Philippe Domy : « Med Vallée doit répondre à un enjeu d'attractivité de Montpellier »
Philippe Domy, ex-directeur du CHU de Montpellier, a été nommé par Michaël Delafosse « préfigurateur » de la Med Vallée. Il précise à La Lettre M les contours de ce futur pôle d'excellence qui doit associer acteurs publics et privés autour de trois grandes thématiques : santé, agroalimentaire et environnement.
À l'origine de Med Vallée, il y a la volonté de rééquilibrer le développement urbain de l'agglomération montpelliéraine. Dans quelle mesure ?
Plusieurs constats sont à l'origine de Med Vallée. Tout d'abord, le nord de la métropole de Montpellier présente une polarité très forte entre la santé, l'agroalimentaire et l'environnement. Le nord de la ville centre concentre les grands pôles d’enseignement supérieur et de recherche, les start-up et les grands groupes. Autre constat : le développement urbain de la ville s’est priorisé sur le sud et essentiellement avec des logements. Au travers de Med Vallée, Michaël Delafosse souhaite rééquilibrer le développement urbain, en particulier avec l’implantation d’entreprises, actives dans ces trois filières, sur l’arc nord de 3M, en gros de Juvignac à Clapiers en passant par Montpellier. Il souhaite aussi y créer un écosystème attractif afin d’attirer les talents, faire émerger des entreprises et donc générer des emplois. Med Vallée revêt ainsi une dimension à la fois scientifique, sociale et urbaine.
Parmi les multiples missions de Med Vallée, le volet de l'attractivité est important...
L’enjeu est de donner à la métropole de Montpellier une visibilité plus forte, européenne et internationale, autour de quatre thématiques : santé, environnement, alimentation et bien-être. Il s’agit aussi de développer des infrastructures économiques performantes en rééquilibrant les implantations d’entreprises au nord de Montpellier et en mettant en place des dispositifs d’accompagnement aux entreprises. Certes, il en existe déjà, mais il faut les renforcer. Cela est nécessaire pour attirer des talents, j’entends par là les chercheurs, étudiants, entreprises mais aussi les investisseurs, afin qu’ils s’installent sur le territoire. L’axe de l’attractivité sera très important. L’objectif est également de stimuler le développement économique et la croissance des acteurs. L'enjeu est aussi de créer des synergies entre eux en favorisant l’interdisciplinarité entre les thématiques. Il y a par ailleurs une dimension sociétale. Chaque entreprise évolue dans un écosystème avec ses propres enjeux urbains, sociaux, économiques, citoyens.
Quel sera votre rôle ?
Au-delà de la préfiguration, mon rôle est d’amorcer le pilotage de l’action. Il m’appartient de présider à la conception de la feuille de route et du mode de mise en œuvre. J'initialiserai aussi l’action de pilotage. Med Vallée sera présidée par Michaël Delafosse.
La gouvernance alliera-t-elle acteurs publics et privés ?
Le préalable à ce projet est de mettre en œuvre un pacte de fondateurs. Les modalités de la gouvernance seront à établir. En tant que préfigurateur, cela fait partie de ma première mission au cours du premier semestre 2021. Ensuite pour chaque projet identifié, un pilotage binomial sera constitué d’un représentant de 3M et d’une personne liée au projet concerné ou évoluant dans le domaine de ce projet. Toute cette partie de “cadrage“ sera bénévole. Concrètement, la gouvernance de Med Vallée devrait compter des membres de 3M, la Région Occitanie, l’État, le CHU, l’ICM, l’UM, Muse, Agropolis, les pôles de compétitivités…mais aussi d’entreprises stratégiques telles que Sanofi, Horiba, MedinCell…ainsi que de start-up et PME comme par exemple Phost’In, Kyomed, Sys2Diag…C’est tout cet écosystème qu’il faut rallier. Nous avons déjà identifié quatre à cinq co-pilotes de projet dans le public et le privé. D’ores et déjà le monde de l’entreprise est mobilisé sur ces enjeux.
Quelles sont les thématiques à traiter en priorité ?
Il y en a cinq : synergie et intelligence collective ; création et développement d’entreprise ; rayonnement national et international ; foncier et immobilier ; talents. De grandes commissions, portant sur ces thématiques, vont être créées afin d'initier le travail de Med Vallée. Elles devront être traitées de front, en même temps, car l’un ne va pas sans l’autre. Au CHU je me souviens par exemple de la difficulté à faire venir des talents, sans pouvoir trouver un travail au conjoint. Un lycée international pourrait aider à attirer des talents anglo-saxons. Il faut aussi du foncier pour loger ces familles…tout se tient. Med Vallée sera une structure d’émulation et de soutien pour tous ces projets.
Ne craignez-vous pas que Med Vallée soit considérée comme une machine un peu fourre-tout ?
L’enjeu est de donner plus de forces, plus de cohérence et plus d’intelligence du fait de la mise en relation entre les filières, les acteurs, au-delà de ce qui existe actuellement. Oui des dispositifs existent déjà, mais avec des fonctionnements en silo, des potentiels en jachère. Il faut fertiliser tout cela, aider à la fertilisation et mieux faire sentir les enjeux. Durant ce mandat Med Vallée doit aussi démontrer sa pertinence et sa capacité à mettre en place “un cliquet anti-retour“ : l’opération enclenchée ne doit pas s’interrompre et doit être facteur de développements successifs.
Les projets devront-ils pouvoir être financés par le public ET le privé ?
C'est la condition pour être éligible. Cela interfère notamment avec le contrat de plan État-Région (CPER) 2021-2027, avec des apports émanant de fonds d’investissement et nécessitera aussi la mise à disposition d’un financement autonome à chaque fois que nécessaire. Financement public-privé, national, européen, CPER, plan de relance national, régional…L’enjeu de Med Vallée est de créer les cadres pour faciliter l’accès à toutes ces ressources et mettre en ordre de marche les dossiers pour qu’ils voient le jour. Il y aura bien sûr une contribution budgétaire de 3M qui fera l’objet d’un vote en conseil métropolitain.
Cette structure aura-t-elle ainsi les moyens de ses ambitions ?
Ce qui m’apparaît primordial c’est la volonté, la volonté politique. Là, elle est forte ! Si je me place du côté des opérateurs, au sein desquels j’ai évolué pour un certain nombre de projets, la volonté politique nous a manqué. C’est pour ça, qu’avec Med Vallée, je suis assez optimiste.









