Pénurie de matériaux : les plans B des entreprises
Le fléau touche tous les secteurs d’activités, ou presque, et se renforce de semaine en semaine. Face à la pénurie de matériaux, les entreprises régionales tentent de s’organiser. Dans le BTP, Frédéric Carré, président de la FFB Occitanie, dénonce une situation tendue : « Nos marchés sont signés, fermes et non négociables. Les entreprises ont dû souvent assumer la hausse des prix, même si certains promoteurs ou maîtres d'oeuvre ont joué le jeu. » Obligée de « mettre des personnes en chômage partiel par manque de matériaux », la profession, déjà impactée par la crise sanitaire, dénonce ainsi un paradoxe cruel.
Autre secteur phare du territoire, l’aéronautique souffre elle aussi des pénuries qui impactent - notamment - les approvisionnements en métaux, comme le souligne Pauline Lambert, DG de la société PSD Aero, spécialisée dans la distribution de produits métallurgiques. « Nous manquons de matières premières, soupire-t-elle. Les délais s'allongent et les prix s'envolent. C'est la raison pour laquelle nous avons créé une solution visant à répertorier les stocks dormants, afin de pouvoir les proposer à la vente. » Chez l’hélicier lotois Ratier-Figeac, la pénurie a des impacts sur la production, mais aussi sur certains investissements. Le site, qui engage actuellement plusieurs millions d'euros dans la réfection des toits de l'un de ses bâtiments historiques, a ainsi été contraint d'acheter – et de faire stocker en externe – l'ensemble des matériaux nécessaires, afin de sécuriser ses travaux.
Étoffer son panel de fournisseurs
L’industrie automobile n’est pas épargnée. « Nos clients, les constructeurs automobiles, freinent leur production, en particulier depuis le mois de septembre, car ils manquent de semi-conducteurs, explique Gérald Mirabel, DG du fabricant de roulements à billes SNR Cévennes (400 salariés). Afin que notre niveau de stock n’augmente pas trop, nous avons dû recourir à l’activité partielle depuis le mois d’octobre. » Le dirigeant constate également une hausse des prix sur l’acier et le polyamide. « Nous sommes en pleine période de renégociation des contrats annuels avec nos fournisseurs sur ces matériaux et ils nous annoncent des hausses à deux chiffres. » L’entreprise, qui dispose déjà d’un panel étendu de fournisseurs, prévoit de l’étoffer davantage pour réduire sa dépendance. « Nous devons prendre en compte les prix, mais aussi l’origine des produits : plus le fournisseur est loin, moins il sera réactif et plus le produit mettra du temps à être acheminé, au risque même d’être bloqué dans un port », confie Gérald Mirabel.
Une war room pour faire face
De son côté, pour faire face à la crise des composants, le Toulousain Actia Group (3 600 salariés, CA 2020 : 438,6 M€), spécialisé dans la conception et la fabrication de systèmes embarqués électroniques, a mis en place une « war room, dès le mois de février », témoigne Vincent Turmel, directeur des achats. Cette cellule pluridisciplinaire travaille en direct avec les fournisseurs les plus critiques, recherche et évalue des sources alternatives de composants et maintient un lien étroit avec les clients pour ajuster les plans de production. « Cela nous a permis de compenser les faibles allocations de composants par des solutions alternatives nécessitant parfois un redesign ou un resourcing », indique Vincent Turmel.
Côté Dell Technologies, pour faire face à la pénurie de semi-conducteurs et alors que ses « délais de livraison sont passés de dix jours à une durée de deux à trois mois parfois », comme l’indique Muriel Avinens, directrice du site de Montpellier (900 salariés), on mise sur une anticipation approfondie des besoins. En cas de retard trop important, l’entreprise prévient en amont ses clients et adapte son offre en orientant vers des produits de substitution.
Sur-stocker et trouver des alternatives
Le papier est également une denrée rare, comme nous le confirme Antoine Roux, fondateur de la société toulousaine PrintOclock, spécialisée dans l’impression en ligne pour les professionnels (70 salariés, CA : 13,5 M€). « Nous avons enregistré une hausse des prix de 20 % en deux mois, déplore-t-il. Les prix ne sont pas garantis. Nous sommes obligés de sur-stocker. En moyenne, nous avons en permanence 50 % de stocks supplémentaires. Ce qui pose la question de l’espace d’entreposage. »
De son côté, c’est une pénurie de bouteilles en verre que doit affronter la cave Arnaud de Villeneuve (Rivesaltes, 300 vignerons). « Les délais d’approvisionnement sont compliqués, glisse Jean-Pierre Papy, DG de la cave. Nous concentrons l’embouteillage sur la période d’octobre à mars, soit 1,2 million de bouteilles par an, dont 250 000 sont conditionnées en novembre et décembre. Si nous rencontrons moins de difficultés pour les bouteilles standards, c’est plus compliqué pour les bouteilles haut de gamme. Les verriers eux-mêmes essaient de nous trouver des alternatives qui débouchent fatalement sur un effet d’aubaine et une hausse des prix… »










