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Région Occitanie
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Finances / Institutions
| 22/01/2021

À qui profite France Relance ?

800 k€ pour le nouvel atelier du fabricant de films adhésifs Hexis (Hérault) ; 2 M€ pour le constructeur de motos Sherco qui souhaite relocaliser une partie de sa production dans son usine gardoise ; 8,3 M€ pour Agronutris (Haute-Garonne), qui va construire une usine de farines et d’huiles à base d’insectes dans les Ardennes ; 500 k€ pour aider Seppic (Tarn) à industrialiser un nouvel adjuvant de vaccins ; 800 k€ pour la modernisation de l’usine du fabricant de gourmandises catalanes La Confiserie du Tech (Pyrénées-Orientales)...Depuis plusieurs semaines s'enchaînent les annonces de projets publics ou privés soutenus par le plan France Relance. Durement touchée par la crise, l'Occitanie draine naturellement une partie significative des 100 Md€ qui vont être injectés en deux ans par l'Europe, l'État et ses partenaires territoriaux pour relancer l'économie. Un accord régional de relance a d'ailleurs été signé le 9 janvier par Jean Castex en déplacement dans les Hautes-Pyrénées, prévoyant la mobilisation de plus d'1,7 Md€ par l’État et la Région Occitanie en 2021 et 2022.

Gain de temps
Pour bon nombre d’entreprises régionales, le programme France Relance est perçu comme un accélérateur de projets industriels. C’est le cas d’Adhetec (Hautes-Pyrénées), spécialisée dans les solutions adhésives, principalement pour le marché aéronautique. « France Relance a retenu notre projet de modernisation de nos ateliers de Tarbes et de Colomiers, mais aussi notre plan de diversification et de réduction de notre empreinte environnementale, explique Alexis Gabillon, président de la société de 180 salariés. Sans ce soutien public (1,2 M€ sur un total de 3 M€, NDLR), nous n’aurions pas pu mener de front tous ces projets. Cela nous sécurise et nous fait gagner du temps. » Même constat pour le groupe de santé DMS (Gard) qui souhaite industrialiser deux unités mobiles de radiographie et doper sa R&D. « Nous avons monté un dossier pour répondre à un appel à projets dans le cadre de France relance, indique Samuel Sanceri, DG délégué de DMS. Si notre candidature est retenue, nous devrions pouvoir lancer ce projet (estimé à 4 M€, NDLR) au printemps. Sinon, il faudra sûrement le décaler d’une année. »

Complexité des dossiers
Une aubaine certes, mais des dossiers parfois complexes à monter. « Nous faisons de notre mieux pour aider les entreprises à mobiliser les aides mais elles sont difficilement accessibles, déplore Sophie Garcia, présidente du Medef Occitanie. Un guide des dispositifs destinés aux PME et TPE a été édité, mais il fait 86 pages ! » Chez IES Synergy (fabricant de bornes de recharge pour véhicules électriques, Hérault), « près d’une dizaine de personnes ont monté le dossier de candidature pendant plus d’un mois », souligne Jean-Michel Cornille, PDG. « Il y a toujours des dossiers à monter mais avec des facilités, estime Jean Rampon, sous-préfet d’Alès, chargé de la relance pour le Gard. Pour les appels à projets nationaux par exemple, le formulaire à remplir est le même, quel que soit le secteur d'activité. » Et de souligner le soutien apporté notamment par la Direction générale des entreprises et les chambres consulaires.

Création d'emplois
Parmi les interrogations, celle du fléchage de nombreuses aides qui se ferait vers l’industrie et les grands groupes, au détriment des TPE. « C’est très bien pour la minorité concernée mais ce n’est pas ainsi que l’on va relancer toute l’économie », estime la présidente du Medef Occitanie. Interrogé sur ce point, Emmanuel Moulard, sous-préfet à la relance en Tarn-et-Garonne, convient que « les petites entreprises sont souvent moins outillées pour monter des dossiers ». Aussi la préfecture de Tarn-et-Garonne a-t-elle pris l’initiative d’une « Lettre de la relance ». Adressée chaque mois aux fédérations professionnelles du département, elle recense toutes les nouveautés du plan de relance. De son côté, Jean Rampon rappelle que les critères d'éligibilité sont ceux des appels à projets, nationaux et territorialisés, quelle que soit la taille des entreprises. Le facteur de l'emploi est aussi pris en compte. Une dizaine de postes devraient en effet être créés à La Confiserie du Tech, une trentaine chez Hexis, une quinzaine pour IES Synergy...

Maturité des dossiers
Mais au fait, quelle est l’origine des dossiers retenus ? « Notre projet de production de machines agricoles 100 % électriques était déjà mature, explique Emmanuel Labriffe, dirigeant d’Elatec (Gers). Nous avions d’ailleurs déposé un dossier dans le cadre du programme Territoires d’industrie, mais il n’avait pas abouti. » Situation similaire pour Ergosanté (90 salariés), fabricant gardois de solutions ergonomiques. « Notre projet d’agrandissement et d’équipement s’inscrivait déjà dans le programme Territoires d’industrie », confirme Samuel Corgne, son dirigeant. Un mode de sélection assumé par Jean Castex : « Pour que ce plan de relance soit efficace, il est indispensable d’aller vite, et donc de soutenir des opérations et des projets publics ou privés susceptibles de se concrétiser en 2021 et 2022. On a donc choisi des projets qui étaient déjà dans les tuyaux et qui manquaient de financement pour aboutir. »

Rénovation énergétique
France Relance a aussi vocation à soutenir des projets de rénovation énergétique des bâtiments publics : 15,3 M€ pour le regroupement immobilier de services de l’État à Montauban (Tarn-et-Garonne) ; 4,9 M€ pour l’École nationale supérieure d’architecture de Montpellier, près de 18 M€ injectés sur le site CEA de Marcoule à Chusclan (Gard), etc. Publics ou privés, nombreux sont les bénéficiaires de cette manne publique, sur fond, peut-être, de prochains rendez-vous électoraux.

La rédaction
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