Invité du Medef 31, Nicolas Bouzou dénonce une « crise de sens » dans les entreprises
« On n'en a pas assez conscience mais, pour les gens, le travail, l'entreprise, c'est important. » Ou encore : « Il faut remettre les gens au travail car trop d'entreprises peinent à recruter. Cela passe, entre autres, par une réforme de l'assurance chômage, le principe de base étant que le travail doit toujours payer plus que l'inactivité. » Devant une assemblée de 800 décideurs, réunis à l'invitation du Medef 31, le discours de Nicolas Bouzou trouve une certaine résonance. Invité d'honneur de la soirée du Top Éco, le 6 septembre à Diagora (Labège), l'économiste, essayiste et éditorialiste, co-auteur de La comédie (in)humaine - Pourquoi les entreprises font fuir les meilleurs (paru le 5 septembre), intervient en terrain conquis. Ce qui ne l'empêche pas, de temps à autre, de lancer un pavé dans la mare : « On entre dans la 3e Révolution industrielle avec un management de la 2e Révolution industrielle ». La France est, dit-il, confrontée à « une crise de sens dans certaines entreprises. Les salariés ne savent plus pourquoi ils travaillent, pris entre des injonctions contradictoires de leurs managers, qui leur demandent d'être autonomes mais les surveillent en permanence et leur demandent du reporting à n'en plus finir. Résultat : on crée de la démotivation, qu'on essaie ensuite de compenser par des gadgets, en achetant deux baby-foot. »
Le « mensonge » du bonheur au travail
Pour lui, « la mode du bonheur au travail, c'est le pire. Nommer un chief happiness officer (« responsable du bonheur ») ? Il ne faut pas faire ça. Sinon, on laisse penser que l'entreprise est là pour donner du bonheur, ce qui est un mensonge. Bien sûr que la qualité de vie au travail, c'est important. Mais le bonheur, c'est autre chose, ça se trouve en famille, par exemple. » L'entreprise, « c'est le lieu du progrès, de la prise de risque et de décision, on l'a parfois un peu perdu de vue. Le manager du XXIe siècle, il doit montrer le sens, permettre aux salariés d'être autonomes et les laisser travailler. Sinon, les gens ne viennent plus dans l'entreprise que pour gagner de l'argent. » Il tacle au passage « les réunions à n'en plus finir », les séminaires de rentrée et autres sessions de team building, où l'on propose aux salariés de « jouer aux Lego », « faire de la pâte à modeler », « des tours Eiffel en spaghetti » ou « des batailles de pelotes de laine pour relier les gens ». Et de conclure par trois propositions pour simplifier la vie des entreprises : « Concentrer les réunions le matin pour gagner en efficacité. Une bonne réunion, ça dure 45 min, avec 5 personnes autour de la table et une décision à la fin » ; « Instaurer le télé-travail une journée par semaine. Plus qu'un élément de confort pour le salarié, c'est l'obligation mutuelle de se faire confiance et de dé-processer un peu » ; « Interdire les PowerPoint de 150 pages. Un script d'une page, c'est beaucoup plus compliqué à faire mais largement plus efficace ».










