Unlimited : la marque contestée mais adoptée
Voici les principales attaques qu’ont formulé, mardi soir en conseil communautaire, une vingtaine d’élus de Montpellier Agglomération. Morceaux choisis :
Max Lévita (PS), élu à la Ville de Montpellier : « Jean-Pierre, méfie-toi des communicants »*
« J’exprime publiquement ma gêne et mon désaccord. Cette délibération met en jeu ma conception de la démocratie, de la concertation, de la politique de la vie en société. Vous attendez le 30 octobre pour faire voter par notre assemblée ce que vous avez exposé le 17 octobre. Pourquoi ne pas avoir fait l’inverse ? D’abord le vote, puis la réunion publique. C’eût été l’ordre normal. En acceptant l’inverse, vous me forcez la main, ça heurte ma conception de la vie publique, de la démocratie.
La science économique est très contestable et fragile. Le modèle économique que vous proposez à travers la marque Unlimited est-il adapté à la période actuelle ? C’est une question que vous évacuez. Vous utilisez les mots ‘courage, détermination, audace, croissance attitude’. L’incantation et les exhortations sont contre-productives. Le 17, l’entreprise Techsia, qui a reçu le soutien de l’agglo, a été mise à l’honneur. Parfait. Mais Techsia a été rachetée par Schlumberger. Ça reflète notre incapacité à créer des entreprises de 500 salariés et plus.
Vous parlez des pôles de compétitivité. Si vous y croyez, subventionnez-les. Ces pôles reçoivent des sommes de l’Agglo et de la Région tout à fait anecdotiques. » Et l’élu PS de conclure : « Jean-Pierre, méfie-toi des communicants. »
* La campagne de publicité Montpellier Unlimited a été menée par l’agence Sens Inédit, dirigée par Pascal Provencel. Hasard du calendrier : Pascal Provencel a été condamné ce mardi en appel à deux mois de prison avec sursis par la cour d’appel de Bordeaux pour avoir obtenu des avantages illégitimes dans l’attribution du marché de communication du Département des P.-O. par Christian Bourquin, lorsqu’il était président du conseil général des P.-O., en 1999.
Christian Bouillé, élu à la Ville de Montpellier (PS) : « Dérive anti-démocratique »
« Sud de France s’impose partout. Pourquoi proposer Montpellier Unlimited ? D’autant plus que ce slogan ne coule pas de source. Avec l’entraînement, on va y arriver (à le prononcer, NDLR). Mais ça n’apporte rien de plus. Vous faites un show à l’américaine le 17, et deux semaines plus tard, on nous le demande de valider. Même s’il est vrai que nous n’étiez pas obligés de le présenter au vote. Le coût de la campagne pèserait, d’après vous, 12,5 % des 5 M€ dédiés à la communication chaque année. 12,5 % de 5 M€, ce n’est pas rien par les temps qui courent. Enfin, cette marque traduit-elle une nouvelle stratégie de développement économique ou est-elle un tremplin pour Jean-Pierre Moure en vue des municipales 2014 ? Quand on connaît les prix des communicants pour une campagne… utiliser l’argent des contribuables est plus facile. Il faut arrêter cette dérive anti-démocratique. Quand la démocratie est ébranlée, elle devient évanescente, s’évanouit, et disparaît. On n’en est pas là. Mais j’ai l’impression que Jean-Pierre Moure n’a plus de garde-fou, qu’on ne peut plus compter de manière infaillible sur lui. Il est plus intéressé par les avantages du mandat que par les servitudes qui en font la grandeur. Je ne suis pas contre le fond de l’affaire, bien écrite, bien dirigée. Cette stratégie de développement économique mérite d’être examinée. Cependant, les moyens utilisés par Jean-Pierre Moure, je ne les accepte pas. Je ne participerai pas au vote et demande un vote bulletin secret (qui n’aura pas lieu, NDLR). »
René Revol, maire de Grabels (Front de Gauche) : « La population est choquée »
