Plusieurs décideurs régionaux vent debout contre la future grande région
« À Toulouse, ils parlent d’annexion. Je ne peux pas l’accepter »
« Le 18 juin (conseil des ministres actant la nouvelle carte des Régions françaises), c’est cette date qui est importante. Après, il y aura des discussions au Parlement, mais la vraie décision sera prise mercredi. À Toulouse, ils parlent d’absorption et d’annexion. Je ne peux pas accepter cette façon de nous considérer. Je n’ai pas accepté que des autorités d’autres Régions viennent ici voir l’état du cadastre. Ça ne se fait pas. Il y a un minimum de respect dans la République.
Le monde économique de Toulouse est tourné vers Bordeaux, l’Atlantique. Et tout d’un coup, on leur dit, en Midi-Pyrénées : "vous seriez méditerranéens" ? Nous sommes méditerranéens, eux c’est l’Atlantique. Ca n’a rien à voir. Quand on n’a pas le monde économique avec soi, comment peut-on agir et avancer ? Notre peuple du L.-R. est avec nous. Notre démarche ne s’arrêtera pas.
Je ne lâcherai rien. J’ai vu le Premier ministre, je dois voir deux ministres lundi et mardi. Cette réforme a été faite en méconnaissance totale de la force que nous représentons. Comment briser la région la plus attractive de France, la plus créatrice d’emplois ? »
Marie-Thérèse Mercier (Medef Montpellier, Sète, Centre Hérault)
« Une seule agence d’innovation à Toulouse, c’est moins de projets en L.-R. »
« Nous pouvons perdre beaucoup dans cette fusion. Nous sommes attachés à cette région, même si beaucoup d’entre nous n’en sommes pas originaires. La méthode employée (par le gouvernement, NDLR) n’est pas la bonne, même si nous sommes favorables à la réforme territoriale. On est dans une logique d’OPA hostile. Avant de signer un accord, on le négocie. Cette phase préalable n’a pas été faite.
Les Universités 1 et 2 sont en cours de fusion. Repartir sur un autre projet serait très dommage. Il y a des laboratoires en pointe (agronomie, chimie, santé, génétique, numérique) dans ces universités. Nous avons un écosystème favorable à la création d’entreprises et à l’innovation.
De plus, 1,2 Md€ de fonds européens sont programmés d’ici à 2020. Aurons-nous les mêmes moyens si nous sommes avec Toulouse ? Il y a un risque que Toulouse capte une partie de ces fonds. Par ailleurs, si on a une seule agence régionale d’innovation à Toulouse, y aura-t-il autant de transferts de technologies, de projets de créations en L.-R. ? J’en doute.
La croissance du PIB entre 2004 et 2012 est de + 23 %, soit le 7e rang des régions de France. La dynamique est là, il ne faut pas la casser. Nous sommes fiers de notre capitale régionale, et future métropole Il est important que la Région L.-R. et les élus de Montpellier travaillent ensemble. Quand j’entends "Toulouse capitale économique et Montpellier capitale administrative", ça me fait mal. »
Philippe Augé (Université Montpellier 1)
« En matière de recherche publique, où seront les délégations régionales demain ? »
« La fusion des Universités 1 et 2 de Montpellier, qui sera effective d’ici cinq mois, rassemblera 41 000 étudiants, et aboutira à la 5e université française. La méthodologie employée s’apparente à un acte unilatéral, pas à un contrat d’adhésion. Nos Universités et école d’ingénieurs n’ont pas de relations particulières avec Toulouse. Mes homologues toulousains diraient la même chose.
Nos interlocuteurs sont soit de proximité, soit le territoire national, soit le monde. Le projet de grande région risque de stopper une stratégie initiée depuis plusieurs années, qui a vu Montpellier passer de la 20e à la 8e ville de France.
Montpellier doit cette place en partie au poids de l’emploi public : santé, enseignement supérieur et recherche. Où seront les délégations régionales demain ? En matière de cancérologie, qui aura le leadership ? Pour la lutte contre les maladies chroniques, un programme de recherche est en train de prendre son envol. Si les Régions sont recomposées, que fera l’Europe, alors que nous avons battu d’autres régions européennes pour obtenir cette place de leader ? »
Patrick Issaly, Capeb L.-R.
