L’Occitanie engagée dans une course de vitesse sur l’intelligence artificielle
Une course de vitesse, en matière de fonds à capter et de compétences professionnelles à développer. Si les perspectives de l’intelligence artificielle sont infinies, il s’agit de rester dans la course, dans une compétition mondiale déjà engagée. C’est l’enseignement principal de la table ronde portant sur l’intelligence artificielle et l’emploi, ce mardi 23 octobre au Kiasma à Castelnau-le-Lez, lors de l’inauguration de la première école IA – Microsoft en région.
« La France est derrière la Chine, Israël, les États-Unis et le Canada, mais on va changer ça !, affirme le député LREM Cédric Villani, auteur d’un rapport sur l’IA, s’exprimant à travers un film diffusé à l’écran. Il faut travailler sur la formation professionnelle : le moyen, pour nous, de nous adapter pour tirer le meilleur parti de l’IA. » « Le gouvernement a lancé un hub dédié à l’IA au niveau national, a ajouté Pascal Otheguy, secrétaire général de la préfecture de l’Hérault. 40 M€ seront mobilités chaque année au niveau national, et j’espère que le territoire de la métropole de Montpellier saura s’en servir. » Il insiste sur « le potentiel de l’IA en matière de santé, la France disposant de la plus grosse base au monde de données d’informations médicales, grâce à la caisse d’assurance maladie et aux hôpitaux publics ». L’Occitanie n’est naturellement pas seule : « L’Ile-de-France annonce son ambition de devenir la première région au monde en matière d’IA, et le MIT (Massachusetts Institute of Technology) affirme la même chose… Il y aura une prime au premier entrant », décrypte un connaisseur du secteur.
À Castelnau-le-Lez, 23 des 24 apprenants de la première promotion de l’école IA Microsoft, détectés avec le concours de l’agence Pôle emploi de Castelnau, ont décroché un contrat d’apprentissage - un se lançant dans la création de sa start-up. Lors de la formation intensive de sept mois, de nombreuses compétences sont acquises : nettoyage de données, constitution de données homogènes, construction de chatbot, élaboration de modèles prédictifs à partir des données… « 15 000 emplois sont non pourvus chaque année en Occitanie, a rappelé Carole Delga, présidente PS de la Région Occitanie. Nous devons adapter les formations aux besoins des entreprises, sachant que 90 % des métiers vont requérir, dans cinq ans, des compétences numériques. Dans le cadre du plan d’investissement dans les compétences du gouvernement, il faut faire comprendre aux entreprises la forte mutation des métiers, et la nécessité, pour elles, d’anticiper. »
Concernant les critères de sélection de la première promotion d’apprenants, l’élue insiste sur « la gnaque (motivation, NDLR) », et non pas « l’âge (les apprenants ont entre 18 et 38 ans, NDLR) ou le diplôme ». Elle souhaiterait un taux de féminisation plus important lors de la prochaine promotion. « Le nombre de jeunes femmes qui se dirigent vers les études scientifiques diminue. C’est terrible : les métiers scientifiques et du numérique sont ouverts. Il ne faut pas se créer de barrière, ou d’auto-censure. » L’école IA Microsoft est « complémentaire » du réseau des écoles régionales du numérique et de la cité de l’économie et des métiers de demain (forum ouvert le 5 novembre à l’Espace Capdeville, ouverture prévue au printemps à Montpellier).
> Santé, sécurité, emploi, prévention des risques… La table ronde a démontré la transversalité de l’IA. Quelques verbatim :
Gilles Lavigne, direction des opérations à la direction informatique de Pôle emploi :
« Le data center principal de Pôle emploi est situé à Castelnau. Il délivre des services à 55 000 agents. Nous collectons énormément de données, avec 5 M d’offres publiées et 8 M de demandeurs d’emplois accompagnés chaque année. C’est ce qu’on appelle le lac de données du marché de travail. Nous faisons appel à la data science, formons des data miners, des data scientists, des data analysts. Pôle emploi travaille sur trois niveaux pour la valorisation des données :
- algorithmique statistique classique, pour proposer les aides les plus adaptées.
- niveau de prédictivité (machine learning, deep learning), pour avoir une vue prédictive du retour à l’emploi, en fonction du bassin d’emploi et du métier recherché.
- le niveau le plus évolué : les recommandations. Nous prescrivons des évolutions vers de nouveaux métiers, en se basant sur les retours d’expérience issues du lac de données.
