Les Travaux publics mettent le cap sur la transition écologique
« Travaux publics et transition écologique, une nouvelle aventure » est le thème abordé lors des assises 2017 de la Fédération régionale des travaux publics Occitanie le 28/11 au Corum de Montpellier. Ce changement de cap est déjà acté par la fédération, selon Thierry Le Friant, président de la FRTP Occitanie : la numérisation l’innovation et la transition écologique. Ce changement de cap est illustré par des élus, des syndicats mixtes, des entreprises, des services de l’Etat et de collectivités territoriales. « La transition écologique a déjà commencé. Elle apporte autant de contrainte que d’opportunités », souligne Olivier Giorgiucci, président de la délégation Méditerranée de la FRTP Occitanie.
À l’heure où l’Occitanie défend le projet de LGV Montpellier-Perpignan (LNMP), « le cœur de notre métier est de répondre au besoin de mobilité (infrastructures, bornes pour véhicules électriques, protection du littoral,…), le traitement de l’eau, l’énergie (EnR,…), la communication (fibre optique)… On voit que la transition numérique et écologique impacte notre activité. Cela change notre façon de voir les travaux et appelle la question du financement des investissements induits », souligne Olivier Giorgiucci. « Les enjeux sont forts sur le littoral avec l’érosion des côtes, la submersion, le besoin de restaurer les digues et les dunes, de recharger les plages, avertit Didier Kruger, directeur régional de la Dreal. Il va falloir collecter les données, sur les courants marins et le réensablement des plages par exemple, et modéliser les évolutions. »
Philippe Saurel, président de Montpellier Méditerranée Métropole, a déclaré : « Les finances de l’État sont pauvres, et la Métropole ne pourra pas porter seule les équipements structurants. Nous avons besoin de tous nos partenaires. » À propos de la LNMP, l’élu DVG a ajouté : « C’est un projet essentiel, qui assurera le segment transfrontalier entre la France et l’Espagne, et dont la dimension fret permettra le ferroutage. La ligne amènera par ailleurs des TGV à la gare de Montpellier Sud de France, où 135 M€ ont été investis. Je rencontre la ministre des Transports le 11/12 à Paris pour défendre la LNMP. Les conditions actuelles politiques du pays (future loi mobilités, qui classera les projets en fonction de leurs financements, NDLR) font que nos projets peuvent passer derrière d’autres, et si c’est le cas, toutes les entreprises seront pénalisées. » D’après lui, les chantiers lancés ou à venir dans la métropole ont une dimension écologique : extension de Maera, gare TGV, tramway 4 et bientôt 5…
Sur la LNMP, le député audois Alain Perea (LREM) a émis de sérieuses réserves : « N’avons-nous pas d’autres priorités ? Combien de fois les gens prennent le TGV chaque année ? A-t-on besoin de gagner 15 mn pour aller à Paris ? C’est une vraie question. Par ailleurs, pas un seul territoire ne s’est développé avec la seule gare TGV. Ce qui compte, c’est la dynamique de territoire. Le TGV accompagne cette dynamique de territoire, qui lui préexiste. »
Les ambitions et les enjeux sont tout aussi importants dans le secteur des énergies renouvelables (ENR). « La Région veut être à énergie positive d’ici 2050. EDF EN vise un doublement du parc, pour passer de 28 GW à 50 GW d’ici à 2030. Ces ambitions ont des répercussions sur les marchés de travaux. 1 MW représente 300 k€ de travaux, d’ici 2030 cela représentera 40 M€ par an », lance Ivan Barthélémy, responsable régional LR d’EDF EN. Jean-Marc Bouchet, président du groupe Lucia et délégué FEE (Fédération des énergies éoliennes), met en avant les projets innovants de construction des éoliennes flottantes au large de Gruissan (200 M€) dans l’Aude, avec 4 machines en préfiguration. Le développement des ENR doit se traduire par un schéma régional, afin de raccorder et de transporter les énergies renouvelables. « À ce jour, le schéma n’est pas encore finalisé, explique Didier Kruger. Il y aura des choix à faire, car il y a des difficultés à sortir les projets. Il faut avancer prudemment. On ne peut pas faire un grand schéma et se rendre compte ensuite qu’on a créé des autoroutes sur lesquelles personne ne roule. » Autre bémol, émis par Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Occitanie, celui de l’ « acceptabilité sociale des projets éoliens. La Région parle de l’autonomie énergétique : en potentiel, oui, mais en énergie disponible, non. Il y a un problème de stockage de l’énergie ». Autre exemple, en matière d’innovation cette fois : la box de consommation d’énergie pour les particuliers, développée par la start-up montpelliéraine ComWatt. « Demain, la box arbitrera la consommation mais aussi le choix du fournisseur. Il suffit que les promoteurs développent les toits solaires et orientent les logements au sud », indique-t-il.
