Touché, le tourisme fluvial réfléchit aux solutions pour ne pas couler
« La clé de voûte, c’est le maintien du chômage partiel jusqu’au 30 juin, sinon on sera obligés de licencier et on perdra nos compétences », lance Sylvain Ginier, dirigeant de Les Bateliers du Lot, au cours d'une visioconférence sur le tourisme fluvial organisée le 17 novembre par le Comité régional du tourisme et des loisirs (CRTL) Occitanie. Objectif : fédérer professionnels et institutionnels, sur fond de crise sanitaire responsable, cet été, d'une baisse du trafic de 50 % dans la région. « Le décrochage de la clientèle étrangère a été compensé par le clientèle de proximité. La saison a été sauvée. Mais depuis septembre, c’est catastrophique et cela annonce des temps difficiles », explique Phillipe Berto, directeur général délégué du CRTL Occitanie, à la centaine de dirigeants connectés.
Les mesures de soutien de VNF
Leur rebond dépend d'une meilleure coopération entre les différents acteurs du tourisme de groupes, en particulier « les autocaristes français qui nous permettent d’ouvrir d’avril à septembre », à condition que ces derniers, en souffrance, tiennent le coup financièrement, insiste Sylvain Ginier. En complément des mesures gouvernementales (activité partielle, PGE...), les professionnels peuvent compter sur l'opérateur Voies navigables de France (VNF) qui a annulé la redevance domaniale de mars à mai, puis accordé une remise de 50 % sur la part fixe de celle-ci lors des deuxième et troisième trimestres 2020, soit un coup de pouce de 300 k€. Et Henri Bouysses, directeur territorial de VNF Sud Ouest, de positiver : « Le point fort du fluvial, c'est qu'il permet de respecter la distanciation physique, grâce aux espaces de respiration », du canal de la Garonne à celui du Midi.
Le virage vert, les professionnels y pensent mais ce n'est pas une priorité
Fuyant les métropoles, les clients sont plus que jamais en quête « d’espaces protégés, en pleine nature, loin du stress de la foule », confirme Phillipe Berto, pour qui le tourisme vert est l'axe de développement à privilégier. Selon une étude du CRTL, 98 % des professionnels déclarent êtres sensibles au développement durable mais 80 % d'entre eux reconnaissent ne pas avoir engagé de mesures concrètes… C'est le cas de Khadija Meddahi, dirigeante de la société héraultaise Le Capitan : « Ce n'est pas facile à mettre en place, mais s’il y a des idées et de l’aide, nous sommes preneurs. » Il faut dire qu'elle a d'autres préoccupations en ce moment : « Habituellement, nos deux bateaux tournent entre 160 et 180 jours. En 2020, ce sera 62 et 63 jours. On espère se rattraper en démarrant la saison plus tôt et en prolongeant l'après-saison. C'est ce qui nous a manqué cette année. »
Le casse-tête des réservations de dernière minute
Autre piste pour traverser la crise : viser une clientèle individuelle, à l'image de l'entreprise bourguignonne Les Canalous, implantée dans la région, de Carcassonne (11) à Carnon (34), et spécialisée dans la location de bateaux habitables de sept à quinze mètres pour un équipage moyen de six personnes. « En opposition au tourisme de masse, notre produit est extrêmement rassurant, car on est entre amis, entre proches. Or, les gens ont besoin d'avoir ce contact en cette période d’éloignement à cause des confinements », note Alfred Carignant, le PDG. Ce dernier ne crie pas pour autant victoire, faute de visibilité liée à la situation sanitaire. Résultat, les clients naviguent, eux aussi, en eaux troubles... Ainsi fini « l’early booking », à 70 % par des étrangers, place aux réservations de dernière minute, par des locaux.










