FFB 31 et 34 : « Il y a souvent un décalage entre les annonces politiques et les contraintes administratives »
Les 13 présidents des fédérations départementales du bâtiment et les 2 présidents régionaux se rencontrent courant mars (a priori le 17 à Paris) pour discuter de la fusion de leurs structures. Entretiens croisés avec Frédéric Carré et Thierry Ducros, les présidents des deux chambres départementales les plus puissantes, la Haute-Garonne et l’Hérault.
Peut-on parler de sortie de crise ?
TD. 2015 a été difficile. Jusqu’à 20 % de baisse de CA enregistrée pour certains adhérents contre 10 à 15 % en moyenne. Malgré les signes des politiques, faute de confiance, la relance n’est pas là. Début 2016, les carnets de commandes offrent une visibilité de 2 à 3 mois et jusqu’à 6 mois. Il y a un regain d’appels d’offres mais les entreprises sont rentrées dans une spirale dangereuse avec le niveau de prix pratiqués face à la concurrence d’entreprises extérieures, comme cette entité de Barcelone qui construit le CNFPT à Montpellier, un bâtiment public ! De telles pratiques sont scandaleuses au moment où nos entreprises sont en souffrance.
FC. En huit ans de baisses consécutives, nous avons perdu 20 % d’activité et 13 à 14 % d’emplois. Sur 2015, la baisse d’activité devrait être moins importante que prévue : -1,5 % au lieu des -3,5 % que nous craignions. De quoi penser que nous avons peut-être atteint le point bas. Côté visibilité, cela varie de quelques semaines à plusieurs mois, selon les marchés et les tailles d’entreprises. Dans le second œuvre par exemple, la situation s’est un peu améliorée, alors qu’elle reste très préoccupante pour les travaux publics. Le logement devrait nous amener vers une reprise, ainsi que les grands chantiers liés à la mutation de la métropole : le PEX (le futur Parc des expositions, à Beauzelle, NDLR), le quartier Teso (autour de la gare Matabiau, NDLR), la 3e ligne de métro… Il faudra du temps pour que tout cela se traduise en marchés pour nos entreprises mais au moins, ces annonces donnent de l’espoir.
Qu’attendez-vous du Plan Marshall annoncé par Carole Delga, nouvelle présidente de Région ?
TD. Cette annonce est signe d’espoir, mais nous craignons que l’Hérault soit laissé pour compte. La fédération restera vigilante même si le maire et président de la Métropole de Montpellier a la volonté de booster le logement avec la Serm et ACM. Les politiques lancent souvent des idées mais les contraintes administratives et les délais sont en décalage avec l’urgence des entreprises.
FC. C’est une très bonne annonce qui devrait participer à la reprise de l’activité. Laissons à la Région le temps de s’installer puis nous essaierons de savoir comment cela va se concrétiser.
Quelle est la situation de l’emploi salarié ?
TD. En 2015, nous avons constaté un recul de 1,9 % du chômage dans le bâtiment et une légère baisse des défaillances d’entreprises. D’après la caisse de congés payés, nous sommes passés fin 2015 sous la barre des 17 000 salariés contre 21 500 en 2008. Nous avons perdu 4 500 emplois dont 500 sur l’année 2015. Actuellement, il y aurait entre 2 000 et 2 500 emplois menacés dans l’Hérault avec de plus en plus de liquidations judiciaires directes. Bien que le gouvernement fasse des efforts, les entreprises manquent de visibilité et s’interrogent sur la nécessité de former des apprentis.
FC. Tout confondu, le BTP fait travailler 30 900 personnes en Haute-Garonne : 23 800 dans le bâtiment, 7 100 dans les TP. Depuis 2008, le secteur a perdu 3 000 emplois (2 600 dans le bâtiment, 400 dans les TP). En 2015, l’emploi a baissé au même rythme que l’activité (2 % environ). Preuve qu’après des années à résister, les entreprises de Haute-Garonne sont aujourd’hui dans leur configuration minimale et que toute baisse d’activité impactera désormais les emplois.
Transition énergétique, ville intelligente : comment adapter la qualification de la main-d'œuvre face aux futurs enjeux de la construction ?
TD. L’arrivée du BIM (Building Information Modeling) va révolutionner d’ici 5 ans l’acte de construire et va engendrer une nouvelle génération de salariés. D’ailleurs, nous avons initié une commission composée d’un groupe de jeunes sur cette technologie. Concernant la transition énergétique, nous sommes déçus, le marché ne décolle pas, alors que plus de 50 % de nos adhérents ont obtenu le label RGE nécessaire à l’obtention du crédit d’impôt transition énergétique.
FC. Sur la transition énergétique, il y a bien longtemps que nous sommes prêts ! Environ 300 entreprises sont labellisées en Haute-Garonne mais, malgré l’effet incitatif de cette initiative, le marché est resté très décevant. Pourquoi ça ne décolle pas ? Sans doute par manque de confiance des ménages et des privés, dans un contexte global incertain, et par manque de pouvoir d’achat chez la clientèle visée et aussi. Quant à la ville intelligente, les décisions politiques ne se traduisent pas encore par des marchés mais quand ce sera le cas, nos entreprises seront prêtes à répondre !
Quels sont les liens entre vos deux fédérations ? Avez-vous prévu de travailler ensemble ?
