Marie-Anne Denis : « Le confinement a renforcé le lien entre Milan Presse et ses lecteurs »
Les semaines de confinement auront permis à Milan Presse, qui fête en 2020 ses 40 ans d’existence, de créer de nouveaux formats et de renforcer le lien avec ses lecteurs. Mais la période de septembre à décembre, durant laquelle se signent la majeure partie des abonnements annuels, sera déterminante pour le groupe de presse toulousain, éditeur de 26 magazines destinés aux enfants (6 millions de lecteurs, 385 000 abonnés, 40 M€ de chiffre d’affaires). Le point avec sa directrice générale, Marie-Anne Denis.
Comment Milan Presse et ses quelque 300 collaborateurs se sont-ils adaptés aux annonces d’Emmanuel Macron, marquant le début du confinement ?
Le 17 mars, nous sommes entrés dans une période certes très complexe mais que nous avions un peu anticipée. Dès le mois de février, le groupe Bayard (maison-mère de Milan depuis 2004, NDLR) m’avait en effet demandé de travailler sur un plan de continuité d’activité, dans l’éventualité où une évacuation du site serait nécessaire. Quand l’annonce du confinement est tombée, cela a été brutal mais, en deux jours, tout le monde était venu récupérer son ordinateur – de bureau puisque nous n’étions pas équipés de portables – et, dès le jeudi, tout le monde ou presque était connecté. Une vraie prouesse de la part de notre service informatique. Au final, le télétravail a été adopté par la très grande majorité de nos effectifs et nous avons eu recours à un peu de chômage technique pour quelques salariés des services généraux ou qui avaient de trop grosses difficultés d’accès au réseau, ainsi que pour nos 80 délégués du réseau écoles (chargés de promouvoir les magazines du groupe en milieu scolaire, NDLR).
Quelles conséquences la crise sanitaire a-t-elle eues sur vos abonnements et ventes en kiosque ?
Les imprimeurs, les routeurs, La Poste, les marchands de journaux : par chance, tout le monde a continué à travailler, même en mode dégradé, pendant cette période. Ce qui nous a permis de garder le lien avec nos lecteurs et même de le renforcer. Nous avons d’ailleurs reçu beaucoup de messages de remerciements, attestant du rôle que nos magazines ont joué pendant le confinement. Les parents avaient besoin de nous pour divertir leurs enfants et quoi de mieux, pour un enfant confiné, que de recevoir son magazine préféré chez lui, dans sa boîte aux lettres ? Néanmoins, nos délégués du réseau écoles n’étant plus sur le terrain, nous accusons des pertes au niveau des abonnements mais elles sont en partie compensées par celles de la boutique en ligne, qui se sont développées. Donc au final, nous nous en sortons plutôt bien.
Votre site 1jour1actu.com a également battu des records d’audience. Comment l’expliquez-vous et quels enseignements en tirez-vous ?
Un million de visites par mois, c’est du jamais vu pour nous ! Incontestablement, ce site (qui aborde des sujets d’actualité touchant les enfants de 8 à 12 ans, NDLR) a été identifié comme une ressource pédagogique par les enseignants, tandis que les parents y ont vu un moyen d’ouvrir le dialogue avec leurs enfants autour de questions parfois difficiles, en lien avec le Covid-19 notamment. Nous avons aussi proposé notre hebdomadaire 1jour1actu en téléchargement gratuit et de nouveaux formats, de type podcasts, ont vu le jour pendant cette période, qui a aussi été l’occasion de nouer des partenariats intéressants, avec la presse régionale et France Télévisions par exemple. Tout ceci nous encourage à poursuivre nos réflexions autour de l’évolution de nos contenus et supports selon les attentes de nos publics. Une refonte complète de Wapiti, notre plus gros titre jeunesse avec 60 000 abonnés, a d’ailleurs été finalisée pendant le confinement ; elle arrive en ce moment en kiosque.
Que restera-t-il, selon vous, de cette période chez vos lecteurs ?
C’est ce que nous avons cherché à savoir, en confiant la réalisation d’une étude à l’institut Junior City. Celle-ci montre que, pour près de neuf parents sur dix, le confinement s’est plutôt bien passé et que les valeurs familiales sortent grandies de cet épisode. Le bilan est plus mitigé chez les enseignants, satisfaits de leur contribution à la gestion de la crise mais jugeant, pour deux tiers d’entre eux, que la période a été éprouvante, notamment en termes de surcharge de travail et de fatigue. Leurs méthodes de travail ont également été bouleversées, l’ordinateur apparaissant désormais comme un élément aspirationnel fort pour les enfants. Comment tous ces changements résisteront-ils au retour à l’école ? C’est ce que nous allons suivre de près, sans doute à travers un baromètre des relations parents-enfants-enseignants.
Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?
Ma grande interrogation porte sur la rentrée de septembre. Les quatre mois qui suivront seront déterminants pour nous, car c’est durant cette période que se signent 70 % de nos abonnements jeunesse annuels, dont 40 % sont réalisés par nos délégués du réseau écoles. Mais encore faut-il qu’ils puissent se rendre dans les classes… Pour l’heure, il est encore trop tôt pour dresser un bilan complet de cette période mais une chose est sûre : nous allons accélérer certaines mutations, notamment en termes d’organisation du travail. Même si quelques tests avaient été faits, Milan n’était par exemple pas du tout préparé au télétravail. Il est temps de s’y pencher, en lien avec nos partenaires sociaux.

Marie-Anne Denis, directrice générale de Milan Presse.










