«La réglementation se met en place autour du bilan carbone»
Sweep, fondée à Montpellier, développe une solution logicielle SaaS permettant aux entreprises de piloter leur impact carbone sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. La société a levé 93 M€ depuis sa création en 2020. Yannick Chaze en est le cofondateur et directeur technique.
La Lettre M : Quel est le profil des clients de Sweep ?
Yannick Chaze. Il s’agit de grandes entreprises qui ont besoin de mettre en place une politique de baisse de leurs émissions de gaz à effet de serre. Parmi elles, on compte notamment HP, Saint-Gobain ou encore Orange. Nous aidons ces entreprises à réaliser leur bilan carbone appliqué à l’ensemble de leur chaîne de valeur. Cela induit évidemment que ces grands comptes embarquent avec eux leurs fournisseurs, qui sont parfois des PME, afin qu’ils utilisent notre solution.
Vous visez d’abord les grands groupes et les ETI. Les PME ne sont-elles pas prêtes à faire le pas pour mesurer réellement leur bilan carbone ?
Nous avons bien quelques clients qui sont des PME. Toutefois, aujourd’hui, ce type d’entreprise n’a pas forcément les ressources en interne pour mettre en place un programme climatique. Les PME sont souvent contraintes par le temps et les moyens. Il est donc plus compliqué pour elles d’introduire l’usage de solutions comme les nôtres. En outre, le marché lié à la mesure des gaz à effet de serre est en train de se structurer. À notre niveau, on observe que les sociétés n’ont pas toutes le même degré de maturité sur ce sujet, cela ne vaut pas uniquement pour les PME mais également pour certains grands groupes.
À l’heure où le prix du pétrole flirte avec les sommets, le regard des entreprises sur vos services a-t-il changé ?
Je ne crois pas. La preuve : on n’a jamais autant consommé de pétrole ! C’est également une ressource dont l’économie a aujourd’hui du mal à se passer. Je ne pense donc pas que l’intérêt pour une solution telle que Sweep soit corrélé à la situation économique. Il s’agit d’avantage d’une prise de conscience globale poussée par les investisseurs, les clients et les salariés sur la question du climat. Ce sont trois leviers assez forts pour faire changer les choses.
La SEC, l’autorité de marché américaine, a annoncé une volonté d’obliger à la prise en compte du bilan carbone dans le risque des sociétés cotées. Cela pousse-t-il à l’émergence d’une concurrence pour votre entreprise ?
Le marché de la greentech est immense mais il y a une dizaine d’acteurs qui, comme Sweep, commencent à avoir un impact significatif sur des segments de marché qui peuvent être les mêmes ou différents du nôtre. Concernant la réglementation souhaitée par la SEC, il est encore un peu tôt pour mesurer un éventuel effet. Cependant, il est clair que cette position donne des signaux sur le fait que la réglementation se met en place et que les entreprises devront mettre en œuvre des solutions pour pouvoir dresser leur rapport climat. De notre côté de l’Atlantique, la nouvelle taxonomie européenne, comme la pression client que j’évoquais tout à l’heure, pousse également en ce sens.
Craignez-vous de devenir un instrument du greenwashing ?
Non, pas du tout. Sweep propose un outil. Sa plateforme donne tous les moyens pour permettre la transparence. Or la transparence est le premier levier pour éviter de s’abriter derrière des chiffres et leur faire dire n’importe quoi. Nous venons du secteur de l’informatique décisionnelle, pas de la greentech. Pour nous, la source d’information et la qualité de collecte sont aussi capitales que les calculs permettant d’arriver aux résultats mesurés.
Quels sont aujourd’hui les marchés les plus matures ?
Clairement, sur le sujet climat, l’Europe est très en avance. Il ne faut cependant pas sous-estimer les États-Unis car leurs entreprises sont capables de se transformer très rapidement.
La société a levé 100 M$ depuis sa création. À quoi sert cet argent ?
J'aime bien dire que ce financement sert à contracter le temps. Ces levées permettent d’embaucher plus vite des profils plus expérimentés qui correspondent à nos ambitions de croissance (Sweep compte 60 salariés à ce jour, NDLR). Cet argent nous aide à nous déployer rapidement à grande échelle et de façon structurée pour avoir un maximum d’impact.
Votre société est labellisée B Corp depuis décembre 2021, est-ce une bonne porte d'entrée pour conquérir des clients ?
Je dirais que c’est un atout tant pour le recrutement que pour la prospection. C’est un label très difficile à obtenir. C’est à la fois un atout pour les clients, les investisseurs, les salariés, mais aussi pour nous, les fondateurs. J’aimerais que les entreprises qui font les choses correctement se labellisent. C’est un alignement avec le bien commun et le bien de la planète.
Première parution dans La Lettre M, l'hebdo du 7 juin 2022










