La Lettre M et Jean-Louis Borloo attirent 1 500 décideurs au Corum de Montpellier

1 500 décideurs, élus et entrepreneurs du L.-R. ont assisté lundi soir au Corum de Montpellier aux 30 ans de La Lettre M, rythmés par la remise de 13 prix (ci-contre) et les interventions de Jean-Louis Borloo, ancien ministre d’Etat et ex-président de l’UDI, aujourd’hui retiré de la vie politique.
Jean-Louis Borloo a activement plaidé pour sa fondation dédiée au développement des énergies renouvelables en Afrique. « L’Afrique va passer de 1 milliard à 2 milliards d’habitants d’ici à 2045. C’est le plus grand choc démographique de l’humanité qui se profile. Aujourd’hui, ce continent est très faiblement pourvu de raccordements électriques : la distribution est chère, il y a une faible densité de population par km2. Ce qui cause une déforestation massive, pour alimenter le bois de chauffe. C’est un drame pour le climat et la biodiversité. »
un « Plan Marshall » pour l'Afrique
Jean-Louis Borloo prône la création d’une agence d’électrification de l’Afrique, qui aura « 50 Md€ de fonds propres » et pourra lever « entre 200 et 250 Md€ de fonds privés, pour permettre aux opérateurs de se développer dans des conditions de sécurité financière maximales. C’est le plan Marshall que l’Europe doit mener. L’Afrique connaît la plus forte intensité solaire au monde. On peut y conduire une production d’électricité décentralisée.
Il le faut, pour des raisons défensives d’abord. Les Africains sont très informés. Le monde devient global. 600 millions d’entre eux sont équipés de téléphone portable, avec des accès Internet. Ne pas penser que ce choc démographique est risque d’affrontement et de forte migration vers l’Europe, c’est insensé. Et des patrouilleurs en Méditerranée ne suffiront pas.
Il faut ce plan Marshall, pour des raisons économiques, ensuite. Equiper l’Afrique en électricité représente un gigantesque marché pour nos entreprises et nos bureaux d’ingénierie. Couvrir intégralement l’Afrique en raccordements électriques, c’est 4 % de croissance permanente en Europe. Les Américains n’ont pas fait le plan Marshall pour nous faire plaisir, mais pour développer leur propre économie. »
« Ne pas devenir un con quand on réussit trop vite »
Commentant l’économie régionale, au gré des remises de prix, l’ancien avocat d’affaires et élu local (maire de Valenciennes) a salué « la stratégie des réseaux qui permet le rêve ».
À propos de Biotope : « la biodiversité est un sujet majeur du siècle qui vient. Vous arrivez à vous imposer en Chine, grâce au génie français, à une ténacité et des compétences exceptionnelles. Le seul sujet que le régime chinois n’arrive pas à gérer, c’est les émeutes environnementales. »
À propos de Mohed Altrad : « Je l’ai rencontré il y a 30 ans dans mon cabinet d’avocats. Il m’a dit alors : ‘"Je vais faire et bien faire ce que les autres ne veulent plus faire et ce en quoi ils ne croient plus." Mohed Altrad est un mélange de modestie et d’identité qui fédère, autour d’un nom, d’une ville. Le plus dur, c’est de ne pas devenir un con quand on réussit trop vite. Croyez-moi ça nous pend tous au nez ! Un succès trop rapide peut rendre stupide. Chez Altrad, il y a ce côté montagnard. A un chauffeur de taxi, il dirait : ‘Roulez doucement, je suis pressé’. »
À propos de la région L.-R. : « cette région est au bord de la fin (de l’Europe, NDLR) et au début du reste (l’Afrique). Cette contrainte physique ouvre en fait tous les possibles. La région L.-R. a tout ce qu’il faut pour être plus rêveuse, plus dynamique. »
« Ne soyons pas cloisonnés »
Avant de couper le gâteau d’anniversaire, et de se prêter au jeu des photos avec des centaines d’admirateurs, Jean-Louis Borloo a parlé du « coup de dynamisme » apporté par la soirée des Masters de La Lettre M. « Ca me fait un bien fou d’être ici », a-t-il même lâché. « Ne restons pas cloisonnés entre public, parapublic, privé, fédérations professionnelles... Il n’y a qu’une équipe de France. Personne n’a de fief à défendre. Et personne n’est plus fort parce qu’il parle depuis son fief. La France a des troupes émiettées. Trop de systèmes défendent leur pré carré plutôt que d’être au service des autres. » Il a aussi tenu à réhabiliter le droit à l’échec. « Les chefs d’entreprise aujourd’hui en difficulté sont peut-être les vainqueurs de demain. Fêtons aussi ceux qui sont moins en forme aujourd’hui. »
Photo : André Hampartzoumian










