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Aude / Région Occitanie
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Energies
| 15/11/2018

Narbonne : les acteurs de l’éolien flottant se projettent déjà vers les parcs commerciaux

Plus de 400 acteurs impliqués dans filière de l’éolien flottant en mer (collectivités, industriels, entreprises, start-up, associations, fédération…) sont réunis ce 15 novembre à Narbonne pour afficher leur engagement dans le Pacte de Narbonne. Cet acte d’engagement initié par la Région Occitanie et ses partenaires* vise à transformer l’essai des fermes pilotes éoliennes flottantes (48 MW) portées par les consortium EFGL/Engie (Leucate-11) et EolMed (Gruissan-11) d’ici 2021 vers le stade des parcs commerciaux garants de l’avenir de la filière. Cette démarche cadre avec le courrier (du 15/10) adressé au 1er ministre co-signé par les présidents de quatre régions littorales (Sud, Occitanie, Bretagne et Pays de la Loire), alertant sur la nécessaire ambition de la future programmation pluri-annuelle de l’énergie (PPE) pour la période 2019-2023. L’intérêt du PPE est de planifier le développement des parc éoliens flottants, les volumes de production et la situation géographique. « Nous demandons à l’Etat que les appels d’offres pour les parcs commerciaux soient lancés dès 2019 et atteignent 750 MW pour les deux façades littorales Méditerranée et Atlantique », annonce Carole Delga. Le but est d’atteindre progressivement 3 à 5 GW en 2030 dont 1,5 GW dans le Golfe du Lion. Pour l’heure, « on ne sait pas encore quand va être présenté le PPE, indique Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergie renouvelables. Dès l’annonce du PPE, la filière va s’engager dans un processus de concertation d’au moins six mois. »

250 à 350 MW en Méditerranée
« Une puissance de 250 à 350 MW en Méditerranée représenterait un milliard d’euros d’investissement », rebondit Jean-Marc Bouchet, président de Quadran Energies Marines/EolMed (coût de la ferme pilote 210 M€). « Le coût pour l’Etat est de 500 M € par an pour soutenir cette filière le temps de faire baisser les coûts de production et d’atteindre un prix de 60 €/MWh. » « Ce niveau de prix peut être atteint sans aide de l’Etat d’ici à 10 ans », est convaincu Jean-Louis Bal. « Je pense que déjà les fermes pilotes seront moins chères que les prototypes », complète Laurent Schneider-Maunoury, président Naval Energies (Nava groupe). Les systèmes indus permettent de produire à moindre coût. « Au regard de la viabilité technique et économique du projet, notre expertise et savoir-faire. On est dans le bon timing pour le volet commercial en lien avec un fort potentiel à l’international », complète Jean-Mathieu Kolbe, directeur projet EFGL. Selon l’élue régionale, qui ambitionne une région à énergie positive à l’horizon 2050, « notre territoire a des atouts : environnement naturel, entreprises, lycées et universités. La Région investit cette année 210 M€ (quai éolien et digues) dans le port de Port-la-Nouvelle pour qu’il devienne un hub dédié à l’éolien offshore flottant. Nous allons créer en 2019 une Semop (société d'économie mixte à opération unique) pour la concession du port et avons déjà des contacts avec des majors privés et des entreprises régionales pour nous rejoindre. Autre atout, le raccordement à RTE est opérationnel avec 2 GW ». Grand témoin de cette matinée, Yann Barbaux, senior vice-président du groupe Airbus et président d’Aerospace Valley (850 PME) a dressé les synergies avec le monde de l’aéronautique et du spatial et propose même de créer « l’éolien flottant valley en Occitanie ! »

