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Hérault / Région Occitanie
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Numérique
| 17/09/2019

Enquête : Pourquoi Ubisoft s’ancre durablement à Montpellier

Ubisoft inaugure le 17 septembre son nouveau studio de 4 500 m2 à Castelnau-Le-Lez, à côté de Montpellier. En offrant à ses 350 salariés un nouvel écrin, l’éditeur français de jeux vidéo prouve la puissance du secteur du jeu vidéo, et sa place dans l’activité économique de la région.

Ubisoft inaugure le 17 septembre son nouveau studio de 4 500 m2 à Castelnau-Le-Lez, à côté de Montpellier. En offrant à ses 350 salariés un nouvel écrin, l’éditeur français de jeux vidéo prouve la puissance du secteur et sa place dans l’activité économique de la région.

1 – Pour le secteur du jeu vidéo, une reconnaissance

La liste des invités à l’inauguration du nouveau site d’Ubisoft à Castelnau-le-Lez se veut à la hauteur de l’événement. Yves Guillemot, le grand patron d’Ubisoft en personne, y attend, sauf changement d’emploi du temps de dernière minute, Franck Riester, ministre de la Culture. À ceux qui pensent que le jeu vidéo est un marché de niche, le chiffre d’affaires français laisse au contraire entrevoir la puissance du secteur. Avec 4,9 Md€ réalisés en 2018, il est la première industrie culturelle française, devant celles du livre, du cinéma ou encore de la musique. En Occitanie, le secteur compte 88 entreprises et près de 600 emplois. « Jusqu’à présent, les entreprises étaient plutôt concentrées sur la partie ex-Languedoc-Roussillon, note Benjamin Dimanche, président de l’association Push Start (100 adhérents) qui fédère les acteurs du jeu vidéo. Nous sommes en train de nous rapprocher du cluster toulousain, Toulouse Game Dev (une centaine d’adhérents, NDLR). » Pour Francis Ingrand, fondateur et dirigeant de l’éditeur montpelliérain de jeux vidéo Plug In Digital (23 salariés, près de 10 M€ de CA), Montpellier est la troisième place forte française, derrière Paris et Lille.

2 – Pour Ubisoft, un moyen d’afficher ses ambitions

Le Français Ubisoft (2 Md€ de CA en 2018-2019, 17 000 salariés dans le monde), troisième acteur mondial de l’édition de jeux vidéo, a posé ses valises dans la région de Montpellier en 1994. En se dotant d’un bâtiment de 4 500 m2 capable d’accueillir ses 350 salariés, et davantage encore dans le futur, l’éditeur affiche ses ambitions. « Le studio de Montpellier est légendaire dans le monde, insiste Emmanuel Carré, porte-parole du groupe. C’est celui qui a donné naissance à des jeux devenus cultes comme Les Lapins crétins ou Rayman. » Aujourd’hui, un autre gros projet mobilise les équipes montpelliéraines : Beyond Good & Evil 2. Le jeu est classé « tripe A », c’est-à-dire qu’il est doté des budgets de développement et de promotion les plus élevés. Ubisoft Montpellier, propriétaire de la marque, en est le gestionnaire. « Ce jeu est extrêmement attendu par la communauté des joueurs, confirme Benjamin Dimanche. Il va demander d’énormes moyens de production et Ubisoft Montpellier en a encore pour plusieurs années de développement. » Annoncé il y a deux ans à Los Angeles, sa date de sortie est gardée secrète. Près de quinze ans que les fans attendent. « Aujourd’hui nous sommes en phase de recrutement accéléré, confirme Emmanuel Carré. Pour réaliser ce genre de jeu, il faut des centaines de personnes. » Les différents studios d’Ubisoft en Europe vont y contribuer.

3 – Pour l’emploi, un vivier de talents

La présence d’un studio tel que celui d’Ubisoft a des conséquences en termes d’emploi dans la région. Une multitude de petits studios et de professionnels free-lance gravitent autour du vaisseau amiral. « Attirés par la puissance de feu de l’éditeur, certains de ces talents, notamment internationaux, vont décider un jour de créer à leur tour leur propre studio, tout en restant dans la région », explique Francis Ingrand. Un vivier de professionnels se crée alors. Emmanuel Carré indique que « la présence d’Ubisoft à Montpellier n’est pas due au hasard : il y a en région des talents considérables. Nous sommes là pour nous rapprocher d’eux. Cela représente un avantage concurrentiel considérable face aux Gafa », la compétition sur certains profils professionnels se révélant féroce et mondiale.

4 – Pour l’écosystème régional, une émulation

L’éditeur de jeux vidéo Plug In Digital s’est installé à Montpellier début 2019. Au-delà de la décision de vivre dans une ville au taux annuel d’ensoleillement record, « l’écosystème était intéressant avec la présence d’Ubisoft mais aussi celle de beaucoup d’entreprises de tailles différentes, raconte Francis Ingrand, fondateur et dirigeant. Évoluer dans un tel environnement est toujours bénéfique. » Le résultat ne s’est pas fait attendre : Plug In Digital a sorti le jeu Edge of Eternity avec le développeur nîmois Midgar Studio. Côté formation, « il y a dans notre région plus d’une douzaine de structures. C’est énorme, note Benjamin Dimanche, président de l’association Push Start. Le marché de l’emploi régional ne suffit pas à absorber toutes les personnes formées, d’où parfois une certaine précarité. » Certaines de ces écoles figurent parmi les meilleures, comme ArtFx, Epitech, l’Idem (Perpignan-Barcelone) ou encore l’Esma (Toulouse et Montpellier), pour ne citer qu’elles. « Ces établissements produisent des brouettes de talents, confirme Audrey Leprince, du studio The Game Backers (Montpellier). À tel point qu’il y a trop de diplômés et qu’ils partent à l’étranger. » Aux entreprises d’être plus compétitives pour garder ces talents, préconise Benjamin Dimanche.

5 – Pour les collectivités, un secteur à soutenir

À l’occasion de l’inauguration du studio d’Ubisoft, la Région signera une convention accordant une aide d’1,9 M€ à Ubisoft pour le développement du projet de R&D Uramate. À Montpellier, la réhabilitation – en cours – de l’ancienne école d’infanterie vise à favoriser l’installation des professionnels des industries culturelles et créatives. Des aides régionales en faveur de la créativité sont également créées. « Pour signer avec un éditeur de jeu vidéo, il est nécessaire de réaliser une démo qui coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros, explique le dirigeant de Plug In Digital. Cette démo va permettre d’aller démarcher les éditeurs comme nous et de se faire financer la production du jeu. » Audrey Leprince – dont le jeu Haven fait partie du top 10 du journal Le Monde des jeux à ne pas manquer en 2020 – constate que les Régions « sont en compétition entre elles pour avoir les meilleurs aides à destination du secteur du jeu vidéo car cela implique derrière des emplois. » Mais, si le soutien de la Région Occitanie sera certes appréciable, les montants restent pour le moment anecdotiques. « Dans les industries créatives, la prise de risque est énorme. Des artistes se lancent dans des projets, des prototypes sont créés pour aller démarcher les éditeurs sans aucune garantie d’être retenus », rappelle-t-elle.

Nelly Barbé / barbe@lalettrem.net
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