Le géographe Jean-Paul Volle plaide pour Montpellier métropole
Le géographe montpelliérain Jean-Paul Volle a jugé indispensable l’émergence de Montpellier comme métropole pour le développement de la région L.-R., lundi 26 avril lors d’un dîner-débat de Cobaty Montpellier intitulé « D’un réseau de villes à la métropole en réseau ».
D’après lui, face aux enjeux liés à la croissance démographique qui s’exerce sur la bande littorale (environ 400 000 habitants supplémentaires attendus d’ici à 2030 entre Sète et Lunel, ndlr), les modes d’urbanisation et de gouvernance, ainsi que les mentalités de certains élus locaux, doivent impérativement changer : « On ne peut pas continuer comme ça. L’avenir du L.-R. est dans un système métropolitain et non pas dans un regard de chien de faïence d’une ville par rapport à l’autre. Sinon, c’est le triomphe de la loi du marché et de l’habitat individuel. Une forte dynamique métropolitaine s’est instaurée. Il ne faut pas aménager le territoire, mais plutôt le ménager. On ne peut pas continuer à urbaniser comme on fait, ou alors il ne faudra pas se plaindre des problèmes d’eau, de circulation, d’énergie… Il faut passer à la métropole gouvernée et cela implique un changement de regard, de pensée. Ça suppose aussi de se penser autrement sur un territoire nouveau. »
Selon l’universitaire, la métropole se caractérise par deux dimensions essentielles : « La mobilité et la culture. L’accessibilité et l’attractivité sont des facteurs de croissance, des enjeux déterminants. »
Volle tacle les « francs-tireurs »
Il regrette que ce débat essentiel soit éludé par les décideurs politiques locaux. « Il y a un réel impensé métropolitain. On est confrontés à cette réalité et on ne veut pas la voir, sauf pour les transports et la culture au sens large. Cet impensé est un mur, un blocage. Il faut pourtant se penser comme une métropole qui a un rôle à jouer entre Lyon, Toulouse, Marseille et Barcelone, c’est-à-dire au carrefour des grands savoirs européens. »
Jean-Paul Volle a souligné avec humour que ce combat pour la création d’une communauté urbaine entre Sète et Nîmes, portée politiquement par Georges Frêche (président DVG de Montpellier Agglomération et de la Région L.-R.), ne date pas d’hier : « Dans les années 70, j’avais publié une étude : "Nîmes-Montpellier-Sète : une capitale linéaire". Ça m’avait valu trois ans d’interdiction à la direction de l’Equipement ! »
Il n’a pas mâché ses mots à l’égard des communautés de communes situées autour de Montpellier et qui font de la résistance : « Il y a pas mal de francs-tireurs, qui se méfient de l’émergence d’une communauté urbaine. J’ai même rencontré au cours des dernières années des responsables de communautés de communes qui m’ont dit : ‘Vous savez, on est petits, on se connaît bien, on est bien entre nous. Pourquoi voulez-vous que l’on se fasse mal ?’ Moi j’aurais souhaité au contraire qu’on ait des ruptures, qu’on change d’attitude, de regard. Je me trouve confronté à des refus que je trouve non justifié d’une vision différente de notre territoire. »
Jean-Paul Volle a donné deux exemples : « La communauté de communes Ceps et Sylves (2 300 habitants, ndlr), c’est n’importe quoi, c’est tout juste bon à faire du tri sélectif. Quant à la communauté de communes du Pic Saint-Loup, elle est certes riche par le revenu moyen de ses habitants, mais pauvre en moyens d’investissements. Il a fallu plus de dix ans pour poser la question d’une piscine, sur une population qui dépasse les 30 000 habitants. Regardez ce qui s’est fait pendant ce temps, en termes d’investissements, sur la communauté d’agglomération de Montpellier. Aujourd’hui, avec la dotation globale de fonctionnement, c’est Montpellier Agglomération qui le plus de capacité d’action. L’action publique peut se faire là où il y a des moyens. »
Selon lui, la réforme des collectivités, qui fait suite au rapport Balladur, va être « ultra traumatisante. On mesure mal encore ce qu’elle peut représenter. »










