Importation de vin : les viticulteurs en colère
Exaspérés par le niveau record des importations de vins en France (7,2 M hl en 2015), une centaine de viticulteurs de l'Aude et des Pyrénées-Orientales se rend ce 4 avril au péage du Boulou (Pyrénées-Orientales) sur l’autoroute A9 afin de contrôler des camions transportant du vin en provenance d'Espagne. « Depuis 6 mois, nous interpellons les pouvoirs publics sur les importations de vins massives depuis ces deux dernières années, explique à la Lettre M Frédéric Rouanet, président des vignerons de l’Aude. L'Héraultais Jérôme Despey, président du conseil spécialisé du vin de FranceAgriMer tire lui aussi la sonnette d’alarme. « Des cépages, du type cabernet ou merlot, arrivent d’Espagne or on se demande si l’Espagne a la capacité de les produire. On soupçonne que ces vins de cépage arrivent en réalité d’Amérique du Sud, transitent par l’Espagne pour être européanisé. »
Des vins sans indication géographique...
Alors même que les vignerons ne peuvent empêcher l’importation de vin – « nous sommes dans la libre concurrence internationale et européenne », rappelle à ce titre Patrice Jimenez, responsable de l’action économique de la douane dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales -, ceux-ci craignent une déstabilisation du marché. Car ces vins à bas prix, sans indication géographique, l'ex-Languedoc-Roussillon n’en produit pour ainsi dire plus. « Alors qu’ils peuvent correspondre à certaines attentes du marché, reconnaît Jérôme Despey. Nous n’y sommes pas allés car il n’y a pas eu d’élément de contractualisation permettant de dégager un CA suffisant pour les viticulteurs. Nous avons donc misé sur les IGP/AOP. Des investissements importants ont été faits sur la reconversion du vignoble. On ne veut pas que tous ces efforts soient anéantis. »
...à bas prix
Résultat, lorsque ces vins espagnols sans indication géographique arrivent sur les linéaires de la grande distribution, en particulier dans le rayons des bag in box, avec mention du cépage et une toute petite étiquette mentionnant l’origine européenne, les viticulteurs voient rouge. Le prix de ces vins sans IG tournent autour de 30 à 35€/hl (contre 70€/hl pour des vins de cépage en France, NDLR) mais ce ne sont pas les prix que l’on retrouve en grande distribution qui eux sont similaires aux vins français « D’un côté, on se demande comment font les Espagnols pour vivre avec ces prix -là et de l’autre, on en déduit qu’en grande distribution, il y en a qui doivent s’en mettre plein les poches », résume Jérôme Despey.
Contrôles renforcés
« Hier, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a confirmé un durcissement des contrôles », conclut Frédéric Rouanet. « Ce que nous voulons, c’est avant tout une harmonisation des règles au niveau de l’Europe pour créer les conditions d’une concurrence loyale », usage des produits phytosanitaires compris. Du côté des douanes, « nous n’avons à ce jour pas reçu de consignes supplémentaires. La douane fait son travail comme d’habitude, indique Patrice Jimenez . Au cours du premier trimestre, une demi-douzaine de contrôle a été effectuée chez des négociants audois et aucune irrégularité n’a été constatée ». Côté douanes de Montpellier, on indique qu’une note datant de ce jour appelle à une collaboration entre les services des douanes et celui de la DGCCRF (ex répression des fraudes). Cette note concernerait la question de l’étiquetage et le délit de tromperie.









