Stratégies économiques, emploi, attractivité, désenclavement... : les défis de l'Aveyron
Alors que le Salon « Fabriqué en Aveyron » est organisé à Rodez les 26 et 27 septembre prochains en présence de 70 exposants et de quelque 4 000 visiteurs attendus, Jean-Luc Calmelly, président de l’Agence Aveyron Attractivité Tourisme, livre à La Lettre M sa vision des atouts économiques du département, mais aussi de ses grands enjeux. Interview exclusive.
Quelles sont les caractéristiques du tissu économique aveyronnais, aujourd’hui en pleine mutation ?
L’image de l’Aveyron est plutôt rurale. Mais nous portons l’idée qu’il s’agit d’un territoire rural qui bouge, qui vit et qui innove, notamment sur le plan économique. Le tissu local présente une dynamique qui n’est pas suffisamment connue. La carte de visite du territoire englobe en effet plusieurs grandes thématiques : la richesse humaine et le sens du collectif, une filière énergétique – en particulier hydroélectrique – particulièrement dynamique, un tissu économique diversifié dans l’ensemble du territoire, au sein duquel des PME à taille humaine côtoient de grands groupes, un équilibre entre des savoir-faire traditionnels – je pense ici en particulier à la coutellerie et à la ganterie – et une économique plus technologique, mais aussi une agriculture de qualité et un secteur agroalimentaire performant, sans oublier l’esprit d’innovation qui caractérise l’Aveyron.
Le territoire est particulièrement actif en termes de création d’entreprises (1 639 l’an dernier)…
En effet. Cette dynamique est due à plusieurs facteurs. Au siècle dernier, l’Aveyron a été marqué par un fort exode rural. Les Aveyronnais étaient obligés de s’expatrier, à Paris, bien sûr, mais aussi dans d’autres pays, pour pouvoir travailler. Puis la tendance s’est renversée. Les Aveyronnais ont eu la volonté de rester ici et de développer de l’activité dans le territoire, tandis que de nouveaux arrivants se sont installés. Et c’est cette dynamique qui se poursuit aujourd’hui.
La desserte aéroportuaire renforcée - avec des vols réguliers mis en place depuis début septembre par la compagnie aérienne espagnole Volotea entre les aéroports de Rodez-Aveyron et de Paris-Orly - constitue un élément structurant de la dynamique territoriale…
Oui, c’est un élément sur lequel nous misons beaucoup. Car le sujet du désenclavement de l’Aveyron est évidemment majeur. Nous nous battons ainsi, côté infrastructures routières, pour la réalisation de la dernière tranche de la RN88. Et côté aérien, cette arrivée de Volotea ouvre de très belles perspectives. C’est une opportunité à tous les points de vue, qu’il s’agisse de la fréquentation touristique, mais aussi du développement économique, puisque cela permet aux chefs d’entreprise du territoire de se rendre plus facilement à Paris, tout en favorisant le télétravail.
Le sujet de l’emploi est particulièrement stratégique. Comment l’accompagnez-vous ?
Avec un taux de chômage de 5,7 %, notre territoire est au quasi plein emploi. Dans ces conditions, il est parfois difficile pour les entreprises de trouver les talents dont elles ont besoin. C'est vital, car certains projets, malheureusement, se retrouvent ralentis ou bloqués à cause des difficultés de recrutement. Nous devons donc faire venir des actifs de l’extérieur du département, en mettant en avant l’Aveyron comme terrain d’épanouissement. Parmi toutes les actions menées par l’Agence Aveyron Attractivité Tourisme, nous déployons une offre de service à destination des entreprises du territoire, en vue de les aider à développer leur notoriété, avec une plateforme sur laquelle elles peuvent déposer leurs offres d’emplois, mais aussi recueillir les candidatures. L’an dernier, nous avons diffusé plus de 2 800 offres, qui ont généré quelque 6 300 candidatures. Notre action s’inscrit dans le cadre d’un véritable travail collectif, avec toutes les structures d’accompagnement, les acteurs économiques et les entreprises elles-mêmes. Ensemble, nous travaillons à construire l’image de l’Aveyron.
Vous souhaitez également favoriser la reprise d’entreprises. Pour quelle raison ?
C’est un fait : en 2023, 40 % des chefs d’entreprise aveyronnais avaient plus de 55 ans. L’enjeu de la succession est donc clair. Par conséquent, nous devons accompagner à la fois les porteurs de projets, bien entendu, mais aussi les potentiels repreneurs.