Calendrier de réalisation des fermes pilotes
Concernant le calendrier de réalisation des fermes pilotes, les dossiers d’autorisations sont en cours d’instruction. Les deux consortiums poursuivent leurs études. « N’oublions pas que les flotteurs feront 50 m de côtés sur 15 m de haut et pèseront 10 000 t auxquels s’ajoutent 3 000 t d’éolienne », précise Jean-Marc Bouchet. L’enquête publique se tiendra au premier semestre 2019, période où les consortiums vont boucler les financements. « EolMed réalise une ouverture du capital aux acteurs locaux et de la région. La Caisse des Dépôts Occitanie, Crédit Agicole du Languedoc et Caisse d’Epargne LR et, depuis hier, la Sem énergie Semper (Agde, Vias) », complète Jean-Marc Bouchet. La consultation des entreprises de rang 1,2 et 3 s’étalera sur 2019-2020. La construction des plateformes est prévue pour 2020 et une mise à l’eau et branchement des éoliennes pilotes (huit au total) courant 2021. « Ce chantier de travaux va mobilier 1 700 personnes puis près d’une centaine pour assurer la maintenance et le suivi », rappelle la présidente de la Région Occitanie. « Avec l’éolien en mer, il n’y a aucun problème d’approvisionnement car cette technologie souffre moins de variation de l’éolien terrestre et le photovoltaïque. C’est un argument fort pour défendre cette filière », conclut Jean-Louis Bal.

*Les partenaires : Ademe, SER, FEE, Cluster maritime Français, Pôle mer Méditerranée, CCi Occitanie et Aude, Grand Narbonne.

Verbatim :

Jacques Bascoupdt du Grand Narbonne : « Le pacte de Narbonne du 15 novembre 2018 est important. Je salue l’initiative. En 2001 déjà il y a eu un essai sur l’éolien offshore réalisé par Total Elf Fina de projet éolien flottant près du rivage. Le prochain PPE doit prévoir des volumes nécessaires et suffisants pour garantir un prix sur le marché »

Didier Codorniou, vice-président de la Région et président du Parlement de la mer : « cette filière contribue à l’indépendance énergétique. Dans 20 ans, les fermes éoliennes flottantes répondront aux besoins de 2 millions d’habitants. On a besoin de passerelles avec Airbus Industrie, de travailler avec Toulouse pour produire et développer cette filière afin de devenir, demain, un modèle économique. On peut créer ce qu’a créé Airbus, il y a 50 ans, une vraie filière de l’éolien flottant. On est prêt. »

Julien Hostache, DG Enerfip (12 M€, 45 projets, 10 000 financeurs) : « Le financier participatif c’est le sens de l’histoire. En juin, Enerfip a participé au financement du Lidar (400 K €, 278 financeurs issus du territoire). Le financement participatif est un vecteur de diffusion pour la filière et acceptabilité des citoyens et une implication plus forte vers la gouvernance. On travaille avec Engie et Quadran ».

Anne-Lise MelkiDGA Biotope : « Nous avons travaillé sur les deux fermes pilotes pour préserver la biodiversité. On fait parti, des acteurs régionaux qui interviennent pour l’obtention des autorisations. Les impacts de ces projets ne sont pas simples à imaginer. On ne sait pas comment la faune va s’adapter à ces parcs. Il faut mettre en œuvre des mesures de suivi pour comprendre les impacts afin de se préparer aux fermes commerciales de demain. »

Séverine Baudic, DG SMB Offshore (industrie offshore pétrolière) : « Cette phase pilote est une énorme opportunité pour l’apprentissage, la validation des processus industriel. Un retour d’expérience limitera les risques et favorisera la réduction des coûts à travers les phases d’installation, de logistique, de simulation et de planification pour les temps d’installation, pour la cadence commerciale. Pour se développer l’éolien offshore doit faire la même démarche que la filière industrielle  traditionnelles »

Bruno Allain, DG de 8.2 (Bureau d’études, expert et conseil technologie éolien terrestre et flottant) : « On accompagne des parcs éoliens posés en mer du nord et le projet Floatgen choisi par Ideol. Nous avons développé une appli pour accompagner la maintenance des projets offshore avec de la réalité augmentée pour observer la sous-performance qui est lauréate de Redinnov initié par la Région Occitanie. Nous espèrons être sollicités sur cette technologie. »

Véronique Coll / coll@lalettrem.net
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