"Le Gard a une carte à jouer" : entretien avec Philippe Saigne-Vialleix, directeur de la Banque de France dans le Gard
Offre touristique riche mais peu structurée, entreprises solides mais entrepreneurs peu enclins à investir…Un peu plus d’un an après son arrivée dans le Gard (en mai 2017), Philippe Saigne-Vialleix, directeur de la Banque de France dans le Gard, livre à La Lettre M sa vision du tissu économique local.
Première impression : c'est « un département avec un beau tissu économique, situé à un carrefour de communication mais qui se développe relativement peu et assez isolé. »
Le paradoxe des entreprises gardoises, d'après lui : « Globalement, ce sont des entreprises solides, bien gérées, plutôt mieux cotées par la Banque de France que les moyennes régionale et nationale. Mais cette santé financière peut cacher une faiblesse : les entreprises gardoises tendent à prendre moins de risques financiers. Elles contractent moins de crédits et, par conséquent, investissent moins, ce qui peut freiner leur développement. »
Pour les PME indépendantes, le taux de croissance des crédits entre mai 2017 et mai 2018 atteint 3,2 % en France et en Occitanie, alors qu’il recule de 3,6 % dans le Gard. Pour les micro-entreprises, ce taux ressort à 3 % en France, à 3,7 % en Occitanie et à 1,9 % dans le Gard (source : Banque de France). Des chiffres difficiles à expliquer, mais qui témoignent d’une certaine prudence de la part des patrons gardois et peut-être d'« une qualité de vie peu propice au dépassement de soi », avance l'expert.
Côté sectoriel, s’il souligne la richesse de l’offre touristique du département, il regrette un manque d’organisation. « Ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y ait pas une offre touristique structurée. Il me semble qu’entre tous les sites exceptionnels tels que le Pont-du-Gard, Aigues-Mortes, les Arènes de Nîmes…dont dispose le Gard, il serait possible de créer plus de synergies. » Philippe Saigne-Vialleix constate une érosion, légère et progressive, des crédits alloués au secteur agricole. Une tendance qui pourrait être partiellement liée aux changements climatiques et aux incertitudes qui en découlent.
Confiant en l’avenir économique du département, le directeur de la Banque de France dans le Gard identifie, parmi les enjeux clé du territoire : « L’éducation pour pallier notamment le taux de chômage élevé, et l’investissement des entreprises, pour mieux répondre aux besoins de la population et à l’afflux migratoire des années à venir. »
Face à la puissance économique des métropoles d’Occitanie, Philippe Saigne-Vialleix estime que le Gard a une carte à jouer. « C’est le 3e département de la région au niveau démographique et économique. Et le 2e au niveau industriel. L’activité nucléaire présente dans le Gard rhodanien est assez méconnue du grand public. C’est pourtant assez remarquable d’avoir de tels acteurs dans le département. »










