Un tiers des effectifs français de Latécoère menacé
La publication de résultats semestriels du groupe Latécoère fortement dégradés, le 17 septembre dernier, le laissait craindre : l'équipementier aéronautique toulousain confirme ce 25 septembre qu'il envisage de supprimer 475 postes sur les 1 504 qu'il compte en France* (plus de 5 000 dans le monde), au sein de ses deux divisions « aérostructures » et « systèmes d'interconnexion ». Approuvé hier en conseil d'administration, le projet est justifié, côté direction, par la nécessité « d’adapter ses effectifs au volume d’activité et aux prévisions de lente reprise du trafic aérien ». « Avec la crise en mars 2020, la baisse de cadence de 40 % de nos principaux clients a entraîné une baisse équivalente de 40 % de l'activité du groupe. Cette situation devrait se poursuivre l'année prochaine, le retour aux niveaux pré-Covid-19 n’étant pas prévu avant 2025 », explique le groupe, qui admet qu'il « faisait face, avant même la crise de la Covid-19, à des défis financiers majeurs dans un environnement très concurrentiel ». En avril dernier, il indiquait avoir signé des Prêts garantis par l'État (PGE) avec un consortium de banques pour un total de 60 M€.
Un fleuron de l'industrie aéronautique
De fait, les difficultés de Latécoère ne sont pas récentes. En 2019, il affichait un résultat net de - 32,9 M€ (pour un CA de 713,1 M€), contre + 6 M€ l'année précédente (659,2 M€ de CA). Fleuron de l'industrie aéronautique, fondé en 1917 par Pierre-Georges Latécoère, le groupe, dont la direction générale a été confiée à Philip Swash en mars dernier, est surveillé de près par l'État français, notamment depuis son rachat par le fonds d'investissement américain Searching Capital Partners fin 2019. « Le projet de transformation tel qu’il a été présenté aujourd’hui aux instances représentatives du personnel de Latécoère prend en compte les résultats d’un travail approfondi avec les ministères chargés de l’Emploi, de l’Industrie et des Transports pour utiliser au mieux les dispositifs issus du plan de relance. Ce travail conjoint a permis à Latécoère de sauver plus de 150 emplois et d’éviter des fermetures de sites », précise la direction. Si une spécialisation des sites est envisagée « afin d'en faire des centres d'excellence européens dans des activités porteuses telles que le spatial ou l'après-vente », le détail des conséquences pour chaque site du projet de transformation n'a pas encore été communiqué.
Des négociations avec les syndicats jusqu'à début 2021
La présidente de Région, Carole Delga, indique de son côté que « Latécoère s'est engagé à amplifier la mobilisation du groupe pour que le site de Montredon trouve de nouveaux débouchés d'activités ». Inaugurée en mai 2018, l'usine de production toulousaine (6 000 m2), située dans la Zac de Montredon, est labellisée « vitrine de l'industrie du futur » et a mobilisé un investissement de 37 M€. Ce projet a reçu une aide de la Région Occitanie (3 M€ pour la R&D) et l'appui de Toulouse Métropole (vente du terrain). Pour éviter les licenciements secs, la Région appelle la direction du groupe à engager des actions de formation et à « mobiliser une partie des salariés dans la recherche et l'innovation pour l'avion vert ». Le processus d'information-consultation des instances représentatives du personnel de Latécoère doit se poursuivre jusqu'au début de l'année 2021.
* En France, le groupe est implanté en Haute-Garonne, dans le Gers (Gimont), les Landes et l'Hérault (Le Crès).