TD. J’ai été élu au lendemain d’une réunion des fédérations pour préparer la fusion des régions où j’ai croisé mon homologue toulousain. Nous partageons des atouts communs en étant présents sur les départements et les métropoles leaders de la grande région. L’idée serait de travailler en collaboration sur des axes de travail développés dans nos fédérations. Par exemple sur les chartes de bonnes pratiques Bâtiment Citoyen pour l’Hérault et Ethibat en Haute-Garonne afin que soit bannie la concurrence déloyale, les offres anormalement basses,…
FC. J’avais de très bonnes relations avec Patrick Ceccotti, l’ancien président de la fédération de l’Hérault. Son successeur a été élu récemment et nous devons bientôt nous rencontrer pour préparer la fusion de nos régions en ayant une stratégie de métropoles. Toulouse et Montpellier sont très attractives et dynamiques et tous les grands projets qui verront le jour dans nos deux métropoles entraîneront des travaux associés dont pourront bénéficier les départements. Hélas, elles partagent aussi les mêmes problématiques de prix bas et travail illégal, conséquences de la concentration du volume d’activité. D’où l’importance de partager des outils comme Bâtiment Citoyen dans l’Hérault et Ethibat en Haute-Garonne, pour laquelle Montpellier avait été de très bon conseil au moment de sa mise en place.
Les prix sont-ils toujours aussi bas ?
TD. Oui malheureusement c’est encore le cas, nous nous battons pour détecter les marchés aux prix anormalement bas et le travail dissimulé.
FC. L’offre étant supérieure à la demande, la guerre des prix est toujours d’actualité. Et, avec elles, les problèmes de fraude. On sait que si le détachement est fait dans les règles, l’écart de prix est au final très faible, les frais de transport, d’hébergement, etc. compensant le moindre niveau des charges. Donc si les prix sont très bas, c’est qu’il y a fraude. Et le contrôle ne doit pas être le seul moyen de la combattre : il faut aussi travailler en amont, sur la détection des offres anormalement basses et la notion de mieux disant. Car une fois que le marché est attribué, il est perdu pour les entreprises et l’économie locale…
Les différentes chartes signées avec les collectivités sont-elles suivies d’effets ?
TD. 16 chartes de bonnes pratiques sur le code des marchés publics ont été signées avec des collectivités. 4 à 5 sont à l’étude pour 2016. Notre but est de montrer que tout le monde a à gagner en choisissant le mieux disant et d’être vigilant sur la capacité d’une entreprise à réaliser le chantier, les offres anormalement basses, le détachement de salariés... Nous allons suivre l’application des chartes avec une commission de vigilance pour mettre les élus devant leurs responsabilités.
FC. Avec Toulouse Métropole, nous avons signé, il y a un an, le Small Business Act « à la toulousaine » dont l’objectif était de faciliter l’accès aux marchés publics pour les PME et de privilégier l’emploi local. Les effets de l’article sur l’allotissement devraient se faire sentir sur le marché du PEX, dont le nombre de lots est passé de 25 à plus de 50 pour qu’un maximum d’entreprises locales puissent concourir. Nous avons aussi bénéficié d’une mesure temporaire, et spécifique au BTP, d’avances sur travaux de 30 % sans garantie dans la limite d’un million d’euros. La prolongation de cette mesure qui a fait ses preuves – plus de 8 M€ d’avances ont été perçues par nos entreprises de BTP en 2015 - a d’ailleurs été demandée.
En parallèle du Small Business Act, nous poursuivons le déploiement de la charte Ethibat (lancée début 2015 par la FBTP 31, NDLR), avec pour objectif de rallier les promoteurs, en plus des bailleurs sociaux, à notre démarche pour soutenir l'emploi local et combattre le travail illégal.
Quel regard économique portez-vous chacun sur l’autre région ?
TD. Sur le plan territorial, le LR est plus équilibré que MP où règne l’hégémonie de Toulouse. Par ailleurs, le poids économique du bâtiment plus fort sur l’Hérault et en LR, où c’est une véritable industrie alors qu’en MP c’est l’aéronautique qui tire l’économie.
FC. Cette grande région nous ouvre de nouveaux horizons. Si nos deux métropoles travaillent ensemble, elles seront plus attractives, dynamiques et innovantes pour faire face à la concurrence qui existe entre les métropoles européennes.
Un mot sur 2016…
FC. Nous avons noté une croissance du nombre de logements mis en chantier et livrés en 2015 (+5 % en annuel brut), qui devrait se confirmer sur 2016. En tenant compte des mises en chantier de logements privés, de logements HLM – marché très dynamique - et des mises en commercialisation par l’aménageur Oppidea, on pourrait atteindre 6 500 logements sur 2016. Le tertiaire, en revanche, est en fort repli, avec -31 % d’autorisations (614,7 milliers de m2) et -29 % de locaux commencés (422,4 milliers de m2) sur les 12 derniers mois en évolution annuelle glissante. »
TD. En 2015, les mises en chantier ont augmenté de + 12,8 % et + 17,9 % pour le logement collectif. Mais la demande de permis de construire recule de - 8,5 % et de -12,2 % pour le collectif. C’est inquiétant car le stock de logements des promoteurs baisse. »










