[Enquête] Les cliniques d’Occitanie en quête d'une meilleure rentabilité
Les dirigeants de cliniques d’Occitanie multiplient investissements, rapprochements et acquisitions pour renforcer leurs marges et consolider leur offre de soins. Face à la concurrence accrue des hôpitaux publics, le secteur privé doit par ailleurs s’adapter aux nouveaux enjeux de l’hospitalisation et de la santé dans un contexte de tension tarifaire. État des lieux.
Rachat de cliniques, extension et modernisation de structures existantes : plusieurs dizaines de millions d’euros ont été investis ces dernières années par les acteurs régionaux de l’hospitalisation privée. Une nécessité pour maintenir les performances de leurs établissements et leurs parts de marché face aux hôpitaux publics. « Nos marges ne s’élèvent qu’à 1,5 ou 2 % dans le meilleur des cas. Dans ces conditions, il est essentiel de rationaliser notre organisation et notre fonctionnement, ce qui passe par des investissements d’envergure », résume Serge Constantin, président du groupe héraultais Clinipole (2 000 salariés, CA 200 M€, 24 établissements, siège à Castelnau-le-Lez). Une stratégie qui se traduit par la multiplication des opérations de croissance. En moins de deux ans, le groupe a ainsi procédé à l’acquisition de la clinique albigeoise Toulouse-Lautrec ou de l’institut médico-éducatif Moussaron à Condom dans le Gers.
Attirer de nouveaux médecins
Même dynamique pour le premier opérateur de santé indépendant d’Occitanie, le groupe Oc Santé et ses 17 établissements (3 000 salariés, CA : 250 M€, siège à Montpellier). Fin 2019, ce dernier a racheté l’Ehpad Renaissance à Montady (34). « Au-delà de cette acquisition destinée à compléter notre offre de soins et de prise en charge des patients, plusieurs projets significatifs ont été bouclés ces derniers mois en vue de moderniser nos établissements montpelliérains : 70 M€ dans la polyclinique Saint-Roch, 20 M€ dans celle du Millénaire et 40 M€ à Clémentville, détaille son président, Max Ponseillé. Ces efforts nous permettent d’attirer de nouveaux médecins et de couvrir toutes les spécialités hospitalières : de la psychiatrie à la chirurgie en passant par la prise en charge des personnes âgées dépendantes, la cancérologie ou la pédiatrie. » Autre exemple, à Toulouse cette fois, de l’importance des moyens financiers engagés par le secteur privé. La clinique médico-chirurgicale Médipôle Garonne (80 médecins, 350 salariés) vient d’injecter 15 M€ dans la mise en service d’un nouveau bâtiment de 5 000 m2 portant sa superficie totale à 19 000 m2. « Ouvert en 2010, notre établissement a vu son activité multipliée par deux depuis cette date. De 10 000 à l’origine, le nombre de patients accueillis annuellement est passé à 25 000 l’an dernier. Il a donc fallu adapter notre structure à cette évolution. Et nous prévoyons d’investir 4 M€ supplémentaires dès cette année dans la création d’un autre bâtiment de 3 500 m2 afin de conforter nos services de radiologie et de chirurgie ambulatoire », précise Jean-Michel Nabias, directeur. Toujours dans la capitale régionale, la clinique Saint-Exupéry investit 47 M€ dans un projet d’extension. « De 6 500 m2, la superficie de notre établissement construit en 1975 va être portée à 17 000 m2. Lancé en 2017, ce chantier sera achevé en avril prochain. Parallèlement, nous allons recruter 80 nouveaux salariés et 40 médecins spécialistes pour accompagner ce développement », explique le président de la clinique spécialisée dans la néphrologie et la médecine interne, Vincent Lacombe.
Diversification vers l'hôtellerie-restauration
Autre axe de développement, la diversification d’activités. Dans l’Hérault, Clinipole a repris – fin 2019 - l'exploitation du restaurant Alexandre et de l’hôtel Azur, situés sur le port de La Grande Motte. Avec un objectif, convertir cet établissement en hôtel 4 étoiles d’une cinquantaine de chambres. À terme, l’hôtel et le restaurant seront exploités sous la marque dédiée aux activités d’hôtellerie et de restauration du groupe : Drapeau Bleu. Pour Serge Constantin, ce projet s’inscrit parfaitement dans la logique de développement de Clinipole. « L’hébergement et la restauration sont des activités que nous exerçons déjà au sein de nos établissements de santé. Elles sont complémentaires à notre métier historique et représentent un levier de croissance supplémentaire », explique le dirigeant, déjà à la tête de l’hôtel-spa de Fontcaude à Juvignac (34) et du Hot Dog Club, un concept de vente ambulante de hot-dogs…
Bâtir une offre globale et cohérente
« Cette diversification s’appuie également sur la mise en place d’une offre de soins plus large, poursuit Serge Constantin. Cela se traduit par l’intégration d’Ehpad et de résidences services pour seniors à notre portefeuille d’établissements, à l’image du rachat de l’Ehpad Roc Pointu à Saint-Jean-de-Fos (34) début 2019. » Même analyse pour Max Ponseillé : « Nous avons nous aussi engagé une diversification de nos activités en direction de l’hôtellerie avec le rachat, il y a près d’un an, de la société perpignanaise Arrelia spécialisée dans la création et la gestion de résidences pour seniors et d’hôtels sous enseigne, commente le dirigeant. « Cette opération a pour but de conforter notre stratégie de développement au niveau régional. Le secteur hôtelier est cohérent avec notre cœur de métier. Au-delà des prestations de santé, nous assurons de fait la prise en charge hôtelière des patients de plus en plus attentifs à ce service », justifie-t-il.
Concentration
Autre caractéristique du secteur en Occitanie : le phénomène de concentration. Dans le Gard, Elsan - deuxième opérateur de santé privé avec 120 établissements – entend par exemple racheter les cliniques du groupe Hexagone Santé Méditerranée (HSM) de (Polyclinique Grand Sud, Les Franciscaines) et Alès (Clinique Bonnefon). Un projet soumis à l’aval de l’Autorité de la concurrence. En Haute-Garonne, le groupe Ramsay Santé, un autre géant du secteur, détient désormais trois établissements dans l’agglomération toulousaine (clinique Les Cèdres à Cornebarrieu, Croix du Sud à Quint-Fonsegrives et L’Union à Saint-Jean) suite au rachat fin 2018 d’un autre opérateur national, le groupe Capio. « Ces rachats constituent un phénomène inéluctable. Dans la mesure où notre secteur devient chaque jour un peu plus technique, il nécessite des moyens de financements de plus en plus importants. La concentration des acteurs est donc inévitable », indique Dominique Pon, directeur de la clinique toulousaine Pasteur. Une tendance qui ne devrait pas s’inverser dans les prochaines années. Que ce soient les poids-lourds nationaux du secteur (Ramsay Santé, Korian, Elsan ou Orpéa) ou les groupes régionaux tels qu’Oc Santé, Cap Santé ou Clinipole, tous restent plus que jamais à l’affût de nouvelles opportunités de rachat.











