Toulouse Métropole adopte le projet de Serm malgré des réserves de l'opposition
Le conseil de Toulouse Métropole adopte le 12 février le dossier de candidature au statut de Service express régional métropolitain (Serm), préparé avec la Région Occitanie, le Département de la Haute-Garonne et Tisséo Collectivités. Cette étape administrative, jugée indispensable pour accéder aux financements de l’État dans le cadre de la loi de 2023, acte l’ambition d’un projet estimé à 4,8 Md€ et structuré autour de la multimodalité. Mais derrière l’unité institutionnelle affichée par les porteurs de ce projet, le calendrier, le niveau d’engagement financier et la place du ferroviaire dans l’équilibre global des mobilités continuent de diviser élus de la majorité et groupes d’opposition.
Pour Jean-Michel Lattes, vice-président de la Métropole et président de Tisséo Collectivités, « le pire serait de ne pas déposer ce document ». Il défend « un projet d’aménagement du territoire » organisé en trois temps : 2028 avec la mise en place de pôles d’échanges multimodaux (PEM) et des lignes expérimentales de covoiturage, 2032 avec les aménagements ferroviaires du nord toulousain (AFNT), puis 2040 avec de nouvelles fonctionnalités ferroviaires et des interconnexions renforcées. Les coûts déjà engagés, intégrant AFNT, réseau express vélo et ligne C, atteignent 5,2 Md€, tandis que le Serm représenterait 4,8 Md€ sur quinze ans.
Des réserves persistantes dans les rangs de l’opposition
Malgré tout, plusieurs élus de l’opposition affichent un soutien prudent, voire expriment de fortes réserves sur le contenu et le calendrier du projet. Agathe Roby (Alternative pour une métropole citoyenne) estime que « le Serm doit constituer la colonne vertébrale du réseau de transports. Or, dans ce dossier, il manque des cervicales ». Elle dénonce notamment des correspondances trop nombreuses, des terminus partiels et l’absence d’améliorations ferroviaires concrètes avant 2040. Et alerte : « Il y a urgence, nous avons pris trop de retard. » Quant à Isabelle Hardy (Toulouse écologiste et solidaire), elle reconnaît « une étape allant dans le bon sens » mais pointe « un engagement financier encore flou et sans calendrier clair ». Selon elle, la seule ligne C du métro ne suffira pas à résorber les embouteillages dans un contexte de forte croissance démographique. Plus critique, Odile Maurin, qui vote contre, conteste le choix de gares « amont » plutôt que des gares « aval » qui auraient permis aux trains de traverser la ville. Elle estime que le projet multiplie les correspondances dissuasives, ce qui risquerait de renforcer les inégalités territoriales.
Des arbitrages budgétaires structurants
De son côté, la vice-présidente Karine Traval-Michelet (groupe Métropole solidaire, écologique et démocratique) parle d’une « étape administrative utile et nécessaire », tout en rappelant que « doubler la fréquence des trains n’est pas aussi simple » en raison de contraintes techniques lourdes. Le débat renvoie enfin à des arbitrages budgétaires structurants. « Met-on plus de financements dans le Serm ou dans la voirie ? On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre », résume le vice-président Joseph Carles (Indépendants), alors que la recherche de ressources nouvelles et de cofinancements d’État apparaît selon lui comme la condition clé pour crédibiliser ce projet tel qu’il est présenté. En conclusion des échanges, Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole, appelle à ne pas opposer les projets. « Nous devons proposer un cumul de l’offre de transports », insiste-t-il, rappelant que la ligne C a été pensée dès 2013 pour se connecter au réseau ferroviaire.










