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Immobilier
| 18/12/2019

Michel-Edouard Leclerc : " Il ne faut pas faire de l'idéologie de centre-ville"

Plus de 650 acteurs de l’acte de bâtir, élus et dirigeants locaux assistent le 17 décembre à Mauguio à la cérémonie des vœux de la Fédération des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée (FPI OM), présidée par Laurent Villaret. Un record de fréquentation, selon la FPI, certainement animé par l’intervention de Michel-Édouard Leclerc, PDG de l'enseigne de grande distribution E.Leclerc (645 adhérents) venu répondre à la question de « La mutation des friches commerciales à l'ère de la révolution numérique et de la transition écologique : une nouvelle conquête urbaine ?». Le président de la FPI OM entouré de son équipe a rappelé le poids du secteur de la promotion en ex LR : plus de 5000 logements libres et primo-accession, 1 000 logements sociaux soit 50 % de la production totale du territoire et surtout plus de 100 000 m2 de bureaux et locaux d'activités faisant ainsi écho à la conférence.

L'injonction paradoxale
Toujours très impliqué dans son secteur d’activité, Michel-Édouard Leclerc se veut un observateur en matière de politique d'aménagement commercial. Il décrit sa vision du commerce à partir de sa propre histoire familiale démarrée dans les années 60 avec l’émergence de la voiture, des hypermarchés jusqu’au recul du commerce de centre-ville actuel. « On demande trop aux commerçants aujourd’hui, revenir au centre-ville, créer des emplois, et remplir une fonction sociale, tout en empêchant les voitures d’y accéder. Ça ne marche pas ! », souligne le dirigeant pointant ainsi ce qu’il a appelé « l'injonction paradoxale », à savoir quand deux administrations publiques prennent des décisions opposées et qui de fait mettent en porte-à-faux les promoteurs de sites commerciaux. « Nous sommes prêts à investir dans nos magasins pour répondre aux injonctions carbone, d'esthétique et d'usages mais je ne sais pas le faire en centre-ville à prix Leclerc, poursuit-t-il en citant l’exemple de Strasbourg. Le meilleur bilan carbone aujourd'hui, c'est le drive, qui n'est pas esthétique. Il ne faut pas faire de l'idéologie de centre-ville ou de l'idéologie de la réhabilitation de friches commerciales. Tout est question d’opportunité ».

Concertation, co-construction, anticipation digitale
Michel-Edouard Leclerc appelle à « la concertation, au dialogue, à la co-construction entre les aménageurs publics et les opérateurs privés. Il faut raisonner dans un schéma global, ville par ville. On ne peut plus se renvoyer la balle ! Ce qui est important c’est l’usager et ses attentes ! Un consommateur ayant un panier moyen de 85 € ne se déplace pas à pied avec ses courses, il prend sa voiture... À l'heure du digital, il faut se projeter à 15-20 ans sur l'impact du web-commerce qui représentera peut-être 30 à 40 % des parts de marché ». Interpellé sur l’effet concurrentiel d’Amazon, il répond : « Amazon, c'est le roi de la logistique, de l'exploitation des données et du marketing. Il nous a appris qu’un centre logistique livrant 2 000 personnes que 2 000 personnes qui viennent dans un magasin c’est mieux pour le bilan carbone. Nous allons créer des points relais. Mais Amazon n’a pas la promesse commerciale d'un hypermarché qui fait sa force encore aujourd’hui ». Il conclut sur les défis de la grande distribution : « monter la qualité alimentaire pour répondre aux attentes des consommateurs en affichant comme nous les nutri-scores, l'accessibilité et convaincre l'élu aménageur que seule la démographie justifie les commerces ».

Véronique Coll / coll@lalettrem.net
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