« La population est choquée par des dépenses. Je le dis tranquillement, car la compétition montpelliéraine (à la mairie de Montpellier, NDLR) ne m’intéresse pas. Les habitants de ma commune sont gênés, choqués, par l’organisation d’énormes festivités, à un mois d’intervalle : Pierresvives par le conseil général de l’Hérault, Unlimited par Montpellier Agglomération. Le conseil municipal de Grabels dénonce ces niveaux de dépenses de communication. »
Jean-Pierre Grand, maire de Castelnau-le-Lez (UMP) : « La métropole, vrai sujet »
« L’opération menée au Zénith avec des milliers d’entrepreneurs me paraît une bonne chose. Les chefs d’entreprises sont dans le doute, la crise est là. C’est assez rare qu’on réunisse les chefs d’entreprises pour leur dire qu’on a besoin d’eux, qu’on mette en perspective leur action sur des dizaines d’années. Ce n’est pas la première fois qu’on vote une délibération sur une festivité qui a déjà eu lieu. Ce sujet de marque économique n’est rien comparé à ce que vous nous avez dit tranquillement, ‘à la Mitterrand’, sur la création d’une métropole dans l’Hérault (Jean-Pierre Moure a rencontré mardi matin François Hollande sur le statut futur de métropole, qui pourrait concerner Montpellier, NDLR). Ça, c’est un vrai sujet. La métropole est une idée intéressante, mais pour ma part, je ne veux pas finir maire d’un quartier de cette métropole. »
Philippe Saurel, élu (PS) à la Ville de Montpellier, candidat déclaré aux municipales 2014 à Montpellier : « Quel est le coût réel de la campagne ? »
« Monsieur Moure (Jean-Pierre Moure le reprend : « Monsieur le président », NDLR), le visuel de la campagne Unlimited se réduit à deux insertions : Montpellier et Jean-Pierre Moure. Vous utilisez les moyens de notre assemblée pour bâtir votre éventuelle campagne pour les municipales. Par ailleurs, la marque choisie n’est ni rare, ni originale, ni créative. Elle est utilisée à Toronto, NewPort, en Islande, en Australie… Quel est le coût réel de cette campagne ? On voit Unlimited partout : dans le métro à Paris, au cinéma, dans les médias, sur les sites Internet… Même sur les murs de Nantes, certainement pour impressionner Jean-Marc Ayrault ! Je voterai contre. Je ne suis pas contre le développement économique, mais contre votre façon de procéder. »
Nicole Bigas (PS), membre de la commission Communication à Montpellier Agglo : « Ceux qui communiquent sont ceux qui s’en sortent le mieux »
« Le budget communication est décidé dans le cadre du budget principal et secondaire, tous deux adoptés à l’unanimité. L’attractivité et la promotion du territoire dans un contexte de concurrence exacerbée figuraient comme axes de communication. Le développement économique était mis en avant en 2012-2013. Cette priorité est évidente en période de crise, surtout quand le chômage s’accélère. La marque est la meilleure façon de répondre. A l’heure où se posent des interrogations sur la réforme territoriale, et sur les métropoles à venir, c’est le bon moment d’agir pour être l’une des 10 métropoles françaises. Si Montpellier n’est pas l’une de ces 10 métropoles, c’est l’emploi qui en pâtira. Les milieux économiques l’ont bien compris. La page facebook de la marque a 150 fans en plus par jour. La page du site est très consultée, les parisiens se connectent plus sur cette page que les montpelliérains : preuve que la campagne fonctionne bien. En période de crise, ceux qui communiquent sont ceux qui s’en sortent le mieux. »
Hélène Mandroux, maire (PS) de Montpellier
« D’accord sur le schéma, pas sur la marque »
