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| | 28/05/2008

Ubu empereur

Un journaliste, spécialisé dans l’économie, Philippe Sassier et un juriste, Dominique Lansoy, viennent de publier un livre, “Ubu loi”, dans lequel ils dénoncent l’asphyxie progressive de la France devant l’addition continuelle de textes communautaires, des lois nationales, des décrets, de règlements…
Entre le XIX et le XX siècle, l’ancien fonctionnaire, Georges Courteline, ironisait, finement, sur les travers de ses anciens collèges de travail. A la même période, en Allemagne, le sociologue Max Weber décrypte la naissance et l’essor de la bureaucratie. Dans les années 60-70, un autre sociologue, français, Michel Crozier analyse le fonctionnement des grandes institutions bureaucratiques (où l’on peut inclure certaines grandes entreprises du secteur privé).
Nos connaissances en la matière s’empilent donc depuis longtemps.
Quasiment tous les gouvernements successifs, depuis Georges Pompidou, ont compté avec un ministre de la Réforme de l’Etat, de la Réforme administrative… même si, les dénominations ont quelque peu varié. Le résultat ? Un naufrage dans un marigot de poncifs. Cette euphorie législative est devenue la règle dans la plupart des pays occidentaux. Cocorico, la France est en tête.
Cette appétence pour les démarches qui accélèrent la vente de l’aspirine a, notamment, des conséquences économiques et de temps.
Dans un monde globalisé, la réactivité est un atout majeur. Le “temps économique” s’éloigne de plus en plus du “temps administratif” . Sous couvert de mots séduisants : concertation, échanges, discussion… on est harponnés par des commissions, des réunions, des séminaires, des colloques, des rencontres, des journées d’études, des débats. Or, les marchés n’attendent pas le fruit de nos cogitations. Beaucoup trop souvent, l’avenir n’a plus de futur.
Autre incidence : le temps. Désormais, pour mettre en œuvre les différents projets, les professionnels les plus recherchés ne sont plus ni les ingénieurs, ni les architectes, ni les gestionnaires… mais, les juristes. Le moindre projet, le plus petit contrat, nécessite un “blindage” juridique. Tous les opposants au moindre projet ont trouvé la clé de leur action qui ouvre la porte sinon au succès de leurs positions du moins à la loi du tracas maximal : judiciariser la contestation. Contester devant les tribunaux chaque étape du projet, or, comme l’écrivait, avec pertinence, Jacques Julliard “ temporiser, freiner le changement pour gagner du temps, mais le temps gagné, c’est du temps perdu”
Cet ouvrage “Ubu loi” devrait devenir le livre de chevet de tous les élus qui enfantent le corpus légal français. Un évêque et homme politique Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord écrivait : “lorsqu’il est urgent, il est déjà trop tard”.

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