Dans l’Aude, le Syaden est un outil d’accompagnement des collectivités sur les questions des énergies renouvelables. « Le comité syndical a voté ce 28/11 l’accès au THD à l’ensemble des communes de l’Aude. La mise en place du THD représente aujourd’hui 130 M€ d’investissement », souligne à La Lettre M Arnaud Tournier, directeur. Le Syaden s’occupe aussi de la filière bois-énergie, ou encore du déploiement des bornes pour les véhicules électriques (500 bornes, 1.000 abonnés, 5.000 recharges). De son côté, l’Ademe met en avant les projets de réseaux de chaleur et de froid, qui représentent plusieurs dizaines de millions d’euros de travaux, et pour lesquels Montpellier se classe 3e au niveau national, après Paris et Lyon. « Il va falloir être inventifs dans les actes d’aménagement pour pouvoir continuer à accueillir autant de nouveaux habitants ! », souligne Frédéric Guillot, directeur régional délégué de l’Ademe.
Concernant la question de l’eau et de l’assainissement, Florence Fuchs-Jesslen, directrice eau et assainissement de la Métropole de Montpellier, témoigne des avancées technologiques en matière de compteur de sectorisation (200 sont installés sur 1.200 km de réseaux), qui permettent d’estimer les débits et de détecter les fuites. Elle évoque également les capteurs installés contre les risques de débords lors des pluies, le dispositif de la Ville en alerte au sud de Montpellier, ou encore les projets de smart city à la Mantilla (Port Marianne à Montpellier) et dans le quartier Eurêka (Castelnau-le-Lez). « Cela doit s’accompagner d’une gestion patrimoniale des réseaux - 70 M€ sont investis pour assurer le renouvellement du réseau - et de développement de logiciels pour traiter les données du réseau », souligne-t-elle.
Jean-Louis Marchand, vice-président national de la FRTP, « appelle à ce que la Région arbitre, oriente et coordonne la question des infrastructures entre les métropoles, les villes et les territoires délaissés. Il n’y aura plus autant d’argent public, alors il faut que le privé soit plus présent dans les infrastructures et les réseaux et l’Europe dans l’efficacité énergétique des bâtiments et les infrastructures. » La question du financement privé est évoqué également par le député LREM de l’Aude Alain Péréa, vice-président de la commission développement durable et aménagement du territoire à l’Assemblée nationale. « Il ne faut pas avoir peur de parler d’argent provenant du secteur privé pour financer les projets. Les plus gros donneurs d’ordres à Narbonne sont des aménageurs privés. La Fédération des Travaux publics devrait s’appeler ‘des travaux publics et privés’. Arrêtons d’être obsédés par cette question du public. »
« Les entreprises des TP ont besoin de visibilité pour attirer et former des jeunes afin de répondre aux nouveaux défis », souligne Thierry Le Friant. La question de la formation appelle à des échanges entre la fédération et la Région Occitanie. « La Région répond aux besoins d’accompagner le développement économique et la progression professionnelle. Actuellement, la réforme en cours d’étude oppose les branches professionnelles et la Région. Pour adapter l’offre de formation à l’évolution des marchés et des métiers, il faut davantage échanger. On attend de la réforme plus de souplesse pour adapter les diplômes à la réalité des besoins des entreprises », souligne Emmanuelle Gazel, nouvelle vice-présidente de la Région Occitanie en charge de la formation professionnelle et de l’apprentissage.
Les 300 participants ont écouté attentivement Nicolas Vanier, cet aventurier des terres du grand nord, à la fois écrivain, réalisateur et photographe. Par ses expéditions hors norme, il est le grand témoin de l’effet du réchauffement climatique. Il plaide « une réduction de 40 % du gaspillage (énergie, matière première). Il faut anticiper pour changer de cap, face aux questions de l’épuisement des ressources et de la transition écologique. Mais nous sommes ce que nous faisons et non ce que nous disons, en particulier dans ce domaine… »










