Les relations se sont nettement réchauffées entre le maire et président de l’Agglo de Montpellier, Philippe Saurel, et le président de la CCI, André Deljarry. Signe tangible de cette détente : Philippe Saurel a passé une heure trente, hier soir, au salon VIP de l’Arena, pour quelque 200 « ambassadeurs » de la CCI de Montpellier. L’occasion de vanter sa méthode, de justifier le passage à la Métropole, et de répondre aux questions de l’assistance, avec un sens consommé de la formule bien rôdée qui fait mouche. Extraits.
« Annexer le Languedoc-Roussillon »
« Le pôle métropolitain n’est pas une nouvelle structure politique et administrative. C’est seulement une association de décideurs politiques, qui sont capables de faire pression. Vous me direz : 30 agglomérations (intercommunalités, NDLR) sur quatre départements, vous avez annexé le Languedoc-Roussillon. Oui ! On s’est emparé de la République d’en bas de la région Languedoc-Roussillon. Mais non pas pour être élu à la Région Languedoc-Roussillon. Moi-même, je suis frappé par le cumul des mandats, je ne peux pas tout avoir. Je rassure le président de la Région, Damien Alary, et je rassure le président de la Région Midi-Pyrénées, Martin Malvy. Et je rassure aussi andré Vezinhet, je ne veux pas le Département. Seulement, quand on a 30 présidents d’agglomérations qui sont capables de porter le fer ensemble, on est plus fort que quand on est tout seul. »
Ode et Oz
« Nous allons poursuivre le projet Ode, mais avec une convention. La requalification des espaces commerciaux le long de l’avenue de la mer, il faut la faire, d’autant que certaines bâtisses sont en terrain inondables. Mais nous allons le faire m2 pour m2. André Deljarry connaît ma position et la partage : je ne souhaite pas déshabiller el centre-ville et déshabiller le centre commercial du Polygone.
Sur le quartier Oz, j’ai réduit son urbanisation de 320 à 60 ha. Parce que l’anncienne gouvernance de l’Agglo avait pensé que pour rentabiliser la gare, il fallait densifier le quartier de façon très importante. J’ai écrit au ministre pour lui demander de diminuer le gap de temps entre la construction de la gare de la Mogère, celle de Manduel, et la ligne Montpellier-Perpignan. Parce que si le gap est trop important, les TGV n’arriveront pas à la Mogère. Ce sont les TGV qui rentabilisent la gare. Plus on réduit la durée, moins on a besoin de financement, et moins on densifie Oz. Mais comme le projet était engagé, je n’ai pas pu le refaire : l’Agglo avait commencé à payer. J’ai reconfiguré les projets pour faire mieux avec moins ».
Le BTP
« Nous allons continuer à construire, mais avec un rythme apaisé, et avec une répartition plus équitable entre les communes et la ville-centre. Avec 5 000 logements par an, je crois que l’industrie du BTP doit en tirer bénéfice ».
Pour le village de marques auto
« Oui, j’y suis favorable, puisque c’est moi qui ai inventé l’idée. Après, qu’est-ce que vous voulez, on m’a dégagé de l’urbanisme pendant trois ans. Alors je n’ai pas pu suivre tout ça. Il y a plusieurs possibilités. Il faut que ce soit près de l’autoroute, pour pouvoir s’y rendre et en repartir de façon rapide. Et puis j’ai mis en place tous les outils d’urbanisme qu’y s’y réfèrent. Parce que j’ai modifié le zonage du Près d’Arènes. Avant que j’arrive, le zonage était uniquement là pour les entrepôts automobiles. Aujourd’hui c’est du terrain constructible. Vous voyez la différence : ce n’est pas le même prix, quand on l’achète et quand on le vend. Ça, c’était pour stimuler le déplacement des entreprises. Le principe des îlots qui sont sur le Près d’Arènes est un bon principe, mais il est lent. Le renouvellement est très lent, parce qu’il se fait sur la base du volontariat. Je suis favorable au village auto si les maires des communes voisines y sont aussi favorables. Parce que je crois savoir que M. Meunier (le maire de Lattes, NDLR), n’est pas sur cette longueur d’onde. Mais sur le principe, je suis favorable. »
Sup de Co
Alors qu’il avait publiquement attaqué le président de la CCI sur le transfert de Sup de Co, quelques jours après son élection, puis remis en question le transfert près de la future gare TGV, Philippe Saurel a été beaucoup plus mesuré hier soir. Sans en dire beaucoup plus sur le futur lieu d’implantation de l’école :
« Lorsque j’étais à l’urbanisme, Gérard Borras accompagné de Gérard Sorel est venu me voir. Ils m’ont dit : « on est embêtés. On aimerait valoriser le territoire de Sup de Co parce que le tramway passe à côté, et dans votre plan d’aménagement de la ville, vous avez indiqué partout que la ville durable, c’était la densification des parcelles relatives aux lignes de tram. » J’ai vu Hélène Mandroux, je lui ai demandé de changer le zonage de la moitié de la parcelle pour permettre à Sup de Co de faire en temps réel du logement, et donc de valoriser la moitié des terrains qu’il possédait. Ce n’est pas une hérésie de faire du logement le long de la ligne de tram. Parce que ça favorisera le transport collectif. J’ai revu Gérard Sorel et nous sommes partis là-dessus. Sauf que aujourd’hui, pour transférer Sup de Co, la parcelle qui a été modifié au niveau de son zonage, si vous la vendez, ça vous rapporte un prix correct, mais ça ne suffit pas pour financer toute l’école. Il faut modifier les zonages de l’autre parcelle. C’est pour ça que nous devons avoir ensemble une discussion au niveau de l’urbanisme. Parce qu’on ne peut pas, au coup par coup, modifier un zonage de parcelle. Sinon ça s’appelle du favoritisme. Il faut que ce soit un projet d’ensemble qui motive un changement de parcelle. Voilà pour l’aspect technique.
Sur l’implantation : Il est normal qu’avant les élections cantonales de nombreux maires souhaitent voir s’installer sur le sol de leur canton, ou de leur futur canton, ou de leur hypothétique canton, Sup de Co. » Allusion au maire de Saint-Georges d’Orques, Jean-François Audrin, qui a publiquement proposé un terrain de 20 ha à Sup de Co pour son transfert.
Mémoire
« Quand on nous voit sur les photos (avec André Deljarry, NDLR), les gens rigolent un peu parce qu’on se frite de temps en temps. Mais ne vous méprenez pas. On se voit avant, et on discute ensemble. Parce qu’on s’entend bien. Mais après il y a la politique. Ce que je n’ai pas digéré, si vous voulez, enfin maintenant ça va mieux… Mais quand Jean-Pierre Moure est allé faire son grand raout sur la place de la Comédie avec tous les chefs d’entreprise à côté. Mais moi j’ai souffert pour les chefs d’entreprise. Il faut être fou pour faire ça ! C’est mettre en péril son entreprise. Imaginez qu’il perde, Jean-Pierre Moure… Et que vous ne tombiez pas sur moi, qui suis tolérant. Qui ai de la mémoire mais qui suis capable d’oublier. C’est un grand danger. Vous avez vu Louis Nicollin, il a été coincé après. Mais mon but c’est d’aider au maximum le tissu entrepreneurial, parce que c’est vous qui créez l’emploi ».