« Il manque au fromager parisien un savoir-faire d’affineur »
« La Région L.-R. perd 3 % d’apprentis, le Midi-Pyrénées 10 %. Avec l’économie présentielle, il y a une très forte concentration de TPE et PME du bâtiment dans la région. Les élites parisiennes prennent la France comme un plateau de fromages à partager. Pourquoi ne pas parler de compétences, synergies, complémentarités et mutualisations ? Il manque au fromager parisien un savoir-faire d’affineur. Notre culture méditerranéenne doit être respectée. Faut-il agrandir les distances entre les acteurs citoyens et les décideurs, au moment où on parle de préservation de la planète et de protection de l’environnement ? On attend plus de concertation avec l’Etat français, qui fait un fromage le matin en se levant. »
Guy Giva (Ceser L.-R.)
« Le risque que l’économie se mette en pause »
« La carte des Régions telle qu’elle nous est présentée, n’est pas acceptable. A quelle logique répond cette carte ? Nul ne peut le dire clairement. C’est inquiétant. Personne n’est au clair sur sa pertinence, alors qu’il en va du devenir de la France pendant les prochaines décennies. S’agit-il de balayer des années de travail pour tout répondre à zéro ? Quel est le coût financier dans la mise en place d’une organisation commune ? Combien d’énergie et de temps, au lieu de poursuivre les actions existantes pour développer l’emploi et l’économie ? Les entreprises vont-elles poursuivre leurs investissements, alors qu’elles sont face au flou ? Il y a un risque que l’économie se mette en pause. La vraie question de la réforme, c’est les compétences et les moyens. Les Landers allemands dépensent dix fois plus que les Régions françaises : 3 500 € par habitant, au lieu de 350 € par habitant en France. »
Michel Robert (Université Montpellier 2)
« Avec la nouvelle Région, le centre spatial universitaire ne serait pas à Montpellier »
« La fusion doit rimer avec adhésion. Il y a un risque de conflits entre les deux métropoles régionales et les universités, et un risque de perte d’attractivité des organismes publics. Par ailleurs, je ne vois pas de lien entre la dimension d’un territoire, et sa compétitivité et le rayonnement de ses universités.
En quoi ce regroupement aura-t-il une valeur ajoutée sur les jeunes, la lutte contre la précarité, les formations professionnelles de demain ? Ce qu’on attend d’un conseil régional, c’est de la proximité et de la réactivité. Pour le centre spatial universitaire, nous avons été aidés par la Région L.-R., et tissons aujourd’hui des partenariats avec la Russie, les Etats-Unis, Singapour et la Thaïlande. Imaginez un président d’université aller défendre ce projet à Toulouse ! »
Denis Carretier (Chambre régionale d’agriculture)
« Que deviendra notre dynamique si la marque Sud de France disparaît ? »
« La marque Sud de France (3 200 entreprises, dont 1 000 viticoles) est une vraie force collective de nos entreprises. Huit ans après, les résultats sont là. Le L.-R. est la première région exportatrice française de vins. Midi-Pyrénées ne joue pas dans la même catégorie que nous, du point de vue de la viticulture. Que deviendra notre dynamique si la marque Sud de France disparaît ?
Notre identité, c’est l’agriculture méditerranéenne. 20 % des exploitations régionalisent commercialisent en circuit court. 13 projets d’irrigation sont en passe de voir le jour , pour 700 agriculteurs et sur 4 000 ha, grâce à Aqua Domitia, réseau d’adduction d’eau porté par la Région. »
Philippe Domy (CHRU de Montpellier)
« Les fusions ratées génèrent des déficits et de la décrédibilisation »
« Le L.-R. est une terre de santé : 9 700 médecins dont 5 000 spécialistes, 2 000 chirurgiens-dentistes, 3 500 pharmaciens, 850 sages-femmes, 1 300 manipulateurs d’électroradiologie, 25 000 infirmières. C’est une entreprise de main-d’oeuvre à très haute valeur ajoutée, un capital intellectuel de très haute volée, par la qualité des formations. Notons l’excellence de la Faculté de Médecine de Montpellier, très sélective, où la note minimum pour y entrer en 2013 fut 14,7/20. J’ai l’expérience des fusions ratées dans le secteur hospitalier ! Une fusion ratée produit des déficits de gestion et de la décrédibilisation. Enfin, l’identité régionale est très forte. Tellement que je ne suis ici que depuis trois ans, et que je me sens déjà languedocien. »
Sont également intervenus : Marc Adivèze (FO), Pierre Glameau (CFDT), Philippe Ortin (comité régional de la conchyliculture en Méditerranée).










