sur le logement, la rénovation énergétique, l’adaptation aux risques climatiques et la reconversion des bâtiments tertiaires. Le nouveau président plaide également pour des mesures publiques « pérennes et stables » afin de redonner de la visibilité aux entreprises du bâtiment et de permettre de répondre aux besoins en logements et industrialisation.
Vous allez prendre la tête de la Fédération française du bâtiment le 19 juin prochain. Quelle sera votre priorité durant les premières semaines de votre mandat ?
L’axe majeur du programme sera d’agir pour le développement de notre activité dans les territoires. Sans cela, il n’y a pas d’investissement, d’embauche, d’innovation… Nous souhaitons ainsi relancer notre marché historique, celui du logement, mais aussi des marchés émergents tels que l’adaptation des ouvrages aux risques climatiques et naturels, le marché des seniors, la reconversion des bâtiments tertiaires en logements, la réindustrialisation du pays – qui passe par la Défense et le nucléaire – et des marchés qui ont besoin d’être relancés massivement, notamment celui de la rénovation énergétique.
Quels sont les autres axes de votre programme ?
Nous voulons accélérer dans l’innovation, que l’on retrouve partout et dans toutes les tailles d’entreprises, même chez les artisans. La FFB doit aider ses adhérents à prendre ce virage, c’est essentiel. Nous cherchons également à attirer, former et fidéliser car l’humain est une ressource essentielle dans nos métiers. Nous devons mener des actions volontaristes afin de montrer que le bâtiment d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Nous devons communiquer avec les jeunes via le numérique, leur montrer la modernisation de la profession, l’amélioration des conditions de travail et la rémunération correcte, ainsi que la féminisation. Enfin, nous avons pour objectif de moderniser notre réseau. Dans un monde qui bouge très vite, nous devons adapter notre réseau afin de mieux servir nos adhérents dans l’ensemble du territoire.
Quelles mesures concrètes attendez-vous de l’État pour relancer la construction et soutenir les entreprises du bâtiment ?
Nos besoins sont aujourd’hui considérables, tant en matière de logement que d’industrialisation. Dans ce contexte, la FFB peut être force de proposition pour contribuer à cet objectif commun de construction. Nos entreprises sont prêtes à agir, mais elles ont avant tout besoin de stabilité. Le nouveau dispositif Jeanbrun (statut de bailleur privé, NDLR), par exemple, est pertinent, mais reste une niche fiscale révisée chaque année, ce qui crée de l’incertitude. Nous attendons donc des mesures pérennes, lisibles et stables dans le temps. Il est essentiel de nous donner de la visibilité et de nous laisser travailler dans un cadre clair, afin de répondre efficacement aux besoins de construction.
Vous êtes également président d’Action Logement Immobilier depuis cinq ans. Comment envisagez-vous l’articulation de cette fonction avec celle de président de la FFB pour agir face à la crise du logement ?
Mon mandat à la tête d’Action Logement Immobilier arrive à son terme en juin. Nous travaillons actuellement avec le Medef à la désignation de mon successeur, que nous choisirons conjointement. Action Logement est un acteur majeur du logement social en France : le groupe pilote une quarantaine de filiales, produit environ 40 000 logements par an et représente près de 11 Md€ d’activité. Pour ma part, tous mes mandats (président de la FFB Occitanie, vice-président et président du conseil des régions de la FFB, NDLR) prendront fin lorsque je prendrai les fonctions de président de la FFB, afin de me consacrer pleinement à cette nouvelle responsabilité.
Quelles sont, selon vous, les forces et les fragilités du secteur du bâtiment en Occitanie aujourd’hui ?
L’Occitanie est une région dynamique, structurée autour de deux grandes métropoles et d’un tissu d’entreprises qui irrigue l’ensemble du territoire. Elle reflète d’ailleurs assez bien la diversité française, avec ses 13 départements aux réalités économiques contrastées. Aujourd’hui, la principale difficulté tient au manque de volumes, particulièrement dans les métropoles, qui subissent de plein fouet la crise du logement. Le décrochage d’activité y est plus brutal, ce qui fragilise fortement les entreprises, alors même que les besoins restent très importants. Certains grands projets, comme la ligne C du métro à Toulouse, permettent d’amortir partiellement cette situation, mais cela ne suffit pas à compenser le recul global de l’activité. À l’inverse, les marchés d’entretien-rénovation se montrent plus résilients. Il est indispensable de relancer la construction de logements dans l’ensemble du territoire. C’est un enjeu majeur pour redonner de l’activité aux entreprises et répondre aux besoins des habitants.
Vous dirigez depuis 2004 le groupe haut-garonnais Carré, spécialisé dans la métallerie et la serrurerie. Vous affichez un carnet de commandes solide, à hauteur de 44 M€. Quelles sont désormais vos ambitions pour le groupe ?
Aujourd’hui, le groupe compte environ 150 salariés, contre plus de 200 avant la crise du Covid. Nous avons toutefois sécurisé notre carnet de commandes pour les trois années à venir, ce qui nous permet d’aborder l’avenir avec sérénité. L’arrivée de notre nouveau directeur général Charley Ferra et de notre nouveau directeur administratif et financier Pierre Bonnaventure renforce également cette dynamique. Notre objectif n’est plus de faire la course au chiffre d’affaires mais de privilégier une croissance maîtrisée et de stabiliser notre activité (21,6 M€ de CA en 2025 et 24 M€ projetés en 2026, NDLR). Nous poursuivons en parallèle nos investissements, notamment dans des équipements de pointe comme des lasers de découpe tôle et tube, ainsi que dans des outils de mesure et de scan. Enfin, nous allons accentuer nos efforts en matière de R&D et d’innovation, un axe fortement porté par notre directeur général, afin de continuer à faire évoluer nos savoir-faire et rester compétitifs.











