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Haute-Garonne
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Conjoncture
| 22/03/2024

Vers une trajectoire économique favorable en Haute-Garonne malgré un contexte incertain

© Pexels

L’enquête annuelle de conjoncture réalisée auprès de 1 959 entreprises haut-garonnaises par la CCI Toulouse Haute-Garonne et la Banque de France Occitanie souligne la résilience de l’économie en 2023 grâce à l’accélération de la filière aéronautique et au dynamisme des activités industrielles (+ 5,8 %) et des services (+ 6,1 %). Les chiffres d'affaires des entreprises locales augmentent de 4,7 % et leurs effectifs de 4,3 %. Patrick Piedrafita, président de la CCI, émet un bémol sur « la tension des trésoreries et l’immobilier atone malgré la vitalité du secteur des travaux publics ». Cette année, les prévisions tablent prudemment sur une croissance de 3,5 %, avec des intentions d'embauche en hausse de 2,8 %.

« La Haute-Garonne est le deuxième département le plus dynamique de France en 2023, soutient le président de la chambre consulaire. Nous avons la chance d’avoir une perspective positive pour l’année à venir au niveau du chiffre d’affaires et des embauches. Néanmoins, il faut continuer à être vigilant sur la situation de l’immobilier et les trésoreries. » Selon les prévisions des dirigeants pour 2024, « le tassement est généralisé et affecte l'ensemble des secteurs, des tailles d'entreprise et des territoires d'implantation ». La croissance et les recrutements se concentreraient surtout sur l’unité urbaine toulousaine, dans l’industrie et les services et au sein des grandes entreprises, notamment dans l’aéronautique. « 67 % des dirigeants disent que leur situation financière est saine », indique le président, précisant que les TPE sont plus affectées par les difficultés de trésorerie. « Le climat de confiance est mitigé, poursuit-il. Il s’élève à 54 %, ce qui est relatif au contexte géopolitique incertain. » Ainsi, 31 % des dirigeants se disent inquiets pour l’avenir de leur secteur et 18 % pour leur propre structure.

L’industrie se reconstruit
Secteur particulièrement affecté par la crise sanitaire, l’industrie poursuit la reconstruction de son activité et de ses emplois en vue de retrouver son niveau pré-Covid. L’an dernier, les industriels du territoire ont acté une progression de 5,8 % de leur chiffre d’affaires, plus homogène sur l’ensemble des branches qu’en 2022. « L’inflation des intrants impacte particulièrement l'agroalimentaire et les biens de consommation, tandis que les branches construction aéronautique et spatiale, les équipements mécaniques et les biens intermédiaires rendent compte de meilleures situations », détaille l’enquête. Pour retrouver les niveaux de 2019, il manque sept points de croissance au secteur. Quant à la création d’emploi, elle enregistre une hausse de 3,3 % et est particulièrement élevée dans les secteurs de l’aéronautique et du spatial, de la mécanique, de l’électrique et de l’électronique.

La dynamique observée devrait se poursuivre en 2024, avec une augmentation de 5,2 % des chiffres d’affaires et de 3 % des intentions d’embauche. L’enquête précise que « la construction aéronautique et les industries des équipements électriques et électroniques maintiendraient une croissance supérieure à 6 %. Les autres branches progresseraient de 3 %. » Elle émet quelques réserves concernant les recrutements dans le spatial et les industries de biens de consommation. Enfin, une majorité d’industriels anticipent un maintien – voire une progression – de leur rentabilité cette année.

Les services aux entreprises portent le secteur
La croissance globale de 6,1 % de l’activité du secteur des services ralentit mais représente toujours la dynamique sectorielle la plus élevée de Haute-Garonne. Les effectifs se consolident à + 6,1 %, portés par les services aux entreprises. En revanche, le transport connaît une dégradation de l’activité de sept points en 2023. « L’emploi s’est contracté, notamment en raison de problèmes de recrutement », précise Patrick Piedrafita. L’hébergement poursuit sa performance, notamment dans l’unité urbaine toulousaine, qui connaît une progression des taux d’occupation et des prix moyens, alors que la restauration se développe davantage en zone périurbaine et dans le Comminges, où la concurrence est moins forte.