« Attractivité emploi », « parcours gagnant », « la bonne boîte », « la bonne formation »…, sont autant de services développés, pour que l’employeur jauge de l’attractivité de son offre, pour que le candidat voie les entreprises susceptibles d’embaucher sans qu’elles aient émises d’offre d’emploi, ou encore pour identifier les meilleures formations. »
Roland Sicard, La Valériane (Montpellier) et président de l’Institut du Cancer d’Avignon
« Au début des années 90, l’informatique a fait son entrée dans la santé. On arrive aujourd’hui à l’orée de l’IA dans la santé. Les algorithmes de Google détectent le cancer du sein métastasique avec 99 % du certitude. Conséquence : le médecin travaillera sur le 1 % d’incertitude. Ce qui signifie qu’il pourra se dégager du temps pour se concentrer sur ce volet d’incertitude, chose qu’il ne peut pas faire aujourd’hui, car il est noyé dans la masse. Nous allons vers une santé préventive, prédictive, personnalisée. L’idée, par exemple, est de pouvoir savoir si telle ou telle chimiothérapie va fonctionner pour tel ou tel patient. »
Intervenant du groupe CGI
« Tout est donnée : son, voix, vidéo, texte… La donnée est moins structurée que par le passé. Dans l’informatique traditionnelle, on rentrait les données et les règles de gestion, et on attendait résultat. Aujourd’hui, ce paradigme est inversé. On va rentrer des résultats et on va attendre que la machine nous calcule des règles. L’IA coule dans l’ensemble des secteurs d’activités, on va en avoir un peu partout. Prenez l’exemple d’un réveil : on le règle, il sonne à l’heure qu’on a choisie. Mais on peut inverser le paradigme, en indiquant au réveil l’heure à laquelle on souhaite arriver au bureau. La machine va prendre en compte des éléments multiples : météo, circulation, jour de la semaine, santé, données venant de la voiture, temps nécessaire pour éventuellement faire un plein d’essence… Cet algorithme intelligent donnera une heure de réveil différent chaque jour en fonction de cet objectif d’heure d’arrivée au bureau. En sachant qu’en collectant des données (temps de trajets par exemple), l’algorithme auto-apprendra et s’améliorera. Ce type de solutions va améliorer la qualité de vie, des services délivrés et l’excellence opérationnelle dans les entreprises. »
Jean-François Kappes, directeur régional Occitanie de Simplon.co
« Capgemini et Sopra ont observé les travaux des apprenants pendant la journée, et Dell a fourni les ordinateurs pour cette promotion. Les métiers évoluent très vite. Le webmaster était très en vogue il y a peu de temps. Ce métier est en phase totale de reconstruction, avec de nouvelles dynamiques. Les entreprises recrutent certes de hauts niveaux de diplômes, mais aussi des techniciens supérieurs, engagés, avec un côté artisanal, pour travailler la donnée, la préparer pour qu’elle fasse l’objet de traitements plus élaborés avec des machines et des hommes. »
Pascal Otheguy, préfecture de l’Hérault
« Il y a 5 600 entreprises dans la numérique dans l’Hérault. Le secteur pèse 4 % des salariés, avec un taux de croissance de 10 % par an depuis cinq ans sur ces métiers. D’où l’importance d’avoir des formations dans le secteur du numérique. Des solutions prédictives se développent pour le climat ou des sujets de sécurité intérieure, dans la mobilité, les véhicules autonomes… Nos interfaces de services publics sont de plus en plus utilisatrices d’IA, avec des chatbot. L’IA change nos modèles économiques et les métiers, même si je ne suis pas tout à fait d’accord avec le concept schumpétérien de destruction créatrice. »
Cédric Villani, député, mathématicien
« Il n’y a pas vraiment de définition de l’IA. C’est un ensemble de techniques et de procédés, qui permettent à des algorithmes d’effectuer des tâches : reconnaître une adresse, traduire un texte, conduire une voiture... L’IA s’invite de façon invisible, dans l’amélioration de la consommation énergétique, les diagnostics à l’hôpital… Elle offre de nouvelles chances et représente de nouveaux dangers. Le danger, c’est l’usage qu’en feront les humains, pas l’IA elle-même. »
Alix Roumagnac, Predict Services (Castelnau-le-Lez) : « Nos solutions ont joué dans la prévention des populations, lors des intempéries dans l’Aude, dans la nuit du 14 au 15 octobre. Les maires ont été avertis dès 23h. 250 000 SMS sont partis dans la nuit. Nous travaillons en coopération avec tous les grands groupes d’assurance. Il y a des pistes d’amélioration : alerte renforcée en fonction de la vulnérabilité des individus, de leur âge, peut-être diffuser des messages plusieurs fois, en utilisant plusieurs canaux… »










