Vin : la filière bio face au défi de la production
« Aujourd’hui, on arrive péniblement à alimenter le marché », observe Patrick Guiraud, président de Sudvinbio, organisateur du salon Millésime Bio, qui s’achève mercredi à Montpellier. Si la consommation globale de vin baisse, celle du vin bio augmente, avec un taux de croissance annuel moyen de 16,8 % sur la période 2012-2017, et une projection de + 14 % par an d’ici à 2022, d’après IWSR. Pour faire face à cette demande, il faut doubler, d’ici à 2022, la superficie du vignoble bio, et le faire passer de 10 % de l’ensemble du vignoble à 20 %. Un vrai défi. Tout d’abord, la pyramide des âges est défavorable, avec des viticulteurs souvent proches de la soixantaine, pour qui se pose davantage la question de la reprise que celle de la conversion en bio. Ensuite, le coût d’implantation pour les jeunes générations. « Un vignoble bio coûte 20 % à 40 % plus cher : binage à la main, utilisation de produits biologiques, strict respect du cahier des charges AB… », rappelle Patrick Guiraud. Jean-François Deu, vigneron au Domaine du Trajiner, qui s’étend sur 18 hectares à Banyuls (Pyrénées-Orientales), est passé en bio dès 1997. Avec le recul, il ne regrette pas d’être « revenu à un type d’exploitation qui existait il y a 50 ans, avant l’avènement des herbicides et du glyphosate », mais soulève de nombreuses difficultés. L’équilibre économique s’avère « très compliqué », avec un chiffre d’affaires de 330 k€ pour six salariés, ou encore des coûts de production « trois plus élevés que les viticulteurs de la plaine du Roussillon », du fait, à la fois, d’une main-d’œuvre plus importante et d’une culture en terrasse, à flanc de colline, ce qui interdit toute mécanisation. Tout se fait à la main, résume-t-il. On laboure avec des mulets et des chevaux. » Les bouteilles sont vendues entre 15 et 60 € l’unité.
Des consommateurs prêts à mettre le prix
Reste de nombreux motifs d’espoir pour relever le challenge. « Les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour un vin bio », affirme Patrick Guiraud, sachant que la différence de prix est d’environ 33 % par rapport au secteur conventionnel. Autre enjeu, la production doit être ajustée au mieux. En Languedoc, les metteurs en marché tels que Jacques Frelin, Advini, Paul Mas, Domaine Auriol ou Gérard Bertrand jouent ce rôle d’écoute des consommateurs. Des partenariats permettent de garantir des débouchés en termes de volumes. A ce stade, les vins bio s’écoulent, sur le marché français, à 40 % par la vente directe, à 20 % par les magasins spécialisés, à 20 % par les cavistes et à 20 % par la GMS.