Cette année, les dirigeants prévoient une croissance à 4,2 %, portée par les structures de plus de dix salariés, les services aux entreprises et les services aux particuliers, et accompagnée par une hausse de 3,9 % des intentions d’embauche. Cependant, « les perspectives d’évolution d’activité et de recrutement sont stoppées pour les transports et les hôtels-cafés-restaurants », alerte l’enquête. Dans un contexte concurrentiel toujours plus fort, 57 % des dirigeants du secteur des services restent optimistes quant à l’avenir de leur entreprise (- 5 points).

Commerce : un marché atone
Face à l’inflation et à la dégradation du marché de l’emploi, le secteur du commerce connaît une croissance de son chiffre d’affaires divisée par deux en 2022 (2,1 %). L’enquête constate une situation plus favorable en zone périurbaine et dans le Comminges.  Les secteurs les plus affectés, voire en repli, sont le commerce de détail en équipement du foyer et de la personne et le commerce-réparation automobile. Malgré les contraintes budgétaires des ménages, « le détail alimentaire et les grandes surfaces affichent une hausse modérée de leur chiffre d’affaires, indique l’enquête. La croissance globale du secteur tient essentiellement au commerce de gros, qui maintient son rythme de progression. » L’emploi est en progression de 1,7 % et se reconstitue légèrement après une année 2022 ponctuée de suppressions de postes.

Cette année, les prévisions tablent sur une augmentation de 0,9 % des chiffres d’affaires, avec une légère progression à noter dans la branche automobile et une décélération des grandes surfaces et du détail alimentaire. Ainsi, une évolution de 0,9 % de l’emploi est prévue, avec une concentration des intentions d’embauche dans le commerce de gros et le commerce-réparation automobile. À noter : le climat de confiance atteint son plus bas niveau de ces dix dernières années, avec seulement 52 % de dirigeants confiants en l’avenir de leur entreprise et 34 % en l’avenir du secteur.

La décélération se poursuit dans le BTP-immobilier
En 2023, le BTP connaît un ralentissement (2,1 % pour le bâtiment et 4,4 % pour les TP) et l’immobilier une décroissance (- 4,1 %). La raison ? « La chute des ventes des promoteurs impacte les mises en chantier de logements neufs, affectant particulièrement l’activité du gros œuvre », explique l’enquête. L’ensemble du secteur BTP-immobilier enregistre ainsi une faible progression de 2,2 % des chiffres d’affaires. En revanche, les travaux publics bénéficient d’une activité forte dans la métropole (+ 4,4 %), notamment grâce à de grands chantiers comme celui de la ligne C du métro. « L’immobilier détruit des emplois pour la seconde année consécutive », indique le président de la CCI. Les branche BTP portent donc l’évolution de 2,2 % des effectifs du secteur.

En 2024, les chiffres d’affaires devraient augmenter de 1,1 %, confirmant la décélération de l’activité du secteur. « Les délivrances de permis de construire toujours en baisse et les mises en chantier de logements en recul érodent les carnets de commandes du bâtiment, dont la rentabilité se détériore », précise l’enquête. Même s’ils sont fragilisés, notamment en raison de problèmes de trésorerie, les professionnels de l’immobilier anticipent un rebond de leur activité, notamment grâce au retour progressif du réseau bancaire sur le marché du financement de l’habitat et à la baisse des taux d'emprunt et des prix. Le secteur espère ainsi maintenir ses effectifs salariés, tablant même sur une très légère augmentation de 0,1 % des intentions d’embauche. « Seul un dirigeant sur trois est confiant en l’avenir du secteur, ajoute néanmoins Patrick Piedrafita. C’est le niveau le plus bas depuis 2014. »

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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