« Sud de France existe déjà pour aider les entreprises à gagner des parts de marché à l’export. Toutes les collectivités doivent tirer ensemble dans le même sens. Plutôt que de se séparer, la réflexion serait de mutualiser les moyens et d’avancer en même temps. Il faut arrêter de se substituer à ce que l’autre peut faire. Nous avons manqué de réflexion en amont. Je suis d’accord sur le schéma de développement économique, mais pas sur la marque. Sud de France ne suffit-elle pas ? Etait-il utile d’inventer une autre marque ? Ca aurait mérité débat. Je ne peux pas accepter ce Unlimited que vous nous imposez de façon arbitraire. »
Gilbert Pastor (PS), vice-président de Montpellier Agglomération en charge du développement économique : « Je n'ai pas vu un élu de Montpellier à la commission des affaires économiques »
« Je ne pensais qu’il y avait un tel engouement pour le développement économique ! Il y a une commission des affaires économiques, et personne n’y vient ! Cette affaire a été abordée dans cette commission. Je n’y ai jamais vu un élu de la Ville de Montpellier. Pas un ! Parfois des élus de Lattes et Juvignac, mais sinon, quasiment personne. L’action que nous soumettons au vote aujourd’hui est le fruit d’une action confiée à une étude d’Ernst&Young, présentée au conseil en juin 2010. Il y a eu des groupes de travail. Unlimited n’est pas venu comme ça. On s’est rendus compte que le slogan ‘Montpellier la surdouée’ excluait entreprises qui n’étaient pas dans le high tech. Il fallait une marque pour rassembler plus largement. (S’adressant à Jean-Pierre Moure, assis à ses côtés) Président, c’est toujours difficile d’avoir raison avant les autres (…) Dommage qu’il n’y ait pas dans la salle de chef d’entreprises. Cette marque leur est dédiée. Ils étaient là le 17, et aujourd’hui ils veulent tous être ambassadeurs. Jean-Pierre, tu les as convaincus. Ils sont prêts à prendre leur bâton de pèlerin pour vendre Montpellier à l’étranger. »
Jean-Pierre Moure, président de Montpellier Agglomération
« Je suis dans la bataille de l’avenir »
« 2h30 de débat : ça permet de voir ce que les gens ont dans le ventre par rapport aux vrais enjeux du territoire. J’ai entendu beaucoup de choses : des inepties, des arguments, des hypocrisies. Je resitue les vrais enjeux. D’ici à 2017, 3 Md€ vont être investis dans des travaux d’infrastructures : déplacement de l’A9, gare TGV, contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier. Le tourisme pèse, dans l’agglo, 200 M€ de CA par an. La 5ème ligne de tramway, c’est 375 M€. Le logement, pour l’agglo, c’est chaque année 7 M€ d’aides à la pierre et 65 M€ de garanties d’emprunt. 18 000 emplois sont créés par rapport à l’investissement public de l’agglo, chaque année.
Concernant la marque économique, elle est à disposition des acteurs privés. Les crédits de communication dont vous parlez, vous les avez vous-mêmes déjà votés. Mme le maire, je ne vous ai pas vu aux commissions stratégiques. Le 22 novembre, nous lançons la gouvernance économique, qui prolonge la marque. On n’est pas anciens, ni rétrogrades, on est avant-gardistes. C’est ce qui comptera dans l’avenir. Il faut se différencier avec les autres. Le 17, j’ai eu l’impression que l’océan montait de deux mètres. Tous les chefs d’entreprises ont adhéré. J’ai un respect pour l’assemblée en face de moi, mais j’ai encore plus de respect pour les personnes sans emploi et les entrepreneurs. Il y a dans la responsabilité des élus un rôle au-dessus du plancher des vaches. L’épée l’emporte toujours sur le bouclier. Le mouvement l’emporte toujours sur l’inertie et le conservatisme. Il faut dépasser la crise, la déplacer. On a le potentiel pour le faire. Vous devriez être fiers d’Unlimited. Je ne veux pas que l’agglo de Montpellier soit uniquement une destination touristique. (…) Je ne rentrerai pas dans les querelles de bas étage. Je sui s dans le projet, et dans la bataille de l’avenir. »










