L’annonce, ce matin, par le Premier ministre François Fillon, d’un train de mesures visant à économiser 7 Md€ sur le budget 2012, provoque de vives réactions auprès des professionnels concernés en Languedoc-Roussillon. Les principaux syndicats professionnels du secteur de l’hôtellerie-restauration, Umih et Synhorcat, contestent l’augmentation du taux réduit de TVA de 5,5 % à 7 %. « Nous sommes bien évidemment conscients de la nécessité de faire des efforts dans le contexte actuel, commente Jacques Mestre, le président régional de l’Umih. Mais nous n’irons pas au delà d’une hausse de 1,5 % du taux de TVA. Si le gouvernement va plus loin, nous n’hésiterons pas à manifester notre mécontentement ».
Engagements caducs
Le professionnel estime également qu’en revenant sur les engagements pris dans le cadre du contrat d’avenir, l’Etat a rendu caducs les accords portant sur les hausses de salaire, les embauches et la baisse des prix. « Le gouvernement s’était engagé en avril 2011 à ne pas revenir sur le taux de TVA à 5,5 %. Il faut donc s’attendre à ce que nous freinions nos investissements et à ce que nous limitions les embauches. Ces 1,5 % de hausse auront en effet un impact direct sur nos marges. » Du côté du Synhorcat, on souligne les difficultés des professionnels ayant engagés des investissements importants dans leurs établissements. « La décision du gouvernement devrait les fragiliser », déplore la porte-parole de l’organisation professionnelle, Martine Profichel.
La Capeb : « catastrophique »
« L’Etat tape sur les entreprises et dans le porte-monnaie des citoyens, tempête Patrick Issaly, président de la Capeb (artisans du bâtiment) L.-R. Par contre, on ne touche pas à l’empilement des collectivités locales, alors qu’il y aurait beaucoup plus d’argent à gagner de ce côté-là. Le gouvernement refuse de s’attaquer à cette question-là, car il y a un corporatisme entre élus. » D’après lui, la TVA à 5,5 % dans le Bâtiment est porteuse « d’emplois et d’investissements » et un « élément efficace de lutte contre le travail au noir ». Le relèvement du taux de TVA à 7 % rajoute des difficultés à un secteur « déjà en difficulté. Notre activité en région baissera entre 2 % et 3 % en 2011. Nous subissons déjà la concurrence déloyale du statut de l’autoentrepreneur, la hausse du prix des matières premières et la baisse des déductions fiscales sur les travaux d’isolation. » La TVA à 7 % « ne pourra être répercutée par des hausses de prix, car la plupart des devis pour les gros chantiers en 2012 sont déjà établis. Cette mesure impactera donc les marges. Et la perte de marges sur des trésoreries déjà défavorables est catastrophique pour nos entreprises. » Patrick Liébus, président national de la Capeb, déclare dans un communiqué : « Le gouvernement provoque lui-même un ralentissement de l’économie et se tire ainsi une balle dans le pied. Conséquence : contrairement à ce qu’affirme le Premier ministre, il affaiblit l’un des secteurs les meilleurs contributeurs à la croissance. »
Disparition du Scellier : « une mauvaise nouvelle »
Pour Béatrice Mortier, directrice régionale de Kaufman&Broad, la suppression du dispositif Scellier fin 2012
« est une mauvaise nouvelle, mais pas une surprise. Si les socialistes l’emportent en mai prochain, ils supprimeront le Scellier eux aussi, alors… Cela dit, je rappelle que sans aide à l’investissement, un net recul de l’immobilier va se produire. Or, l’immobilier aide massivement à la création d’emplois. Je ne suis pas sûre que la suppression du Scellier soit un choix très judicieux. » Le dispositif Scellier fonctionnera toujours à 14 % en 2012, ce qui peut générer un « effet d’aubaine » auprès de la clientèle investisseurs.