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Hérault
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Transports - Logistique
| 19/09/2023

L’aéroport de Béziers menacé selon la chambre régionale des comptes

© Aéroport Béziers Cap d'Agde

Dans son rapport d’observation concernant les exercices 2017 et suivants du syndicat mixte en charge de l’exploitation de l’aéroport Béziers Cap d’Agde-Hérault Méditerranée rendu public le 19 septembre, la CRC (chambre régionale des comptes) Occitanie évoque des « menaces » pesant sur l’activité de l’infrastructure de transport héraultaise. En cause : une enquête en cours de la Commission européenne « suite à une plainte déposée par Air France pour vérifier la neutralité des aides instituées par les collectivités locales » au profit de la compagnie aérienne Ryanair.

Pertes d'exploitation

« Le syndicat a consenti contractuellement à une unique compagnie à bas coût des remises tarifaires sur chaque passager transporté, explique le rapport de la CRC. Présenté comme une série de mesures incitatives destinées à augmenter le trafic, ce dispositif a comme conséquence que 96 % des recettes aéroportuaires de cette compagnie bénéficient de ces remises, et se traduit pour le syndicat par autant de pertes d’exploitation. » Ces mesures pourraient s’apparenter à des aides publiques non déclarées. Et selon les calculs de la chambre, « les contrats de marketing passés avec cette compagnie pour promouvoir le territoire auprès d’une nouvelle clientèle coûtent au syndicat cinq fois plus cher que les recettes qu’ils dégagent ». Autre menace identifiée par la CRC concernant l’activité commerciale de l’aéroport : « le prix et la taxation du carburant, en sus des fortes émissions de gaz à effet de serre ». « Ces pressions externes sont autant d’incitations pour le syndicat mixte à élaborer des scénarios d’adaptation de l'aéroport aux changements réglementaires, environnementaux et économiques », commente le rapport.

Fort contexte concurrentiel

La CRC pointe également le fort contexte concurrentiel dans lequel évolue la plateforme aéroportuaire héraultaise : « Avec 200 000 passagers par an, l'aéroport de Béziers, situé à moins de 100 km de cinq autres aéroports ouverts à la circulation aérienne publique, est fortement concurrencé, sans espoir d’atteindre une taille critique pour couvrir ses dépenses d’exploitation par ses recettes commerciales. Ses missions de sûreté et de sécurité dites « régaliennes » sont compensées par la taxe d'aéroport reversée par l'État. » De fait, le financement du déficit structurel de l’exploitation par les contributions publiques pourrait être remis en cause si ces dernières devaient être qualifiées d’aides irrégulières par la Commission européenne, relèvent les auteurs du rapport. « À cet égard, le syndicat mixte est dans une position fragile. Alors que 78 % de ses charges d’exploitation sont couverts par ces fonds publics, l’autorisation des autorités françaises et européennes requise depuis 2015 pour justifier ce financement par des sujétions spéciales de service public n’a été ni sollicitée ni obtenue. Le syndicat n’a pas été en mesure d’apporter la preuve de leur conformité au droit européen. »

Les réactions

Dans sa réponse au rapport de la CRC, le président du syndicat mixte Philippe Vidal indique vouloir engager une réflexion « sur le modèle de financement et l’articulation budgétaire » de la plateforme avant de se féliciter de la reprise « soutenue » de l’activité après le ralentissement des vols commerciaux durant la crise sanitaire. « Le nombre de passagers transportés durant la saison estivale 2023 a retrouvé le niveau de 2019, où un record historique avait été atteint (267 000 passagers, NDLR). » Le représentant du syndicat rappelle également que l’aéroport biterrois génère 58 M€ de retombées économiques (dépenses passagers), avec un cumul de 600 emplois directs et indirects.  Autre réaction : celle de la présidente de la Région Occitanie, actionnaire minoritaire de la structure. Si Carole Delga reconnaît que l’aéroport se situe « dans une zone d’attraction marquée par une forte couverture aéroportuaire » avec la présence de cinq autres aéroports dans un rayon de 100 km, l’élue régionale estime que l’existence de cette plateforme « est justifiée par le développement touristique du littoral languedocien, notamment autour du Cap d’Agde ».

David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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