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Energies
| 7/11/2023

Transition énergétique : vers une « diplomatie du carbone » ?

© TSE/K. Sortino

À l’occasion d’un débat organisé par Toulouse School of Economics (TSE), l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, qui préside l’association The Shift Project, était invité le 23 octobre à échanger sur sa vision de la transition énergétique avec l’économiste et directeur général de l’école, Christian Gollier. Extraits choisis par La Lettre M.

La taxe carbone

Jean-Marc Jancovici : « J’ai longtemps été convaincu que c’était une bonne idée et je continue à penser que c’est le cas dans l’industrie. Mais j’ai plusieurs réserves, notamment car les ménages n’ont pas de capacité d’anticipation et que l’on a tendance à faire de cette taxe un impôt de rendement. En revanche, elle peut être un bon complément à une planification d’ensemble, par exemple pour éviter l’effet rebond (lorsque les économies d’énergie réalisées grâce à une ressource ou technologie plus efficace provoquent l’augmentation des usages, et donc de la consommation d’énergie, NDLR). »
Christian Gollier : « L’argent issu de cette taxe va dans les caisses de l’État pour financer les services publics. Cela permet aussi de redistribuer le dividende carbone aux ménages les plus modestes. Ainsi, on combine la lutte contre le changement climatique et celle contre les inégalités. »

Les solutions pour une transition écologique

C.G. : « Dans ce monde d’une utopie de transition heureuse, il est compliqué de demander à la population de faire des sacrifices. Il y a un vrai problème d’ac- ceptabilité sociale. Hormis la taxe carbone, quelles sont les solutions ? On pourrait subventionner les comportements vertueux, mais cela impliquerait de déterminer ce qu’est un tel comportement et d’accroître le déficit de l’État. Ou demander aux vendeurs de pétrole de réduire l’offre sur le marché, ce qui provoquerait une augmentation du prix de l’essence à la pompe au bénéfice des actionnaires. »
J-M.J. : « La seule monnaie d’échange dans la transition écologique, c’est l’augmentation de la confiance en l’avenir. La population n’est pas averse à l’effort tant qu’il y a de la certitude. »

L’interventionnisme de l’État

J-M.J. : « Il est nécessaire pour la transition écologique, car de nombreuses compétences régaliennes sont concernées. Ses limites sont physiques et temporelles, il faut donc regarder le problème sous cet angle avant de réfléchir aux instruments économiques à actionner.»
C.G. : « Avoir un signal-prix est un indicateur très clair, s’il est crédible, de la constance de la politique de l’État pour pénaliser des comportements très carbonés. Mais cela n’empêche pas la planification. Une coordination entre les agents privés et l’État est donc indispensable. Et pour cela, il faut un État ambitieux. »

L’international

J-M.J. : « Il faut une coordination des efforts nationaux. Notre pari est de nous jeter dans la bataille et de compter sur le mimétisme. On peut réfléchir à une forme de diplomatie du carbone, ce que l’Europe a commencé à faire avec la production de batteries. »
C.G. : « Nous devons mettre en place une stratégie pour lutter contre le problème du passager clandestin que nous connaissons depuis trente ans. L’Europe a réussi à instaurer un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières qui a une double vocation : éliminer le dumping environnemental et inciter les pays exportateurs à instaurer un prix du carbone sur leurs émissions. »

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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